Les hommen ? On vous aime ! Par Marie Vermande

Les Hommen ? On vous aime ! Par Marie Vermande

Tribune du webzine féminin Belle et Rebelle. Reproduit avec leur aimable autorisation. – Lorsque j’ai vu votre première vidéo tourner sur le net, j’ai tout d’abord pris ça pour une vaste blague. Le coup des hommes armés de doudous, et marqués du symbole peace and love, cela m’a fait bien rire, mais je n’étais pas convaincue.

Et puis au fur-et-à-mesure, on a vu votre combat se transformer. Votre engagement est devenu plus profond, plus réel sans pour autant se départir de cette autodérision et de cette humilité, si rares sur le terrain médiatique. Et là, je suis devenue votre fan numéro un!

Sans doute, ça fait un peu cliché, la nana qui ne se sent plus devant les beaux mâles torse nu (bon plus ou moins beaux tout de même) et aux vertus chevaleresques qui s’en vont porter secours au plus faible. Mais c’est qu’on a perdu l’habitude de voir des hommes fiers et qui se revendiquent comme tels, sans mettre en avant un pseudo-féminisme de surface qui ne représente rien de réel, et cela juste pour éviter l’insulte suprême : sale macho !

Macho… Si dans notre société c’est synonyme de virilité, dans ce cas n’ayez pas honte de l’être, machos !

Et après tout, qu’importe ce que peuvent dire les médias, ce qui compte c’est que vous faites désormais partie du paysage, et que l’on attend toujours avec le même entrain vos fumigènes et vos banderoles, vos revendications fièrement inscrites sur vos corps et vos visages masqués. Et vous avez mis toutes les chances de votre côté pour marquer les esprits et en même temps leur déplaire, à eux, derrière leurs caméras et sur leurs plateaux télés !

Tandis que l’homme « normal » (décidément je n’aime pas beaucoup ce mot) du XXIème siècle se doit d’être seul, isolé, individualiste et donc combien plus manipulable, vous avez décidé de former une petite communauté d’hommes fiers, vous êtes un groupe constitué, organisé, solidaire sans doute ! Tandis que l’individu contemporain est invariablement vêtu de son jean et de ses baskets, qu’il ne se distingue en rien d’une masse globale et sans caractère, vous avez opté pour des codes vestimentaires et corporels en rupture totale. Vos pantalons colorés, vos peintures presque tribales et vos masques sont un signe d’appartenance à un groupe défini et solide, aux allures devenues peu à peu presque guerrières, et qui ravivent dans notre imaginaire collectif la culture européenne lointaine. Vous avez peu à peu troqué les images un peu niaises pour des symboles plus virils, lâchés les doudous pour les fumigènes, vous vous êtes aguerris au fil des gardes à vue, des affrontements contre les forces de l’ordre, vous avez abandonné vos mises en scènes enfantines et sans prise de risque pour des actions audacieuses et spectaculaires.

Et que peuvent faire les médias face à cela ? Dés que vous remuez le petit doigt, vous les attirez autour de vous, comme une horde de fourmis sur la moindre trace de sucre. Lorsqu’ils vous voient arriver, ils sont heureux, ils vont avoir quelque chose à se mettre sous la dent, à critiquer et à insulter, mais en faisant cela ils vous servent, ils vous rendent presque populaires, car votre audace fait rire ou force l’admiration. Et puis au final ils n’ont pas grand chose à dire à votre sujet, car vos masques entretiennent le mystère. Ces masques, brandis comme une revendication anonyme contre le système, comme un bouclier contre les foudres de l’autorité politique : comment s’attaquer à un ennemi qu’on ne connaît pas ? Et les journalistes, qui ont l’habitude de tout déballer sur la place publique, de tout disséquer pour mieux diffamer, se retrouvent alors sans moyen.

Enfin, à nous les filles, vous nous vendez du rêve ! C’est vrai, nous l’indifférenciation hommes-femmes, les théories du genre, on était presque forcées d’y croire malgré nous : tandis que les magazines féminins nous présentent l’homme idéal comme celui qui nous emmènera faire du shopping, celui qui s’épile et se disputera nos produits de beauté, tandis que nos potes nous appellent pour nous raconter leurs dernières histoires de cœur, comme nos copines, vous êtes là pour nous redonner un peu d’espoir, et nous dire que les vrais hommes existent, et que ce ne sont pas pour autant des grosses brutes sans humour et sans panache.

Bref, que vous dire d’autre sinon de continuer… car on vous aime !

Marie Vermande

Crédit photo : DR.

Source : Belle et Rebelle