Relire « Ravage » de René Barjavel

Relire « Ravage » de René Barjavel

René Barjavel. Crédit photo : DR

24/06/2013 – 14h00
PARIS (NOVOpress) – En ces temps de crise, que certains perçoivent comme pré-apocalyptiques, il est indispensable et même absolument nécessaire de lire ou relire Ravage, de René Barjavel. Celui que l’on a intronisé, bien tardivement, père de la science-fiction française, fait plutôt œuvre, ici, de prophète. Car ses extraordinaires visions sont enveloppées d’une grande poésie. Ravage pourrait très bien se situer au carrefour de Giono, de Jules Verne ou même du Georges Orwell de 1984.

Imaginer dès 1942 une société hyper-technologique dans laquelle tout – ou presque – se fait grâce à l’énergie électromagnétique, était déjà réussir un tour de force. D’autant que la cohérence de l’ensemble ne nous suggère, à aucun moment, le moindre doute. Mais lorsque Barjavel met en scène la destruction, en quelques heures, de cette non-civilisation technicisée par une panne énergétique totale, on ne peut que tomber béat devant une telle lucidité.

Ultra-concentration urbaine, industrie agro-alimentaire, frénésie bougiste, hypersexualisation médiatique, règne du plastique ou encore ultra-dépendance énergétique … le cadre posé ressemble à s’y méprendre aux sociétés occidentales de 2013. Quant au grand choc décrit, à la convergence des crises en œuvre, elles semblent tout droit sorties du dernier ouvrage de Piero San Giorgio (1).

Dans le gigantesque chaos qui suit, l’Homme peut-il survivre ? Et quels hommes ? C’est la formidable épopée que nous fait vivre René Barjavel. Ravage n’est ni un divertissement gratuit – il vous laissera des stigmates, ni un nouveau manuel d’entraînement pour survivaliste en devenir. Il constitue en revanche, un formidable outil pour tout « éveilleur de peuple », pour quiconque souhaite partager sa vision d’un nécessaire retour au réel (2), d’une redécouverte des savoirs primaires, d’un ré-enracinement des plus concrets.

« Ne sais-tu pas que les hommes se perdirent justement parce qu’ils avaient voulu épargner leur peine ? »

Pierre Saint-Servant

1) Essayiste, théoricien du survivalisme. Dernier ouvrage paru : Rues barbares : Survivre en ville (coécrit avec Vol West), éditions Le Retour aux sources, 2012

2) Notion chère au philosophe Gustave Thibon. Retour au réel. Nouveaux Diagnostics, Lyon, Lardanchet, 1943