Les Grands Entretiens de Novopress - Nikola Mirkovic : "En Serbie, l’OTAN a bombardé des cibles civiles" 2/3

Les Grands Entretiens de Novopress – Nikola Mirkovic : “En Serbie, l’OTAN a bombardé des cibles civiles” 2/3

Un équipement de pilote de F-16 ainsi que la carcasse d’un F-117 abattu par les forces serbes lors des bombardements de l’OTAN en 1999.

20/02/2014 – PARIS (NOVOpress)
Français d’origine serbe, Nikola Mirkovic est l’un des fondateurs de l’ONG Solidarité Kosovo qui vient en aide depuis 2004 aux populations serbes des enclaves du Kosovo. Dans Le Martyre du Kosovo (Editions Jean Picollec), il rappelle l’histoire de cette antique province, cœur culturel et spirituel de la Serbie. Il fait également la démonstration implacable de la substitution de population dont ont été victimes les Serbes du fait des Ottomans, des communistes de Tito puis de l’empire du Bien américain. Il répond aux questions de Novopress.

Propos recueillis par Pierre Saint-Servant


Venons-en à la période contemporaine, le drame vécu par le peuple serbe de Kosovo-Métochie est, pour quiconque accepte de regarder le réel en face, une préfiguration des drames auxquelles la France va tôt ou tard être confrontée. Partagez-vous ce constat ?

Les drames ont des causes différentes. Pour le peuple serbe, les causes sont exogènes car le Kosovo et la Métochie ont toujours été convoités par des puissances étrangères. Pour la France, les causes sont endogènes et c’est la France qui dégringole de sa stature de puissance internationale et se suicide à petit feu. Pour des raisons historiques bien différentes, la France pourrait connaître le même sort que la Serbie si elle ne se réveille pas à temps et si elle ne remet pas de l’ordre chez elle. Il y a des zones de non-droit en France qui me font penser au Kosovo et à la Métochie. La France laisse ces zones se développer et renonce d’elle-même à toute volonté d’assimilation ou d’organisation pour éviter de telles fractures au sein de la nation. Certains parlent déjà du reste de risques de balkanisation de la France et si les Français ne font pas rapidement attention alors il est certain qu’ils vivront les mêmes situations tragiques qu’au Kosovo et en Métochie. La France a connu d’autres crises graves en d’autres temps et a réussi à les surmonter. Il faut qu’elle se réveille.

Les atrocités et le mensonge permanent de l’OTAN en Serbie sont difficilement niables. N’auraient-ils pas du discréditer définitivement cette institution ? Pouvez-vous revenir sur le rôle spécifique de la MVK et du diplomate William Walker qui illustre assez bien cet état de fait ?

Les mensonges et les crimes de l’OTAN auraient dû amener cette organisation et ses chefs à se faire condamner par le Tribunal pénal international de La Haye. Pour des raisons mystérieuses le procureur de ce tribunal a analysé plusieurs rapports de crimes commis par l’OTAN mais a jugé bon de ne poursuivre aucun des responsables. Cela en dit long sur l’objectivité de la justice internationale. Les pays de l’OTAN se sont organisés pour mener la guerre où ils le veulent quand ils le veulent en invoquant des prétextes fallacieux et sans avoir de compte à rendre à quiconque. En Serbie, l’OTAN a bombardé des trains, des ponts, un hôpital, des quartiers résidentiels, une chaîne de télévision, des convois de réfugiés… essentiellement des cibles civiles ! C’est une infraction à la convention de Genève et aux principes de distinction et de proportionnalité du droit international humanitaire. Nous savons aujourd’hui que ces attaques n’étaient pas du tout des « dommages collatéraux » mais des actes intentionnels. Pas un seul responsable de l’OTAN n’a eu à rendre des comptes pour ces actes de barbarie qui ont tué plus de 500 civils en 3 mois et qui ont plongé les Kosovo dans le chaos.

