Syrie-Iran : mais à quel jeu joue la France ? Une diplomatie alignée sur les « néo cons »

Syrie-Iran : mais à quel jeu joue la France ? Une diplomatie alignée sur les « néo cons »

La France a voulu entraîner le monde dans une guerre contre la Syrie. Elle a retardé, sinon empêché un accord sur le nucléaire iranien, avec tous les risques que cela comporte. Paris a ainsi permis le retour en force de la Russie sur la scène internationale, et a été félicité pour sa fermeté par les néo-cons américains, la droite républicaine, et Israël.

En Syrie une chose est sûre. Damas n’avait pas besoin d’utiliser les armes chimiques pour repousser la rébellion, qui parait de plus en plus sur la défensive. Les iraniens, eux, considèrent Fabius comme une sorte de petit télégraphiste de Tel Aviv. Dans ces deux dossiers capitaux de la politique internationale, les positions extrémistes de Paris, particulièrement hostiles aux deux pays arabo-musulmans, mettent notre pays quasiment hors jeu diplomatiquement.

La France, dans les deux cas, pousse à la guerre ou en tout cas à une action militaire. Pourquoi ? Pour la démocratie et les droits de l’homme assimilés à la sécurité d’Israël ? Mais où est, dans tout cela, notre intérêt national objectif ?

La France est devenue sur l’Iran la référence des faucons américains qui remercient Paris d’avoir empêché un mauvais accord avec l’Iran. Mais avec l’Iran le jeu devient très dangereux. Un pays acculé par des sanctions insupportables est prêt à tout. Le vote de sanctions supplémentaires, a d’ailleurs expliqué la Maison blanche avant le vote du congrès, pourrait déboucher sur la guerre.

John Kerry a eu une réunion à huis-clos avec la commission bancaire du Sénat afin de convaincre ses membres de ne pas proposer de nouvelles sanctions contre l’Iran. L’administration Obama estime qu’une telle mesure serait une erreur à un moment où la diplomatie a peut-être une chance d’obtenir un accord sur le nucléaire. La Maison Blanche demande donc une pause, soulignant que si les Iraniens refusaient de renoncer à se doter de l’arme atomique, de nouvelles sanctions pourraient être mise en place. Le porte-parole de la présidence, Jay Carney a noté que, faute d’une solution pacifique, l’alternative serait la guerre dont les Américains ne veulent pas, a-t-il ajouté. Barack Obama veut utiliser les mêmes arguments que ceux qu’il a employés pour obtenir que la Syrie se débarrasse de son arsenal chimique sans avoir à intervenir militairement.

En Syrie l’opposition faiblit

Après deux jours de débats à Istanbul, la Coalition nationale syrienne (CNS) a annoncé, lundi 11 novembre, qu’elle acceptait de participer à une conférence de paix à Genève, une décision qualifiée de « grand pas » par le secrétaire d’Etat américain, John Kerry. Cette conférence internationale, baptisée « Genève 2 » dans les milieux diplomatiques, a pour objectif de mettre fin à plus de deux ans de guerre civile en Syrie au travers de la création d’une autorité de transition.

Sur le terrain, l’armée d’Assad, épaulée par le Hezbollah libanais, vient encore d’enregistrer plusieurs succès. Dimanche 10 novembre, au terme de trois jours de violents combats, les loyalistes ont repris la base militaire 80, située à côté de l’aéroport d’Alep que les rebelles détenaient depuis plus de six mois. Cette avancée laisse entrevoir une réouverture prochaine de l’aéroport de la deuxième ville de Syrie, fermée depuis un an. Elle a été rendue possible par la chute de la ville de Safira à 20 km au sud-est d’Alep, aux mains des rebelles depuis plus d’un an, ainsi que celle de Tall Aarane, une des dernières localités contrôlées par les insurgés sur la route entre Safira et Alep. Les anti-Assad sont également sous pression dans la banlieue de Damas, depuis l’abandon de la ville stratégique de Sbeineh. «Les rebelles sont en perte de vitesse », constate un diplomate onusien. « S’ils ne vont pas à Genève, ils risquent de tout perdre. Individuellement, beaucoup de membres de la Coalition sont d’ailleurs favorables à Genève 2».

La France a une diplomatie qui confond diabolisation de régimes autoritaires laïcs ou religieux d’ailleurs, avec la défense universelle d’une démocratie intransigeante que notre pays aurait la mission de représenter. Cette diplomatie idéologique nous coupe de tout pragmatisme et de toute mise en perspective de situations plus complexes qu’un manichéisme quasi religieux. Les évangélistes du parti républicain ne s’y sont d’ailleurs pas trompés.

Jean Bonnevey

Source : Metamag.

Crédit de la carte : DR.