Renaud Camus : "Huntington doit bien rire dans sa tombe" (2ème partie)

Renaud Camus : “Huntington doit bien rire dans sa tombe” (2ème partie)

20/12/2013 – 16h00
PARIS (NOVOpress) – Auteur prolifique aux affinités sélectives, diariste infatigable depuis les années 1970, Renaud Camus a basculé il y a quelques années du monde reconnu de la « culture » à l’enfer des bien-pensants où doit être plongé quiconque blasphème contre la religion officielle des droits-de-l’homme, du mélangisme et du remplacisme. Et en ces différentes matières, Renaud Camus a beaucoup pêché. Convaincus, pour notre part, qu’il lui sera beaucoup pardonné, nous sommes allés à sa rencontre.

Vous avez été solidement épinglé au mur des infréquentables par les commissaires de la bien-pensance, au milieu de Richard Millet justement, Alain Finkielkraut ou même Jean-Claude Michea, comment vivez-vous cette situation ?

Ma réponse à cette question dépend des jours, de mon humeur, de la couleur du temps. Il m’arrive de percevoir cela comme une terrible et révoltante injustice, comme une preuve non seulement de la Grande Déculturation mais aussi de la dictature de masse, de la dictature sans dictateur sous laquelle nous vivons. Songez qu’un Barrès, s’il vivait parmi nous, ne serait invité nulle part, médiatiquement. À cet égard, je me permets de vous faire remarquer que mon statut n’a évidemment rien à voir avec celui de Finkielkraut ou de Michéa, qui n’ont pas encore tout à fait, eux, brûlé leurs vaisseaux. Pour ce qui est de Millet je ne sais pas, mais lui semble bien près, en effet, de rejoindre le cercle des tout à fait exclus.

D’un autre côté il y a des jours où l’on se dit que c’est une chance et un honneur de ne pas participer à tout cela, de ne pas y appartenir, d’en être exclu. Souvenez-vous du Maître de Santiago : « Quand on voudra honorer un homme, plus tard, on dira : “il n’a pris aucune part aux affaires des Indes” ». Je n’ai pris aucune part à la dictature remplaciste.

Dans votre journal 2009, à l’entrée correspondant au 7 juin, soit le jour du résultat des dernières élections européennes, vous écrivez : « Les premiers résultats confirment une fois de plus que mes convictions sur la contre-colonisation ne sont partagées par presque personne, en France : pas la moindre poussée qui révélerait une inquiétude dans ce domaine ». Quatre années plus tard, l’inquiétude n’est-elle pas majoritairement installée ? La « poussée »évoquée ne poindrait-elle pas ?

Peut-être. Espérons-le. Mais nous avons été si souvent déçus ! Le 8 décembre dernier, à la manifestation organisée par Christine Tasin et Résistance républicaine pour la laïcité et la défense des fêtes chrétiennes, nous étions peut-être trois cents, contre trois mille un an plus tôt. Les Français sont capables de descendre dans la rue par centaines de milliers, voire par million(s), contre le mariage homosexuel, mais pour s’opposer au Grand Remplacement, au changement de peuple et de civilisation, qui me semblent tout de même autrement importants et graves, il sont à peine quelques centaines. C’est pour moi complètement incompréhensible, et souvent désespérant. Avec un cynisme inouï les traîtres remplacistes et les remplaçants imposent à notre peuple ce que ses aïeux ont tout fait pour éviter, souvent en donnant leur sang ou leur vie : l’invasion, le bouleversement culturel, l’islam ; et tout ce qui l’inquiète, ce peuple en cours de remplacement massif, qui déjà n’a presque plus de pays à lui, c’est la retraite, ou le mariage gay : des sujets sérieux, je n’en disconviens pas, mais sans commune mesure avec le cataclysme ethnique et civilisationnel. Je précise, pour éviter des malentendus trop fréquents, et lassants, que ma propre retraite s’élève à 1150 euros par mois, et que je la complète comme je peux, sans éditeur : cela dit non certes pour me faire plaindre, il n’y a pas de quoi, mais pour contrer le reproche selon lequel ma hiérarchie des problèmes serait due au confort (inexistant) de mon existence…

Dans le même journal 2009, vous vous interrogez un peu plus loin : « Comment dit-on pour : qui croit au rôle déterminant des groupes ethniques dans les situations historiques et leur évolution ? Et en a-t-on le droit (de l’être, d’y croire) ? » Vous avez donc il y a plusieurs années fait le choix de la radicalité, au sens étymologique de retour aux racines des choses. Les faits divers comme les derniers soubresauts géopolitiques semblent vous donner raison sur ce point…

