Le Gwen-ha-du a été dessiné dans un bordel

Le Gwen-ha-du a été dessiné dans un bordel

08/06/2013 – 10H00
RENNES (NOVOpress Breizh) –
Succès à la fois touristique et politique, le Gwen-ha-du (drapeau de la Bretagne) incarne cette région. Admis aujourd’hui par tous, il a une place réservée dans les ouvrages qui se proposent d’aborder la matière bretonne.

Dans les plus récents, on peut citer « Miscellanées bretonnes » de Yann Lukas (Editions Palantines). « Après l’ancien drapeau à croix noire sur fond blanc, le drapeau traditionnel du duché de Bretagne était le drapeau blanc semé d’hermines noires, sur le modèle du drapeau français, blanc fleurdelisé, le dauphin de France étant duc de Bretagne après l’union de 1532. Le drapeau actuel a été créé en 1923 par l’architecte Morvan Marchal pour le Parti national breton, mouvement autonomiste de l’entre-deux-guerres. Il est à rayures horizontales blanches et noires ; les cinq bandes noires symbolisent les évêchés de langue française et les quatre bandes blanches les évêchés de langue bretonne. Une fenêtre blanche, dans l’angle supérieur gauche, est semé de neuf (ou onze) hermines, pour rappeler l’emblème des anciens ducs. Blanc et noir, il doit son nom à cette particularité : c’est le Gwen-ha-du. »

Dans son « Dictionnaire amoureux de la Bretagne » (Plon), Yann Queffelec place même ce dernier sur la couverture afin que nul n’ignore la tonalité de l’ouvrage. « Ce Gwen-ha-du fut, à sa création, en 1937, l’emblème du Parti nationaliste breton. Aujourd’hui, revirginisé par l’engouement populaire des années 60, brandi par une jeunesse bretonne à l’unisson des rythmes interceltiques, le Gwen-ha-du un patriotisme culturel épanoui sous les couleurs de la Mère Patrie. Il flotte aux frontons des mairies et bâtiments officiels de Bretagne. Il tapisse allègrement les gradins du Stade de France lors d’un championnat de France, en 2010, qui vit Guingamp battre Rennes par trois buts à un. »

Tout cela est bel et bien bon mais mérite quelques compléments dans le registre « petite histoire ». Depuis un certain temps, le leader du PNB, Olier Mordrel, ambitionnait de doter le parti – et la Bretagne – d’un emblème national. Il confie à Morvan Marchal la mission d’imaginer et de dessiner le fameux drapeau. Mais l’exécution de la commande traîne ; malgré plusieurs rappels à l’ordre, l’affaire ne démarre pas. Jusqu’à un certain soir où Mordrel, las d’attendre, décide de forcer Morvan Marchal à passer à l’acte. Le premier sait où trouver le second puisque celui-ci a ses habitudes dans une maison close située rue Duhamel à Rennes. Mordrel débarque et presse Marchal de se mettre au travail. Improvisation totale mais réussie puisque l’architecte dessine sur une feuille de papier le drapeau que nous connaissons aujourd’hui. Il existe une certaine ressemblance avec le drapeau américain car le franc-maçon Marchal était sensible au modèle fédéraliste en vigueur Outre-Atlantique. D’où les bandes et les hermines à la place des étoiles. Après le décès de Morvan Marchal, c’est Gouven Pennaod qui hérita du tablier de franc-maçon que portait le premier. Franc-maçon lui-même, Pennaod aimait à le porter lors de certaines manifestations du Mouvement breton.

Crédit photo : Ludovic/Flickr (cc).