165 faillites chaque jour - Les entreprises frappées de moscoviscidose

165 faillites chaque jour – Les entreprises frappées de moscoviscidose

Tribune de Bertrand Riasse

Pierre Moscovici (photo) s’étonne de « la défiance dans laquelle nous vivons ». Pourquoi tant de frilosité, se demande le ministre de l’Economie et des Finances, alors que « tous les indicateurs sont bien orientés ». Lesquels ? Pas ceux de la bonne santé des entreprises en tout cas…

En cet automne, l’économie française vient de battre un nouveau record: celui du nombre de « défaillances d’entreprises » comme on dit pudiquement. Pour 12.790 d’entre elles, mises en redressement ou liquidation judiciaire, ce fut un été meurtrier. Encore ce chiffre ne tient-il pas compte des procédures de sauvegarde. Sur les neuf premiers mois de l’année, 44.900 défaillances ont été enregistrées, soit 4 % de plus qu’un an auparavant. Ce qui veut dire que, sur l’ensemble de l’année 2013, le nombre de faillites tournera autour de 60.000. Dans les 165 par jour… Celui de Noël inclus.

A son début, la crise avait touché les entreprises industrielles; ce sont désormais les secteurs orientés vers les services aux particuliers qui trinquent: coiffeurs, restaurateurs, commerces de détails subissent de plein fouet le recul du pouvoir d’achat des ménages, ce qui fragilise en amont les grossistes du négoce de biens domestiques comme l’électroménager et le meuble, où les défaillances s’accélèrent. Quand il n’y a plus de sous, on ne se rééquipe pas à neuf, on fait durer ; on rafistole.

Les trésoreries sont exsangues

Autre « indicateur », comme dit Mosco: celui de la masse monétaire M3-M2, qui correspond à la trésorerie accessible aux entreprises. Son effondrement est dramatique. Il est en recul de 27 % d’une année sur l’autre. Rapportée au PIB, cette masse est tombée à 8,8 %, nouveau record historique: le précédent remonte à la récession de 1997 où elle s’était repliée à 13 %. Seulement. Les entreprises étant exsangues en trésorerie, il leur sera difficile de résister à un nouveau choc.

Une bonne nouvelle cependant: le déficit mensuel de la balance des paiements est un peu moins pire. Il n’a été « que » de 3,1 milliards d’euros en août. Mais faut-il rappeler qu’il était constamment excédentaire jusqu’en 2005? La dégringolade est depuis lors continue avec un montant de déficit extravagant: – 44,4 milliards en 2012, – 35 milliards en 2011, etc. La chute a été ralentie… sur un mois ! Mais parce que les importations diminuent sous l’effet du recul du pouvoir d’achat des ménages!

Continuons dans les « indicateurs ». Depuis cinq trimestres – soit depuis l’arrivée de François Hollande et de Pierre Moscovici aux manettes, ceci n’ayant sans doute rien à voir avec cela… –, l’investissement des entreprises est en régression. Avec un taux de marge retombé à son plus bas niveau depuis vingt-cinq ans, leurs capacités financières pour mener à bien des projets sont insuffisantes. Le taux d’utilisation des capacités de production est de 75,2 %; on est très loin de la surchauffe… Alors c’est bien joli de clamer, comme Mosco, que « la clef d’une reprise solide, c’est avant tout l’investissement », mais investir, pour quoi faire? Et avec quelle visibilité?

Les entreprises ont besoin d’une visibilité à long terme, d’un environnement juridique, social et fiscal stable et prévisible. Ce qui exclut à priori le genre de guignolade comme la « taxe sur l’excédent brut d’exploitation », les atermoiements autour des taux de TVA ou la mise en place d’usines à gaz tel le « compte pénibilité », assorti d’une gentille cotisation qui va augmenter d’ici à 2016. Pour une fois, on y voit clair!

Tant que les causes ne seront pas identifiées…

Mais Moscovici est sûr de son fait: « Nous renforcerons au contraire la croissance par la confiance. » En quoi? En la « reprise »? En un gouvernement qui invente une nouvelle taxe chaque jour qui passe?

On s’était aperçu, lors de la crise des « subprime » aux Etats-Unis, que les contrôleurs de la SEC – l’équivalent de l’Autorité des marchés financiers – passaient plus de temps à regarder des films porno qu’à surveiller les agissements suspects, voire délictuels, du monde de la finance. Authentique! Que se passe-t-il à Bercy? L’économie française souffre de deux maux dont le ministre de l’Economie n’a toujours pas conscience: un coût du travail trop élevé dans un système de total libre échange et une devise surévaluée – dans un système des changes fixe – qui implique une politique récessive à la Laval dont on connaît les brillants résultats.

L’Argentine et les pays du Sud- Est asiatique ont payé cher, il n’y a pas si longtemps, d’avoir voulu s’accrocher à une devise trop forte. La solution est donc simple : reprendre sa souveraineté par la sortie de l’euro et appliquer un protectionnisme raisonné. Ce qui permettra d’affirmer cette fois sans mentir: « C’est pourquoi le gouvernement a fait le choix de la compétitivité et de l’emploi, au service d’une ambition sociale. » Dixit Mosco, le 13 octobre 2013. Il y croit vraiment ?

Bertrand Riasse

Article de l’hebdomadaire “Minute” du 23 octobre 2013 reproduit avec son aimable autorisation. Minute disponible en kiosque ou sur Internet.

Crédit photo : “Besoin de Gauche”, via Flickr, (cc).

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