Je n’ose répondre oui, mais il est de fait que les communautés, les peuples (au sens strict), les civilisations, les races, paraissent de plus en plus agissants, dans l’histoire et dans l’actualité. C’est vrai au niveau géopolitique, mais ce l’est peut-être encore davantage au niveau personnel, individuel : il est saisissant de constater à quel point les individus parlent et pensent de plus en plus du haut de leur arbre généalogique, sont parlés par leurs racines, y compris pour dire que les origines n’ont pas d’importance, que les races n’existent pas, que les nations c’est fini, que toutes les civilisations vont se fondre en une seule et qu’ils sont plus français que nous. Huntington doit bien rire dans sa tombe. Comme tout le monde l’a cent fois remarqué, les indigènes français sont les seuls en France à n’avoir pas droit à leur appartenance originaire. Les autres s’y vautrent avec délices et ne parlent que d’elle.

Votre « Grand Remplacement » a fait florès et constitue désormais un outil formidable pour ceux qui, justement, le dénoncent. Mettre les mots justes sur le réel, dire « ce qui est » a recouvré une puissance inouïe dans un monde où tout est faussé. N’est-ce pas ici que l’homme de lettres retrouve sa haute vocation d’éveilleur ?

Je crois en effet que par un long détour la littérature (les lettres, la phrase, la syntaxe comme élément de perception du monde, la courtoisie, le déport, la non-coïncidence avec soi-même, etc.) retrouve la charge et la responsabilité du réel, qu’elle avait abandonnées aux sciences humaines, et spécialement à la sociologie, un peu comme la peinture les avaient abandonnées à la photographie. Les sciences humaines, et surtout la sociologie, coupable de grave collaboration avec tous les vrais pouvoirs, à commencer par le principal, le complexe médiatico-remplaciste, répressif, policier, se sont montrées gravement inférieures à la tâche dont elles avaient héritées. Quelquefois elles se sont déshonorées, plus souvent encore elles se sont ridiculisées. Souvenez-vous de leurs plus beaux moments : « le niveau monte » (à l’École), « l’immigration diminue », « quoi, quel lien entre immigration et délinquance ? (vous rigolez ou quoi ?) », « comment ça, un rapport entre multiculturalisme et déculturation ? quel rapport ? », « quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? ». Dans ces conditions la rhétorique spéculative, pour parler comme Pascal Quignard, la connaissance par les Lettres, redevient un formidable instrument d’observation et d’analyse, supérieur même à la philosophie, peut-être.

Que vous a d’ailleurs suggéré la mort volontaire de Dominique Venner, inlassable éveilleur de peuple, le 19 mai dernier ?

Un immense sentiment de respect, une conscience encore accrue de l’urgence, la volonté de donner à ce geste tragique les suites qu’il mérite, ainsi que nous y incitait ardemment son auteur. Vous pardonnerez un rapprochement à première vue un peu incongru entre cet épisode funèbre, d’une part, et d’autre part une équipée picaresque qui dut avoir ses moments de gaieté juvénile : j’aurais tendance à rapprocher le drame de Notre-Dame et l’occupation par les jeunes Identitaires du toit de la mosquée en construction de Poitiers, quelques mois plus tôt. Nous avons affaire là à des actions très inégalement empreintes de gravité, certes, mais dans les deux cas profondément réfléchies, méditées, calculées, et rigoureusement justes, c’est-à-dire à la hauteur de la menace historique et ontologique qui pèse sur notre nation, sur notre continent et sur notre civilisation. Honneur à Dominique Venner, on ne saurait trop. Honneur aussi, plus gaiement, aux courageux et intelligents mousquetaires de Poitiers.

Est-ce le crépuscule ou déjà l’aube que vous apercevez sur notre vieille Europe depuis les hautes fenêtres de Plieux ?

La situation est telle que, de toutes les suites concevables de l’histoire, la guerre civile, qui d’ailleurs n’aurait de civil que le nom, n’est même pas la plus à craindre. Dieu sait que je ne la souhaite pas, et que je suis bien conscient de l’horreur dont elle serait fatalement revêtue. Mais elle me paraîtrait tout de même moins affreuse, moins désespérante, moins finale, fatale, sans recours, que la poursuite sans incident, sans accident majeur, du processus cauchemardesque dans lequel nous sommes engagés : le Grand Remplacement, le changement de peuple et de civilisation, le parachèvement du suicide d’une grande et belle nation.

(Troisième et dernière partie dimanche 22 décembre).

Propos recueillis par Pierre Saint-Servant

La première partie de l’entretien.

Crédit photo : Renaud Camus via Flickr (c).