Lampedusa aux antipodes de l'Australie - La compassion est un bon sentiment, ce n’est pas une politique

Lampedusa aux antipodes de l’Australie – La compassion est un bon sentiment, ce n’est pas une politique

L’horrible drame de Lampedusa est exploité médiatiquement et politiquement pour culpabiliser ceux qui veulent durcir les conditions des migrations notamment clandestines. Culpabiliser l’adversaire pour le neutraliser, c’est une stratégie bien connue.

En l’occurrence, l’ampleur du drame est incontestable, mais la mort de 300 migrants [NDLR : cet article a été écrit avant les nouveaux débarquements et noyades, moins nombreuses, de la fin de la semaine dernière], si elle est intolérable, n’est pas un argument objectif face a un problème mondial. Il faut cependant s’attendre à voir la France, le pays qui voulait faire la guerre à la Syrie au nom de ses valeurs humanistes, se retrouver en pointe dans la mobilisation des bons sentiments.

Ce drame provoque incontestablement, une remise en question de la politique migratoire de l’Union. Dans une interview accordée au Nouvel Observateur, dont le site publie des extraits, François Hollande a annoncé qu’il proposerait “dans les prochains jours une politique” aux partenaires européens de la France, “qui s’articulerait autour du triptyque prévention, solidarité, protection”.

A l’issue d’une réunion mardi, les Européens s’étaient mis d’accord pour mener une vaste opération “de sécurité et de sauvetage en Méditerranée, de Chypre à l’Espagne”. Pilotée par la commissaire des affaires intérieures européennes, Cecilia Malmström, cette opération, qui ne concerne pas l’accueil des migrants à long terme, n’a pas encore de date de début précise. En attendant, Bruxelles a annoncé qu’il accorderait 30 millions d’euros supplémentaires à l’Italie pour l’aider à gérer les flux migratoires, “même si nous savons que bien plus doit être fait”. On voit bien où tout cela va nous mener, sur une politique de frontières encore plus passoires au nom de l humanité.

Alors qu’en Europe, par idéologie, on renonce à endiguer un flot humain déstabilisateur, des européens ont une approche aux antipodes, c’est le cas de le dire puisqu’il s’agit des australiens.

Depuis trois semaines, les bateaux des migrants sont interceptés et renvoyés dans un délai de 48 heures, non plus sur l’île australienne de Christmas, sorte de Lampedusa, mais dans des centres de transit sur l’île de Nauru et à Manus (Papouasie-Nouvelle-Guinée)…. Comme si on les reconduisait en Lybie ou en Tunisie. Tony Abbott, le nouveau premier ministre, a répété pendant sa campagne électorale qu’il souhaitait acheter les vieux bateaux des pêcheurs et payer les Indonésiens afin qu’ils espionnent les réseaux de contrebande. «Nous ne demandons pas la permission de l’Indonésie, nous demandons sa compréhension», a déclaré Julie Bishop, ministre des Affaires étrangères, en marge d’un sommet de l’ONU.

Le récent naufrage d’un bateau transportant des passagers originaires du Moyen-Orient, faisant plus d’une trentaine de victimes au large de l’Indonésie, a ravivé les tensions et les polémiques politiques. Les rescapés ont accusé les autorités australiennes de ne pas les avoir secourus, ce qui n a pas été le cas en Italie. La gauche et les organisations humanitaires politisées comme partout et favorables a des frontières ouvertes pour tous, ont tenté d’exploiter le drame pour faire reculer le gouvernement australien. Le ministre de l’Immigration australien, Scott Morrison, n’a rien changé à son discours lors de son dernier point presse. «Il n’y aura pas de changement de notre politique de protection des frontières. Notre détermination, nos politiques, nos engagements restent aussi forts et sont bien plus forts que jamais».

C’est ainsi que va se poursuivre en Australie l’opération « frontières souveraines ». Frontières et souveraineté… est ce encore compréhensible pour nos dirigeants ? Plutôt des gros mots politiques qui devraient même tomber sous le coup de la loi.

Aux antipodes vous dis- je !

Jean Bonnevey
le 10/10/2013

Source : Metamag.

Crédit photo : DR.