Entretien avec Lionel Baland : « La montée du populisme s’accélère en Europe »Entretien avec Lionel Baland : « La montée du populisme s’accélère en Europe »

Entretien avec Lionel Baland : « La montée du populisme s’accélère en Europe » (1/3)

31/01/2014 – 13h30
PARIS (NOVOpress) – Polyglotte, Lionel Baland réalise depuis de nombreuses années un travail minutieux de veille et d’analyse des partis populistes européens. Son blog lionelbaland.hautetfort.com propose de nombreuses traductions, souvent inédites pour le public francophone. Il est l’auteur de “Jörg Haider, le phénix” paru en 2012 aux Éditions des Cimes.


« La montée du populisme s’accélère en Europe », entretien avec Lionel Baland. Propos recueillis par Pierre Saint-Servant

Lionel Baland, vous étudiez depuis maintenant de nombreuses années les mouvements populistes européens, quelle évolution observez-vous en jetant un regard sur la dernière décennie ?

Je désire avant tout revenir sur un élément important de notre histoire. Les adversaires des nationalistes tentent sans cesse de ramener sur le tapis les événements qui ont eu lieu avant et pendant la seconde guerre mondiale et de les lier aux partis nationalistes de notre temps. Hors, afin de comprendre les événements contemporains, nous devons remonter à l’époque de la Première guerre mondiale et des années qui l’ont directement suivie.

Cela étant précisé, si l’on observe la situation actuelle, nous pouvons voir que la montée en puissance des partis patriotiques, liée à l’effondrement du régime en place, s’accélère au sein de divers pays d’Europe. Les résultats obtenus par ce type de mouvement politique varient fortement selon les endroits. La grande nouveauté, produit en partie de l’évolution mise en place au sein du Front National par Marine Le Pen, est la constitution d’une alliance afin de lutter contre le dictat de l’Union européenne. Le Front National, le Vlaams Belang (Flandre-Belgique), le PVV (Pays-Bas), le FPÖ (Autriche), les Démocrates suédois, la Ligue du Nord (Padanie-Italie) désirent constituer ensemble un groupe au sein du Parlement européen à l’issue des élections européennes de 2014.

Une évolution essentielle est le soutien qu’accorde désormais le parti Russie Unie, qui gouverne la Russie, aux patriotes d’Europe occidentale. Lors du congrès de la Ligue du Nord qui s’est déroulé en ce mois de décembre 2013 à Turin en Italie, outre les dirigeants des partis de l’alliance citée plus haut (Marine Le Pen était représentée par son conseiller Ludovic de Danne), un Député du Parlement russe membre de Russie Unie, Viktor Zubarev, a pris part au rassemblement. De plus, un événement important a eu lieu en juin 2013 : Marine Le Pen s’est rendue à Moscou et a été reçue par des dirigeants de très haut rang, membres du parti Russie Unie. Le FPÖ (Autriche) entretient également de bons contacts avec Russie unie. Ajoutons que Vladimir Poutine a marqué dernièrement des points sur la scène internationale, en Syrie et en Ukraine.

Espérons que dans le futur, la Russie apportera une aide importante, notamment financière, aux partis patriotiques d’Europe occidentale afin que nous libérions notre continent et réalisions l’unité du continent européen de l’Océan Atlantique à l’Océan Pacifique, tout en préservant ses spécificités locales, régionales et nationales.

Il semblerait qu’après un mouvement de reflux, notamment sous les assauts de la “superclasse” dirigeante et d’un siphonage par les partis de droite du système (par le binôme Sarkozy-Buisson en France par exemple), la vague populiste soit à nouveau en mesure de déferler sur de nombreux pays européens ?

La méthode malhonnête, visant à tromper les électeurs patriotes, mise en place par Nicolas Sarkozy, qui est un mondialiste convaincu, a eu dans un premier temps pour effet de siphonner les voix du Front National. Mais elle a eu aussi pour conséquence de sortir les idées du Front National du ghetto dans lequel elles se trouvaient. En procédant ainsi, Nicolas Sarkozy a pavé la route du Front National vers le pouvoir. De plus, la mondialisation à marche forcée et la construction profondément antidémocratique et ultrarapide d’une Union européenne qui amène de plus en plus de problèmes à ses citoyens constituent le carburant de la montée en puissance des partis patriotiques, y compris en Suisse qui, bien que non-membre de l’Union Européenne, est soumise sans cesse à ses pressions.