Nous avons aujourd’hui de nombreux témoignages de membres de la mission qui se sont rendus compte qu’ils travaillaient en fait pour les services de renseignements américains qui ont utilisé la mission pour préparer le projet militaire de l’OTAN.

En 1998, l’armée de libération du Kosovo, l’UCK (une organisation terroriste d’Albanais séparatistes) intensifie ses attaques contre les Serbes et les Albanais accusés de collaboration avec les Serbes. Il y a pour la seule année de 1998 1.885 attentats et 288 morts. La Yougoslavie doit intervenir pour rétablir l’ordre et des combats, en toute logique, s’ensuivent. Le Conseil de sécurité des Nations Unies vote la résolution 1199 pour que les hostilités cessent de part et d’autre. Cette résolution stipule qu’une mission indépendante doit intervenir pour veiller à l’application de la résolution. Mais cette mission (Mission de vérification du Kosovo) est en fait un faux-nez des US. Mise en place par l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), cette mission est dirigée par William Walker, un Américain (je rappelle que la finalité de l’OSCE est la sécurité et la coopération en Europe), au passé sulfureux puisqu’il est impliqué dans un scandale concernant un massacre de Jésuites en El Salvador et le fameux Irangate où les Américains ont vendu des armes à l’Iran. Ce Walker n’a pas du tout envie de la paix. Quand il prend la tête de la mission, on sait on sait déjà que c’est pour accabler les Serbes.

Nous avons aujourd’hui de nombreux témoignages de membres de la mission qui se sont rendus compte qu’ils travaillaient en fait pour les services de renseignements américains qui ont utilisé la mission pour préparer le projet militaire de l’OTAN. Walker est du reste celui qui a monté en épingle le faux massacre de Racak qui a permis de justifier l’attaque de l’OTAN. Aujourd’hui, nous savons qu’il n’y a jamais eu de massacre à Racak et que les corps trouvés étaient non pas ceux de civils albanais mais de terroristes albanais morts dans un combat avec l’armée yougoslave.

En quoi l’intervention américano-otanienne était-elle tout à fait illégale ?

L’OTAN s’est « assise » sur le droit international en violant la Charte de l’ONU, la convention de Genève, la convention de Vienne, l’acte finale des accords d’Helsinki. L’OTAN a même violé sa propre charte qui stipule qu’elle est une organisation de défense des pays membres or la Yougoslavie a été pilonnée alors qu’elle n’a attaqué aucun membre de l’OTAN. L’OTAN a également écrasé le principe de distinction du droit humanitaire qui vise à protéger les civils. L’OTAN se situe au-dessus des lois.

L’intervention américaine au Kosovo est caractéristique de l’hubris capitalo-protestante, elle sert ses intérêts économiques et géostratégiques tout en renforçant sa posture morale. Jusqu’à appeler la vague de bombardement du printemps 1999 « Ange miséricordieux »…

Je ne suis pas d’accord avec l’expression « hubris capitalo-protestante » car des pays comme la France, l’Espagne ou l’Italie ont suivi Washington comme un seul homme. En revanche, il est certain qu’il y a une hypocrisie et une malhonnêteté ahurissantes quand on entend les belles paroles des gouvernements américains et de l’OTAN et quand on voit la réalité de leurs actes sur le terrain. Vous avez raison de dire que les véritables raisons des guerres américaines sont l’économie et la géostratégie. Il y a quelque chose d’affreusement sordide et terrifiant dans ce comportement machiavélique où la fin justifie systématiquement tous les moyens nécessaires en faisant l’exact contraire de ce que l’on prêche. L’OTAN a massacré des civils, violé la loi internationale, menti sur les causes de la guerre, planifié des montages médiatiques, corrompu des citoyens, accablé des héros et tout cela a été fait au nom d’une opération militaire nommé  « Ange miséricordieux ». En fait il s’agissait d’un ange déchu.

Fin de la deuxième partie, troisième et dernière partie samedi 22 février.

Crédit photo : Boksi via Wikipédia (cc).