Révolte des bonnets rouges en 1675 : quand la Bretagne défendait déjà ses libertés

Révolte des bonnets rouges en 1675 : quand la Bretagne défendait déjà ses libertés

Papier timbré en date du 9 avril 1674 produit avant la révolte dite du Papier timbré, appelée également révolte des bonnets rouges.

28/10/2013 – 15h45
QUIMPER (NOVOpress) –
Les images des violents affrontements opposant les Bretons refusant l’écotaxe aux forces de l’ordre samedi 26 octobre sur la RN 165 à Pont-de-Buis dans le Finistère montraient des manifestants dont la plupart étaient coiffés de bonnets rouges, symbole faisant référence à la révolte antifiscale des Bretons contre le papier timbré en 1675, sous le règne de Louis XIV. Le parallèle historique est en effet assez troublant.

Les Bretons supportent alors difficilement la multiplication des impôts royaux qui violent le Traité de 1532, reconnaissant à leur province le droit de ne payer que ceux consentis par l’assemblée des États. En l’intervalle de trois ans, sous l’impulsion de Colbert, secrétaire d’État à la Maison du roi, pas moins de vingt édits ont été adressés au Parlement de Bretagne. Taxes sur les francs-fiefs, réforme des justices seigneuriales, du domaine des Eaux et forêts…

La Bretagne croule sous le poids de la fiscalité. La révolte antifiscale se déroule d’avril à septembre 1675 et est motivée par une nouvelle hausse des contributions, dont celle sur le papier timbré, une taxe exigée pour les actes authentiques et judiciaires. Cet impôt s’avère très impopulaire car synonyme d’augmentation des tarifs pour les particuliers et représente, pour les professionnels, un risque accru de voir leur nombre d’actes diminuer. La révolte éclate le 2 juillet 1675 à Rennes tout d’abord où les habitants saccagent les bureaux du tabac et du papier timbré et lapident la résidence du gouverneur de Bretagne. Le mouvement gagne ensuite les campagnes de Basse-Bretagne, où il gagnera son surnom de « révolte des bonnets rouges », les insurgés se coiffant de bonnets rouges (ils seront bleus dans le pays Bigouden mais la mémoire populaire gardera le souvenir de la couleur rouge qui sied sans doute mieux aux révoltes). Carhaix, Châteaulin, Briec-de-l’Odet, Rosporden se soulèvent en particulier, avant d’atteindre Brasparts, Callac, Le Faouët, Lanvénégen et Langonnet. Après avoir pillé les bureaux de vente, les paysans s’attaquent aux châteaux et brûlent les titres de propriété. Le pouvoir royal réagira très brutalement à cette révolte . S’il n’est pas possible de chiffrer exactement l’ampleur de la répression, de nombreux témoignages attestent de la violence de la justice royale. Occupation de Rennes par les troupes royales, condamnations capitales, peines de galères, bannissements, désarmement de la milice bourgeoise. La reprise en main permet l’établissement d’une intendance de Bretagne qui était jusqu’alors la dernière province à ne pas connaître cette institution représentante du pouvoir central.

A travers ce symbole du bonnet rouge, né au sein du collectif «Vivre, décider et travailler en Bretagne» qui en a distribué des centaines samedi et dont l’image se multiplie depuis comme avatar sur les réseaux sociaux (le compte twitter @BonnetsRouges a été suivi en moins de 48 heures par 1200 followers), il ne s’agit plus d’un simple mouvement social mais d’une véritable révolte identitaire. Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, ancien président du conseil régional de Bretagne, le pressent en constatant : « En quarante ans de vie politique, je n’ai jamais vu un tel climat en Bretagne. » Le journaliste Yvan Rioufol, sur son blog, va plus loin dans sa définition du mouvement qui se lève : « Les Bretons sont entrés dans une double résistance : à l’impôt injuste d’une part, au rouleau compresseur de la mondialisation d’autre part. En arborant bonnets rouges et drapeaux gwen-ha-du, ils symbolisent leur réveil identitaire… »

Crédit photo : Pline via Wikipédia (cc).