Mayotte : les désarrois du député PS Urvoas

Mayotte : les désarrois du député PS Urvoas

Mayotte, novembre 2011 : gendarmes mobiles tentant d’expulser un manifestant

01/07/2013 – 14h00
QUIMPER (NOVOpress Breizh) –
« Je reviens d’une île où rien n’est simple… ». De retour de Mayotte où il a passé une semaine à l’invitation de la gendarmerie locale « pour découvrir les multiples difficultés rencontrées dans la lutte contre l’immigration clandestine », Jean-Jacques Urvoas, député du Finistère (PS) et président de la commission des lois de l’Assemblée nationale,  ne cache pas, sur son blog, les interrogations que soulèvent chez lui  ce « département français » de l’océan Indien situé dans l’archipel des Comores, dont la population est à 95% musulmane.

Premier constat de l’élu socialiste : avec une population de 212 600 habitants officiellement recensés en 2012, dont 54% est âgée de moins de 20 ans, pour une superficie de 375 km² – soit une densité de 575 habitants au km² – Mayotte dépend de l’Etat  pour vivre. Ce dernier représente en effet 54 % de l’emploi total et 51 % du PIB. « Chaque fonctionnaire pourvoit aux besoins de 6 à 10 personnes sur l’île » rappelle-t-il.

Deuxième constat : la très forte natalité, alliée à une très forte immigration incontrôlée venue des iles voisines, fait exploser le système scolaire. Evoquant « une croissance peu ordinaire des effectifs scolarisés qui, depuis 10 ans, augmentent chaque année de près de 3.000 élèves environ », J.J. Urvoas estime qu’il « faudrait construire une classe par jour, un collège par an et un lycée tous les deux ans » pour pallier les besoins.

Concernant l’objet principal de sa visite – l’immigration clandestine – le député du Finistère est parfaitement lucide quant aux causes de cette dernière : « Evidemment l’effet d’attraction suscité par un niveau de vie et de protection sociale considérablement plus élevé que la république voisine des Comores (distante de 70 km) se mesure à chaque instant. C’est pourquoi la maîtrise de l’immigration est un enjeu majeur pour le développement économique, mais aussi pour la préservation de l’ordre public et des équilibres sociaux. »

Rappelant que, selon la gendarmerie, les immigrés clandestins représentent près de 35 % de la population totale de Mayotte ; que les infractions à la législation des étrangers représentent 77 % du total des infractions constaté par les services de police et de gendarmerie, J.J. Urvoas fait ce constat désarmant : « Certes, écrit-il, ces derniers remplissent leurs missions en reconduisant aux Comores ceux qui sont interpellés (13.214 personnes en 2012) mais une forte proportion revient à Mayotte à court ou moyen terme. » Selon une enquête du quotidien Le Monde (11/12/12) près de 22.000 clandestins, souvent originaires des Comores voisines, avaient transité en 2011 par l’unique Centre de rétention administrative (CRA) de l’île où près d’un habitant sur trois est un étranger en situation irrégulière.

« Je reviens de cette immersion assez circonspect pour ne pas dire pessimiste » avoue le président de la commission des lois. Qui avait pourtant voté, comme l’ensemble des parlementaires, les deux projets de loi faisantt de Mayotte, à partir de mars 2011, le 101ème département français.

Crédit photo : Lebelot/Wikimedia (cc)