Le 18 mars 2014, souvenez-vous d'eux !

Le 18 mars 2014, souvenez-vous d’eux !

30/01/2014 – 14h35
PARIS (NOVOpress) – L’année 2014 sera l’occasion d’un certain nombre d’anniversaires historiques ; comprenez des événements qui, c’est le cas de le dire, ont fait date dans notre histoire. Il y aura bien entendu les commémorations du Premier conflit mondial – dont il est à craindre quelques récupérations anachroniques que je ne développerai pas ici, ce n’est pas le propos – ; mais encore le bicentenaire de la Campagne de France achevée par l’abdication de l’empereur Napoléon 1er, signée le 6 avril 1814 à Fontainebleau ; les soixante-dix ans du Débarquement allié en Normandie auront bien entendu toute leur place.

Il faut cependant espérer qu’on n’oubliera pas le 18 mars 1314, jour qui marqua la disparition définitive de l’ordre du Temple par l’exécution sur le bûcher de son dernier grand maître Jacques de Molay et le commandeur de Normandie Geoffroy de Charney, sur l’île des Javiaux, actuelle extrémité ouest de l’île de la Cité à Paris. Une plaque commémorative indique, de nos jours, l’emplacement (voir photo).

La disparition des templiers donna naissance à de nombreux mythes qui alimentèrent tous les fantasmes, de manière plus ou moins heureuse. Chacun garde ainsi en mémoire la malédiction proférée par Jacques de Molay contre le pape Clément V et le roi de France Philippe IV le Bel, qui fut suivie « d’effets », les deux hommes décédant effectivement avant la fin de l’année ; malédiction dont il n’y aucune preuve irréfutable (voir note en bas de page).

Qui étaient-ils ces templiers qui excitèrent les passions, tantôt coupables pour certains des crimes qu’on leur imputait, tantôt victimes d’un souverain aux ambitions politiques effrénées, thèse beaucoup plus vraisemblable à mon avis.

Les templiers appartenaient à un ordre fondé en Terre sainte pendant les Croisades, en 1119. A l’origine, ils avaient en charge la protection des pèlerins qui affluaient, les croisés étant trop occupés à défendre leurs places et ne  pouvant se charger de cette tâche.

Ces moines soldats participèrent aux combats, reconnus comme de valeureux guerriers, qui les faisaient particulièrement craindre de leurs ennemis. L’ordre, sous la protection du pape, reçut ainsi de très importants dons et avantages, ce qui alimenta plus tard l’existence d’un trésor fabuleux.

L’enthousiasme d’alors pour les croisades, au sein de la chrétienté, valut à l’ordre du Temple de nombreux ralliements, car sa réputation de courage, de piété et de probité était célèbre. Les templiers avaient même en charge la garde de trésors royaux, dont celui du roi de France, depuis 1146. Par ailleurs, les commanderies en Europe faisaient montre de charité, observant en cela les préceptes du Christ et s’attirant la ferveur des populations.

Cet engouement prit fin à partir de 1291, avec la chute de Saint-Jean d’Acre, le 15 mai, signifiant la fin du royaume chrétien d’Orient. Dès lors que la Terre sainte était perdue, on s’interrogea sur la validité de conserver cet ordre militaire qui excitait les convoitises royales et échappait à son autorité.

Le vendredi 13 octobre 1307 – d’où la superstition qui accompagne encore aujourd’hui cette date – la plupart des membres de l’ordre furent arrêtés par surprise et accusés de divers crimes, dont l’hérésie et le blasphème, passibles de la mort à l’époque. Leur procès, dont la bonne marche fut constamment entravée par les conseillers du roi Philippe le Bel – les aveux obtenus par la torture –,  dura jusqu’en 1314. Réalisant qu’il avait été dupé par le pape, Jacques de Molay se rétracta, ainsi que Geoffroy de Charnay. Voulant en finir avec le Temple, Philippe le Bel ordonna leur exécution le jour même. On raconte que les deux hommes soutinrent leur supplice avec beaucoup de dignité.

Pourquoi évoquer les templiers ? Parce qu’ils firent montre d’une abnégation et d’un courage exemplaires pour défendre leur identité culturelle – le christianisme – ; parce qu’ils furent victimes de machinations politiques et d’une propagande calomnieuse toujours en vigueur lorsqu’il s’agit de décrédibiliser ses adversaires ; parce qu’enfin leur persécution révèle combien l’intérêt particulier en politique – celui d’un roi avide en l’occurrence – l’emporte trop souvent sur l’intérêt général et qu’il faut se défier des gouvernants lorsque ceux-ci vous exhortent à vous parjurer.

Pour ces raisons et bien d’autres, ils méritent qu’on se souvienne d’eux. Pensez donc à eux le 18 mars prochain !

Charles Demassieux