En direct d'Ukraine, le témoignage de Damien Rieu, porte-parole de Génération identitaire

En direct d’Ukraine : témoignage depuis la place Maidan

02/02/2014 – 11h00
KIEV (NOVOpress) – Nous avons publié il y a quelques jours un entretien avec Xavier Moreau, éditorialiste du site d’analyses géopolitiques www.realpolitik.tv. Il y développait les tenants et les aboutissants de la crise que traverse aujourd’hui l’Ukraine. Sous un tout autre angle, vu depuis les barricades de la place Maïdan par -26°, nous recueillons aujourd’hui le témoignage de Damien Rieu, porte-parole de Génération identitaire, qui s’est rendu à Kiev, afin, dit-il, de nous faire partager “le parfum d’une révolution”.


Une vingtaine de miliciens cagoulés courent vers une bouche de métro matraque à la main. Des drapeaux ukrainiens et européens claquent dans un froid sibérien au-dessus d’un champ de tentes très organisé. Slogans tagués sur les murs et pancartes colorées donnent un air de Mai 68 au campement, le camouflage des vestes des miliciens en plus. On y accède en franchissant une série d’imposantes barricades de sacs de sable figées par la glace. A l’intérieur de ce décor poétique fourmille une micro-société improvisée. On peut trouver dans les différents bâtiments occupés toutes sortes de services : cantine gratuite, bibliothèque, espace médical, salle de presse, collecte de vêtements ou espace de débats et d’études. Foisonnement d’idées et d’initiatives se croisent dans les couloirs et les halls, formant un véritable capharnaüm. Toutes les générations vivent et travaillent ici. Chacun s’attèle à une tâche, de cette grand-mère qui livre des provisions à ce jeune et barbu médecin bénévole venu d’Allemagne « pour soutenir la liberté et combattre la dictature du président sanguinaire ».

Dans la salle, où se relaient au micros des intervenants politiques, on peut apercevoir côté à côte un drapeau californien dédicacé et une croix celtique. Étrange mélange qui résume bien l’ambiance qui règne ici. Une sorte de carrefour où se croisent des militants aux motivations très diverses, pour avoir l’élégance de ne dire opposées. Cette effervescence contraste avec le sérieux de dizaines de miliciens aux visages cachés qui montent la garde et vérifient les badges à l‘entrée de chaque pièce ou bâtiment en agitant au choix un bâton ou une batte. Les plus jeunes d’entre eux se prennent au jeu du gros dur. Des jolies Ukrainiennes papillonnent autour. Dans les escaliers trop larges, des barbelés restreignent le passage pour prévenir toute charge des Berkout, les troupes d’élite de la police.

Dehors, sur le parvis de la maison des syndicats transformé en QG, je croise un homme habillé en cosaque. Je quitte mes gants et saisis mon appareil photo au prix d’une vive brûlure aux mains. Par -26° C, la moindre parcelle de peau à découvert devient instantanément engourdie et douloureuse. Même eux, qui semblent pourtant avoir l’habitude, se pressent autour de feux de poubelle. Idem pour la petite ligne de policiers en faction que l’on distingue à 200 mètres lorsque l’on grimpe au sommet d’une barricade de la principale ligne de front.


Photos © Damien Rieu

Aujourd’hui les effectifs sont réduits des deux cotés. Le froid et les négociations en cours ont imposé quelques jours de trêve. Le silence règne dans le no-mans land jonché de carcasses de bus calcinées. De temps à autres, un leaders hurlent “Слава Україні” (Slava Ukraini), un cri de guerre auquel répond à son tour la foule. A mes pieds, la suie déposée par les explosions de cocktails molotov et des murs du feu défensifs en pneus brûlés se mélangent à la neige. J’entame la conversation avec le gardien d’un poste de barricade. Oleg est arrivé il y a quelques jours de sa région de Tchernobyl, dans l’Ouest du pays. L’été, il est serveur dans un hôtel en Grèce. Il n’est pas nationaliste, il se bat juste “pour une vie meilleure”. Si la situation ne s’arrange pas ici, il prévoit de partir en Australie. Il me propose de m’emmener voir un poste où les deux camps s’observent à distance. Entre deux petites collines, une petite passerelle en métal, un viaduc miniature est gardé de chaque coté. Les révolutionnaires ont brulé toutes les planches et installé une barricade pour le rendre infranchissable. En face, trois policiers veillent. Deux jeunes femmes distribuent aux passants une tartine d’un fromage corsé aux herbes. On vient sur Khreschatyk avec ses amis flâner entre les tentes dans une odeur de fumée. L’écho de la sono d’un orateur de la place résonnent dans un décor d’immeubles d’architecture socialiste et de panneaux publicitaires géants. C’est l’ambiance Maïdan. Je n’essaye pas de rentrer dans des considérations géopolitiques. Je ne prétends pas démasquer des coups de billard à 36 bandes. Je suis juste là pour sentir le parfum d’une révolution et le partager.

Damien Rieu
@DamienRieu