Gens du voyage : Pourquoi certains préfèrent le camping sauvage

Gens du voyage : Pourquoi certains préfèrent le camping sauvage

Des gens du voyage qui, avec leurs caravanes, envahissent des stades ou des parcs publics, dans les grandes villes, dans les petits villages : c’est devenu un spectacle, affligeant, trop souvent à l’affiche. Ils ont pourtant à leur disposition des aires d’accueil officielles. Mais les conditions d’admission « découragent » certains nomades, pas très enchantés à l’idée d’être contrôlés…

SOS Racisme s’est trouvé un nouveau credo: rouler pour les gens du voyage. L’association a ainsi décidé de porter plainte, pour « incitation à la haine raciale », contre le député-maire UMP de Nice, Christian Estrosi. L’ancien ministre de Sarko en a effectivement gros sur la patate des camps volants, surtout quand ceux-ci deviennent des camps violant la propriété.

A Nice, dans la nuit du 29 au 30 juin, des gens du voyage, après avoir fracturé les portes d’accès, ont transformé le complexe sportif des Arboras en terrain de camping, avec l’installation de 90 caravanes. Et le maire a compris que, pour les déloger, ça serait la croix et la bannière. Le 7 juillet, sur Europe 1, Estrosi a donc laissé exploser sa colère contre les intrus. Il a promis de les « mater », de leur faire payer une facture de 500000 euros pour les dommages causés, et qu’à défaut il ferait saisir leurs véhicules, « vous savez ces belles et grosses voitures avec lesquelles ils tirent leurs belles et grosses caravanes, pour lesquelles les Français, il [leur] faudrait quelquefois toute une vie pour se payer la même ». Et dans un grand élan patriotique, il a appelé tous les maires de France confrontés aux mêmes problèmes « à ne pas céder » et à « se révolter ».

Ces propos ont été immédiatement condamnés par les belles âmes du gouvernement. François Lamy, ministre délégué à la Ville, a dénoncé des « propos imbéciles et dangereux », Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, a évoqué « l’émanation d’une politique passée qui a fait du mal à la France. » De fait, les défenseurs de la cause nomade avancent que, si les villes, comme la loi le leur impose, mettaient à la disposition des gens du voyage des aires d’accueil, il n’y aurait ni occupations sauvages, ni incidents.

Ce n’est pourtant pas toujours aussi simple, ainsi que l’ont montré les affaires de Montpellier – ils occupent le terrain d’entraînement du club de football professionnel! – ou de Guérande, en Loire-Atlantique. Là, des gens du voyage, arrivés à bord de 150 caravanes, se sont installés sur le stade municipal alors que, dans le cadre de l’intercommunalité, une aire d’accueil est à leur disposition à Herbignac, à une quinzaine de kilomètres. Face à l’inertie des autorités, le maire UMP de Guérande, Christophe Priou – par ailleurs député –, a envoyé au préfet sa lettre de démission, expliquant: « Si l’ordre républicain ne peut pas être maintenu, nous faisons le constat d’échec en tant qu’élus, on n’a plus les moyens d’administrer la commune. » Sa menace a fait effet puisque, aussitôt, la justice a fait diligence et rendu une ordonnance d’expulsion ; les gens du voyage sont partis avant qu’on ne vienne les chasser par la force.

Les petits villages : une cible privilégiée

Une question se pose néanmoins: la plupart du temps, ce sont les petites communes qui sont ciblées par les gens du voyage. Pourquoi? Parce qu’ils sont plus rassurés en se plaçant, temporairement, dans l’illégalité que dans une légalité tatillonne! Autrement dit: ils ont parfaitement compris cette subtilité française qui consiste à ne rien demander, de peur de créer des « incidents », à des gens qui se placent volontairement en dehors de la loi! On vous explique :

Les communes de moins de 5000 habitants n’ont aucune obligation légale d’aménager une aire d’accueil. Or, il suffit de consulter la rubrique des faits divers pour constater que, très souvent, les gens du voyage n’hésitent pas à venir planter illégalement leurs campements dans des villages qui n’ont pourtant rien demandé à personne. Voici deux exemples significatifs.

