Culture : Maurice Ronet, les Vies du feu follet (extrait)

Culture : Maurice Ronet, les Vies du feu follet (extrait)

09/11/2013 – 10h00
PARIS (NOVOpress) – Jean-Pierre Montal a récemment publié aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux son premier ouvrage, un portrait intime de Maurice Ronet, monument du cinéma français des années 60 et 70, qui aura notamment joué le personnage d’Alain Leroy dans une interprétation magistrale du roman de Drieu, Le Feu follet. Novopress l’a lu avec plaisir, et vous en livre un court extrait.

(…) Louis Malle et Maurice Ronet sont aussi d’accord sur ce qu’ils nomment le « vrai » sujet du film : l’insupportable fin de la jeunesse. « Alain se tue car il ne peut pas endurer les compromis indispensables à la vie d’adulte », explique Malle sur un plateau de télévision, à côté d’une Françoise Sagan qui a l’air de très bien saisir. « Ils parlent de sincérité, les salauds, et ils se jettent dans leur basse besogne », lâche Jeanne Moreau dans le film, en parlant de ses amis rangés.

Culture : Maurice Ronet, les Vies du feu follet

Maurice Ronet dans Le Feu follet, de Louis Malle, en 1963

Ce n’est donc pas l’histoire d’une chute libre mais celle d’un passage, étroit et obligé, un rétrécissement abrupt de la voie qui fait immanquablement son lot de victimes. Nul homme n’y échappe vraiment. Évacuons d’abord le cas des épanouis, heureux de la tournure des choses, de leur travail, de leur famille, « en paix avec eux-mêmes » comme ils disent, « conscient de leur chance ». Ils savourent « l’instant présent » et les « petits bonheurs », ne crachent pas sur un peu de spiritualité orientale et, si possible, beaucoup, beaucoup de convivialité. Ils existent, paraît-il : plusieurs spécimen ont été aperçus dans les pages des magazines féminins. On trouve ensuite les inconsolables de l’enfance, des chevauchées en vélo à l’âge de dix ans. Un peu de mélancolie, à surveiller, mais rien de bien grave au fond. On peut toujours collectionner les Dincky Toys ou jouer au football le dimanche matin en guise de traitement. Viennent ceux qui regrettent leurs dix-sept ans, l’époque bénie où tout est à jeter, le bourgeois comme le prof, où il suffit de haïr pour croire que l’on a une place réservée dans ce bas monde. Cas plus compliqué, patient à suivre, mais hormis quelques crises aiguës de solitude et de rejet de la populace, on tient le coup en s’offrant de temps à autre quelques esclandres dans les dîners (si possible en canardant les catégories précédentes). Si les troubles persistent, s’accorder plusieurs excès puis tout miser sur la fatigue et la sagesse qui en découlent. Enfin, les cas désespérés, ceux qui ne se remettent jamais de leurs vingt, vingt-cinq ans, quand la vie avait trouvé un rythme de croisière parfait, entre liberté de mouvement et absence de responsabilités, quand on s’était dit « c’est parti ! c’est donc ça ! » sans penser une seule seconde qu’il pourrait s’agir d’une parenthèse de quelques années. Pour eux, la partie sera beaucoup plus compliquée et douloureuse, ce qu’ils abandonnent est trop précieux. Ronet est de cette trempe. (…)

Note de l’éditeur

Culture : Maurice Ronet, les Vies du feu follet (extrait)

Maurice Ronet, les Vies du feu follet, par Jean-Pierre Montal

À la recherche de Maurice Ronet… Maurice Ronet est une énigme dans le cinéma français des années 50 à 70. Avec son interprétation inoubliable du Feu Follet, dans le film de Louis Malle, il a marqué la mémoire de plusieurs générations de spectateurs. Ses rôles dans Ascenseur pour l’échafaud, Plein Soleil, Raphaël le débauché ou La femme infidèle ont imposé son subtil alliage de charisme et de dandysme inquiet. L’élégance et l’insolence de Ronet impressionnaient jusqu’à Delon, Jean-Louis Trintignant ou Paul Gégauff, pas spécialement des débutants en la matière. Mais le métier de comédien n’est que la partie visible de Maurice l’obscur. Tout en menant une intense vie nocturne dans le Paris des années 50 avec ses amis Roger Nimier, Antoine Blondin ou Roger Vadim, Ronet est aussi peintre, écrivain et réalisateur. Son adaptation de Bartleby, d’Herman Melville reste une réussite, saluée par toute la presse. Dans les années 70, il choisit l’aventure et part filmer les varans de l’île de Komodo puis, cap vers le Mozambique, pour un documentaire sur la guerre avec Dominique de Roux. Un parcours accidenté, chaotique, imprévisible comme si Ronet voulait faire tenir trois existences en une.

L’auteur a découvert Maurice Ronet par hasard à la télévision, à l’âge de dix ans. Cette passion ne l’a pas quitté et il n’a jamais cessé de revoir ses films, d’amasser des interviews. Ce livre va plus loin que l’image du noctambule de chez Castel pour donner un portrait vivant de Ronet, réalisé à partir de nombreux entretiens avec ceux qui l’ont connu (Anouk Aimée, Jean-Charles Tacchella, Alexandre Astruc…) et de souvenirs personnels de cinéphile. Une biographie tombeau pour Ronet ? Non, plutôt un toast à sa mémoire…

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