Il faut cependant noter que si le mondialiste faussement patriote Nicolas Sarkozy a échoué à contrer sur le long terme le Front National, des partis de centre-droit réellement patriotiques sont arrivés en Belgique et en Hongrie à endiguer les vrais patriotes. Le Vlaams Belang (Flandre-Belgique) est maintenu autour des 10 % par le parti national-centriste N-VA et le Jobbik (Hongrie) est maintenu sous pression politique par le Fidesz de Viktor Orban.

Quels sont les mouvements et partis politiques populistes en pointe dans la conquête du pouvoir ?

Certains partis patriotiques sont au pouvoir : Russie Unie en Russie qui contrôle l’essentiel des rouages du pays, le SNS qui dispose du président et participe au gouvernement de coalition en Serbie, le Parti du Progrès qui est membre d’un gouvernement minoritaire en Norvège.

L’UDC est le premier parti de Suisse. Le FPÖ en Autriche, le Front National en France et le PVV aux Pays-Bas sont donnés premiers dans leur pays aux prochaines élections européennes.

Au Danemark, en Suède et en Finlande, les partis patriotiques obtiennent de bons résultats. Au Royaume-Uni, l’UKIP a le vent en poupe.

En Italie, les anciens cadres de l’Alliance nationale se trouvent répartis au sein de divers partis de centre-droit qui obtiennent de bons résultats. En Grèce, les Grecs indépendants siègent au Parlement. En Pologne, les nationalistes sont en voie de réorganisation et vont se présenter aux élections européennes.

Vous êtes un fin connaisseur de la politique autrichienne, il semble que les succès remportés en son temps par Jörg Haider ne soient pas demeurés vains puisque le FPÖ de Heinz-Christian Stache est en passe de devenir la deuxième force politique du pays ?

Le FPÖ est même donné premier parti d’Autriche au sein de certains sondages. La participation des patriotes durant sept ans aux divers gouvernements autrichiens, entre 2000 et 2007, leur a coûté de nombreuses voix. Mais une fois retournés dans l’opposition, les patriotes ont à nouveau obtenu de bons résultats dès 2008. À l’époque, deux partis se sont partagé les voix patriotiques : le FPÖ dirigé par Heinz-Christian Stache et le BZÖ fondé par Jörg Haider. Le décès de Jörg Haider survenu très peu de temps après le scrutin a conduit après plusieurs années à la quasi-disparition du BZÖ qui a pris un tournant libéral et au siphonage de son électorat par le FPÖ.

Pouvez-vous également revenir sur le cas très particulier de la Hongrie, dont le Fidesz – perçu comme un parti d’extrême-droite par les media dominants – bénéficie d’une très large majorité parlementaire qui lui a permis de mener de profondes réformes, tout en devant faire face à une opposition musclée du parti nationaliste Jobbik ?

Les schémas politiques de la partie orientale de l’Europe sont différents des nôtres. La Hongrie est un pays qui connaît des problèmes économiques très graves. Ses jeunes sont souvent contraints à s’exiler. Les communistes ont été à plusieurs reprises responsables des malheurs du pays (après la Première guerre mondiale ; durant la Guerre froide ; reconvertis en socialistes après la chute du communisme, ils ont ruiné l’économie du pays). Les Hongrois n’ont guère souffert durant la seconde guerre mondiale et ils ont gardé un souvenir favorable et parfois nostalgique du régime de l’Amiral Horty. La fin de la guerre et l’arrivée des soviétiques correspond à des temps perçus comme négatifs pour le pays. Le gouvernement Fidesz, parti qui a évolué vers le patriotisme, rappelle aux Hongrois l’époque de l’Amiral Horty et peut-être aussi un peu celle de l’Empire des Habsbourg.

Nous ne pouvons achever un rapide tour de l’Europe populiste sans évoquer le cas grec et la répression qui frappe actuellement l’Aube Dorée ? Pouvez-vous brièvement expliquer le contexte de la montée politique de l’Aube Dorée et les circonstances de la répression juridico-policière en cours ?

