Les multinationales américaines adorent l’Irlande

Les multinationales américaines adorent l’Irlande

05/06/2013 – 16h00
DUBLIN (NOVOpress Breizh) –
1er Janvier 1973 : le Danemark, l’Irlande et le Royaume-Uni rejoignent la Communauté économique européenne – Georges Pompidou étant président de la République française. Il n’est pas certain  que ce soit la meilleure décision que ce dernier ait prise au cours de séjour à l’Elysée. Sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, Charles de Gaulle avait vu juste en s’opposant à l’entrée de la Grande-Bretagne dans l’Europe. Mais en 1973, il était décédé et ses successeurs ne possédaient pas la carrure nécessaire pour fermer  la porte aux intrus qui voyaient dans l’Europe uniquement un grand marché, car de Gaulle la voulait d’abord politique (cf. le Traité de l’Elysée du 22 janvier 1963).

Certes, les Irlandais nous sont sympathiques à plus d’un titre – ne serait-ce que pour leur volonté farouche manifestée pendant la guerre d’indépendance -, mais cela ne nous interdit pas une saine lucidité. Pour beaucoup d’économistes, le pays d’Eamon de Valera fait figure de « passager clandestin » (sic) de l’Europe, venant chercher subventions, aides et avantages divers pour assurer son décollage économique. Et c’est tout. Ainsi, nullement intéressés par la construction d’une Europe solide, les dirigeants irlandais ont maintenu leur pays dans l’état de neutralité qui était le sien. D’où une situation extravagante : l’Irlande appartient à l’Union européenne, mais se veut neutre ! Ce qui l’exonère de tout effort en matière de défense. Vive l’Otan !

Dans le domaine économique, les Irlandais se sont surpassés en utilisant les avantages offerts par la construction européenne, tout en pratiquant une concurrence déloyale. Dans les faits, l’ex-« dragon celtique » a joué le rôle de tête de pont, en Europe, des grandes multinationales américaines. Aussi bien sur le plan de la logistique que sur celui de la fiscalité. Il était en effet séduisant pour les géants d’outre-Atlantique de s’installer dans un pays situé à l’intérieur de l’Union européenne – donc accès à un marché de 500 millions d’habitants dans les vingt-sept pays – dans lequel le taux de l’impôt sur les sociétés brillait pas sa modestie : seulement 12,5%. 12,5%, c’est le chiffre-clé du développement économique de l’Irlande ; c’est lui qui en fait un pays « attractif » pour les grandes entreprises ; alors que la moyenne de l’impôt sur les sociétés dans l’Union européenne s’établit à 23,5%, avec 24% dans le Royaume-Uni, 26,3 en Suède, 29,8 en Allemagne, 36,1 en France. Imbattable ! (Le Figaro Economie, 25/04/13).

Mais 12,5% c’est encore trop pour les multinationales américaines. Alors elles négocient un tarif de faveur avec le gouvernement irlandais avant leur installation. Exemple : la filiale irlandaise d’Apple bénéficie d’un taux d’imposition à 1,9%, d’où l’intérêt de rapatrier à Dublin les bénéfices réalisés dans les vingt-six autres pays de l’UE.

On apprend également qu’une des filiales d’Apple, dotée d’une adresse à Cork, a ainsi collecté un tiers des profits du groupe réalisés hors des Etats-Unis mais n’emploierait personne en Irlande et serait entièrement gérée depuis le siège d’Apple. « L’Irlande a entièrement fonctionné comme un paradis fiscal pour Apple », affirme le président de la sous-commission du Sénat américain sur les investigations.

Les autorités irlandaises ont réagi vivement à ces attaques, rejetant sur les pays à taxation élevée  la responsabilité de la fuite vers l’Irlande de sociétés multinationales. « Ces questions proviennent des régimes de taxation en vigueur dans d’autres juridictions », souligne ainsi Eamon Gilmore, adjoint du Premier ministre irlandais (Le Figaro Economie, 22/05/13).

Cela dit, les Irlandais savent jouer sur les mots, à moins que ce ne soit une forme d’humour. Humour celtique que semble pratiquer à la perfection Paul Kavannagh, ambassadeur d’Irlande en France, lorsqu’il écrit : « L’Irlande n’est pas un paradis fiscal. Notre système est totalement transparent et nous répondons aux normes de l’UE et de l’OCDE. Nous cherchons à favoriser les opérations des entreprises multinationales qui souhaitent accéder au marché européen, qui créent des emplois et payent des impôts. »(Le Monde, 02/05/13).

« Vive l’Irlande libre », aurait lancé Charles de Gaulle lors de son voyage sur la terre de ses ancêtres…

Crédit photo : Wikipédia (domaine public)