Le dimanche 26 mai, à Fourques (village du Gard qui compte 3000 habitants), des « caravaniers » ont envahi le terrain de rugby. Dans l’édition locale du journal « La Provence », le maire, Gilles Dumas, a rapporté que dialoguer avec eux était impossible: « Je suis venu sur place à peine dix minutes après leur arrivée, ils n’avaient pas encore détaché les caravanes. Mais quand je leur ai demandé de s’installer à côté, ils ont refusé parce qu’il leur faut être installés sur de l’herbe! Ils se foutent de moi: je leur ai tendu la main mais ils me l’ont mordue. » Dans son compte-rendu, le journaliste souligne d’ailleurs la morgue des nomades, citant « un homme qui, comme les autres, refuse de donner son nom et se livre à une ironie bien mal placée, voire à des insultes. »

Le second exemple s’inscrit à Frangy, un petit village de Haute- Savoie, qui compte 1900 habitants. Le dimanche 16 juin, au parc des loisirs, c’est la fête du Judo Club. Mais soudain se pointe un convoi de 70 caravanes! Des hommes en descendent qui à coups de masse se mettent à défoncer les barrières, pour accéder aux cinq hectares du parc. Présent, Frédéric Darlot, président du judo-club, et adjoint au maire, vient leur demander des explications… Mal lui en prend! Il se fait violemment tabasser. Maire de Frangy, Bernard Revillon, n’avait jamais vu ça. Il devra faire appel à la préfecture pour que les indésirables soient expulsés…

Or, que ce soit à Fourques ou à Frangy, en faisant quelques petits kilomètres, les gens du voyage avaient la possibilité de s’installer dans des aires d’accueil officielles. Mais ils ne l’ont pas fait!

Le nomade n’aime pas les “formalités”

Fourques est dans le Gard, mais planté au bord du Rhône : il suffit de franchir un pont pour se retrouver dans les Bouches-du-Rhône, à Arles. Et à Arles, il y a une aire d’accueil pour les gens du voyage, toute neuve, inaugurée en mai 2012, qui a coûté la bagatelle de 2,2 millions d’euros aux contribuables. En Haute-Savoie, Frangy appartient à une communauté de communes, qui propose une aire d’accueil, un vaste terrain de 10 hectares, situé à Chêne-en-Semine. Or, que ce soit à Fourques ou à Frangy, les gens du voyage ont préféré foutre le bordel plutôt que de se rendre à Arles ou à Chêne-en-Semine, où des aires officielles les attendaient! Pourquoi?

Si on consulte le règlement intérieur de l’aire d’accueil d’Arles, on peut se faire une idée. Il y est précisé que l’accès n’est pas gratuit, que le tarif est de trois euros la nuitée par emplacement, auxquels s’ajoute la consommation réelle des fluides (eau et électricité). Mais surtout, pour être admis, il faut fournir « un livret de circulation en règle, la carte grise et l’assurance du véhicule, une pièce d’identité, une caution de 100 euros et une avance sur les nuitées et les fluides de 35 euros. »

Ce règlement n’a rien d’exceptionnel. Il est en vigueur dans toutes les aires d’accueil. En Haute-Savoie, la préfecture a ainsi remis aux communes un « règlement type », où il est stipulé, à l’article 3, que « l’accès au terrain est effectué par le personnel gestionnaire […] sous réserve de la présentation d’une pièce d’identité, de la remise de la carte grise du véhicule et du versement d’une caution ».

Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi certains « gens du voyage », que les paperasseries et les formalités “rebutent”, et à qui c’est ainsi beaucoup demander, préfèrent le camping… sauvage.

Pierre Tanger

Article de l’hebdomadaire “Minute” du 17  juillet 2013 reproduit avec son aimable autorisation. Minute disponible en kiosque ou sur Internet.

Crédit photo : DR.

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