La Grèce, de par son histoire politique récente, s’apparente aux pays d’Europe occidentale. À l’instar de l’Europe de l’Ouest, la Grèce disposait d’un parti patriotique, le Laos. Hors celui-ci a commis une erreur majeure, faite elle aussi dans les années 1930 en Autriche par le Grossdeutsche Volkspartei (GDVP – Parti populaire grand-allemand) qui était un parti bourgeois et qui a participé au pouvoir et à la prise de décisions impopulaires, dues à la crise, qui ont amené la base électorale du parti à voter pour le Parti national-socialiste (NSDAP). Lors des élections municipales et pour les Länder du 24 avril 1932, 9 / 10 de cet électorat a voté pour le NSDAP. La participation du Laos à un gouvernement qui a été contraint de prendre des mesures très impopulaires a conduit au même effet.

Quant aux dirigeants du parti ultranationaliste Aube dorée, ils sont clairement victimes d’une attaque du régime. Cette action était en préparation depuis longtemps, puisque ce parti d’adeptes de Metaxas (qui a gouverné la Grèce entre 1936 et 1941 et qui a été chassé du pouvoir par Mussolini et Hitler) a été insulté en permanence par la presse internationale.

Revenons en France. L’installation du Front National comme première force d’opposition fait quasiment l’unanimité, y compris dans l’esprit des observateurs du système. Quelle est selon vous le potentiel électoral du Front National et surtout quelle est sa marge de manœuvre dans l’exercice du pouvoir (à l’échelon local comme national) ?

Le Front National se trouve dans une situation difficile. Il est victime du scrutin majoritaire et de toutes les mesures anti-démocratiques prises à son encontre par les partis du système. Le Front National dispose de peu de cadres formés aux responsabilités du pouvoir. Les partis du système sont en partie responsables de cette situation car il est difficile d’être cadre du Front National lorsqu’on exerce un certain nombre de professions, assez inconciliables avec les persécutions professionnelles et sociales dont sont victimes les cadres du Front National.

Le principal risque que court le Front National est de voir élus à la tête de municipalités des personnes peu compétentes (il est très difficile de prévoir dans quelles municipalités le parti percera). Un autre risque que court le parti serait une arrivée rapide au pouvoir, car les cadres trop peu nombreux devraient assumer à la fois un rôle au sein des structures du parti et au sein des ministères ou des exécutifs des régions, tout en ne disposant pas des structures qui sont celles de partis comme le PS ou l’UMP. De plus, ces cadres devraient conduire leurs actions sous les tirs d’une presse hostile. C’est la situation qu’ont connu les patriotes autrichiens en l’an 2000 lors de leur entrée au sein d’un gouvernement aux côtés des conservateurs.

La mouvance identitaire, qu’elle s’exprime par le biais de son mouvement de jeunesse Génération Identitaire ou par un think tank tel que Polémia, a enregistré de nombreuses victoires ces dernières années, notamment sur le terrain sémantique et métapolitique. Racisme anti-blanc, islamisation de la France, localisme et ré-enracinement des peuples, les thématiques qui lui sont chères ont essaimé en dehors de ses frontières habituelles, au Front National comme à l’UMP. Les politologues évoquent désormais une dynamique “dextrogyre” de l’opinion publique. Comment l’analysez-vous ?

Le peuple est massivement sous le contrôle, via l’enseignement et les médias, des idées prônées par le système. L’électorat reste dans sa grande majorité sous l’influence de celles-ci. Cependant, de plus en plus d’électeurs rejettent le système en place car ils sont victimes des conséquences des idées du système : misère économique, terreur fiscale, chômage, insécurité, … Ils sont tenus, qu’ils le veuillent ou non, de réagir.

Les initiatives de la mouvance identitaire sont à saluer car les idées qu’elle a diffusées ont été largement reprises, comme vous le dites, par le Front National, l’UMP mais aussi par … le PS (Valls, Montebourg,…). La dynamique de l’opinion publique n’est pas dextrogyre comme le prétendent certains politologues, mais patriotique. Le patriotisme est un sentiment naturel qui a été gommé au cours des dernières décennies et qui revient. Les idées prônées par la mouvance identitaire ou par Marine Le Pen ne sont pas de droite. Elles sont simplement des conceptions naturelles.

Le combat médiatique est pour le moment très inégal. Les idées prônées par les patriotes progressent lentement, mais sûrement, car ceux-ci disposent de très peu de moyens de diffusion, au sein de la société, de leurs conceptions. C’est pourquoi, il est nécessaire que la Russie soutiennent massivement les actions patriotiques qui ont lieu dans l’ensemble du continent européen. Les patriotes doivent se rassembler car l’union fait la force.

Fin de la première partie

Crédit photo : remijdn via Flickr (cc)