Suisse : le retour de la frontière

Suisse : le retour de la frontière

Tribune libre de Jean-David Cattin, responsable identitaire, un des promoteurs de l’initiative anti-minarets en Suisse romande.

Après l’interdiction des minarets et l’expulsion des criminels étrangers, une troisième “initiative identitaire” a passé la rampe ce dimanche en Suisse. Cela est d’autant plus remarquable qu’elle avait contre elle les milieux économiques, la presse, tous les partis politiques sauf l’UDC et tous les syndicats. Plusieurs raisons expliquent ce succès retentissant.

Les fondements du Oui

Depuis 1980, le nombre de Suisses de naissance est stable. La croissance démographique des 30 dernières années est due exclusivement à l’immigration. Un habitant sur quatre est un étranger. Si l’immigration se poursuit au même rythme, la Suisse aura franchi en 2035 le seuil des 10 millions d’habitants.

Entre 1995 et 2009, 1,1 m2 de terre cultivable a été perdu chaque seconde. Compte tenu de la surface utilisable, les loyers augmentent massivement dans les zones à forte densité démographique malgré une intense activité de construction. Les autochtones sont contraints pour des raisons financières de déménager vers des régions moins chères, voire à l’étranger pour certains.

La Suisse connait un des taux d’étrangers les plus hauts d’Europe et une des immigrations les plus fortes en proportion de la population. Même si la provenance très majoritairement européenne de cette immigration est à souligner, un bouleversement identitaire du à une forte immigration africaine et orientale est en cours et inquiète de nombreux Suisses en s’ajoutant à leurs soucis sur les questions économiques, sociales et environnementales.

La campagne contre la ville, le périurbain populaire contre l’hypercentre boboïsé

Comme c’est souvent le cas pour les “initiatives identitaires”, le clivage spatial entre ville et campagne est doublé d’un clivage social entre les quartiers bobos préservés de l’immigration et les quartiers populaires où se concentre l’essentielle de celle-ci. A titre d’exemple, à Genève, les Avanchets et Châtelaine certainement les deux quartiers les plus populaires et les plus cosmopolites du canton ont voté oui, alors que dans les bureaux de vote des quartiers les plus aisés, on atteint parfois les 70% de refus. À Lausanne, le quartier populaire de Renens, emblématique pour sa forte population immigrée, a voté 10% de plus que le centre de la ville en faveur de l’initiative.

Contenu de l’initiative

L’initiative stipule que la Suisse gèrera de manière autonome l’immigration des étrangers mais également que nul traité international allant à l’encontre de ce principe ne pourra être conclu par la Suisse. C’est donc l’essence de la frontière qui est (re)constitutionalisé. Il s’agit là d’une révolution philosophique dans une Suisse qui s’abandonnait de plus en plus à l’ultralibéralisme de l’UE en matière d’immigration.

Concrètement, le nombre des autorisations délivrées pour le séjour des étrangers en Suisse sera limité par des plafonds et des contingents annuels. Les plafonds vaudront pour toutes les autorisations délivrées en vertu du droit des étrangers, domaine de l’asile inclus. Le droit au séjour durable, au regroupement familial et aux prestations sociales pourra être limité.

Les plafonds et les contingents annuels pour les étrangers exerçant une activité lucrative devront être fixés en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de la préférence nationale; ils devront inclure les frontaliers. Les critères déterminants pour l’octroi d’autorisations de séjour sont en particulier la demande d’un employeur, la capacité d’intégration et une source de revenus suffisante et autonome.

Impact réel de l’initiative

Il s’agit selon le porte-parole de la Commission Européenne au journal de la télévision suisse-romande d’un rejet de la libre-circulation qui est pourtant selon lui un droit absolu qui s’applique pour tous ou personne. Selon une première déclaration officielle, la Commission examinera les implications de cette initiative sur l’ensemble des relations entre l’UE et la Suisse. Ce qui laisse entrevoir la fin de libre-circulation entre la Suisse et l’UE mais aussi de certains accords économiques.

L’immigration ne sera pas pour autant arrêtée mais limitée. Le président de l’UDC, Tony Brunner, parlait de contingents de près de 40’000 personnes ce qui diminuerait de moitié l’immigration que connait actuellement la Suisse.

Cette initiative sera par contre sans effet sur l’immigration clandestine qui par définition n’est pas concernée par la loi, mais plutôt par les moyens qu’on met en œuvre pour la faire respecter.

Vers encore plus de restrictions

Les restrictions concernant l’immigration vont peut-être encore se durcir ces prochains temps, puisque dans les mois ou années qui viennent, les Suisses seront appelés à voter sur l’initiative Ecopop qui préconise que « La part de l’accroissement de la population résidant de manière permanente en Suisse qui est attribuable au solde migratoire ne peut excéder 0,2 % par an sur une moyenne de trois ans. »

Ce qui impliquerait que seules 16.000 personnes par an pourraient immigrer en Suisse, alors qu’en 2013 ils ont été 73.000.

Tempête dans un verre d’eau ou tsunami continental ?

Cette initiative ne réglera pas tous les problèmes liés à l’immigration, mais dans une Europe qui a dérégulé tous les flux, qu’ils soient de capitaux, de marchandises ou d’humains, cette initiative a le mérite d’imposer la mesure et la retenue. Elle souligne utilement que l’intérêt des milieux patronaux seuls ne saurait constituer l’intérêt de la population toute entière et aussi que la frontière n’est pas un principe dépassé mais au contraire une nécessité très actuelle. Enfin, elle rappelle que même lorsque l’on a tout le monde contre soi, sauf le peuple, la victoire est possible.

Jean-David Cattin
@jdcattin