De l'église catholique à l'église cathodique - Le pape François sur le chemin de Canossa

De l’église catholique à l’église cathodique – Le pape François sur le chemin de Canossa

Tribune de Jean Bonnevey.

Il n’est pas très utile de discuter à l’infini comme le fait Le Figaro sur ce que le pape a vraiment voulu dire [dans l’entretien donné à une revue jésuite le 20 septembre] et jusqu’où il est prêt à aller. Il suffit de regarder la joie et l’exploitation de son entretien exceptionnel par les tenants de l’idéologie médiatique pour comprendre qu’il a fait un pas vers l’alignement exigé sur les homosexuels et la contraception par exemple.

Le Monde titre sur l’ “Aggiornamento du pape François”. Pour RFI “Le pape brise les tabou”. Pour TF1 “L’église en fait trop sur le mariage homo”. Pour Bfm-tv “La révolution culturelle du pape François”. Et ce ne sont que quelques exemples.

On a bien compris la présentation du message du souverain pontife : L’église aime tout le monde et ne juge pas, elle comprend et accueille dans la compassion chrétienne ceux qui ne sont plus vraiment des pécheurs. Elle ne doit pas s’arque bouter sur des dogmes du passé mais prendre en compte la société telle qu’elle est dans sa miséricorde et notamment les plus blessés. Que les femmes avortées soient blessées, personne ne dira le contraire mais les homosexuels ça se discute. Enfin l’essentiel est dans l’évolution très nette de la religion catholique vers la religion cathodique. Une évolution lente mais en marche et que les traditionalistes ne pourront certes pas accepter. Les rapprochements d’hier ont sans doute été enterrés par l’évolution d’aujourd’hui.

En fait le pape est sur son chemin de Canossa vis à vis des idéologies des tolérances modernistes. L’expression signifie : « Céder complètement devant quelqu’un. S’humilier devant quelqu’un ». Cet épisode resté célèbre s’inscrit dans la querelle des investitures, querelle qui opposa les empereurs germaniques (puis les rois de France) à la papauté dans la désignation des évêques.

Le 24 janvier 1076, le pape Grégoire VII ayant refusé que les évêques fussent nommés par des laïcs, le roi Henri IV, futur empereur germanique, fit prononcer la déposition du souverain pontife par le concile de Worms. Dès le mois de février, le pape répliqua en excommuniant le souverain germanique et en déliant ses vassaux de leur serment de fidélité. Les princes du royaume se révoltèrent et en octobre 1076, à Trebur, menacèrent de déposer Henri IV. Henri devait absolument agir avant que le pape vînt à Augsbourg. Il apprit que le pape était en villégiature chez la comtesse Mathilde de Toscane à Canossa et décida d’aller à sa rencontre. Franchissant les Alpes en plein hiver par un chemin terriblement escarpé accompagné d’une troupe mal équipée et inexpérimentée qui subirait de nombreuses pertes au cours du périple, Henri arriva tout de même aux pieds de la ville de Canossa le 25 janvier 1077.

De l'église catholique à l'église cathodique - Le pape François sur le chemin de Canossa

Le roi Henri IV, futur empereur germanique, à Canossa.

Apprenant l’approche du roi, le pape avait fait fermer les portes de la ville. La légende veut qu’Henri IV, sa femme et ses enfants, en chemise de bure, aient dû attendre, les pieds dans la neige, que le pape changeât d’avis, ce qu’il fit le 28 janvier. Le recevant, le pape ne pouvait faire moins que de lever l’excommunication de l’empereur.

Le pape ne sera plus excommunié par les médias s’il poursuit sur ce chemin. Mais cette fois semble-t-il, c’est le pape qui s’incline devant l’empereur laïc du monde moderne : le pouvoir médiatique.

Source : Metamag.

Crédit photo en Une : Casa Rosada, via Wikipédia, (cc). Crédit image dans le texte : domaine public.