[Lecture] "Racaille football club", par Daniel Riolo

[Lecture] “Racaille football club”, par Daniel Riolo

15/05/2013 – 16h00
PARIS (NOVOpress Breizh) – Rarement un livre aura bénéficié d’un lancement aussi spectaculaire : l’émeute parisienne d’avant-hier soir au Trocadéro, sous prétexte de victoire du Paris-Saint-Germain, illustre parfaitement le dérapage démentiel du football français décrit par Daniel Riolo dans Racaille Football Club – qui une semaine après sa parution figure déjà dans les meilleures ventes de livres.

Journaliste sportif chevronné, Daniel Riolo a collaboré à RTL, RMC, BFM et autres médias de premier plan. Il est l’auteur, seul ou en collaboration, d’une dizaine de livres sur le football. Son dernier ouvrage fera date. Très documenté, c’est une plongée sociologique dans les milieux du football de haut niveau. L’auteur en a tiré des observations hallucinantes.

Daniel Riolo rappelle le délire national qui avait déferlé en 1998 quand une équipe de France « black-blanc-beur » avait remporté la coupe du monde. « La France est multiraciale, et elle le restera, écrivait alors le vieil académicien Alain Peyrefitte. Le Forézien Jacquet, le Kabyle Zidane, le Guadeloupéen Thuram, le P yrénéen Barthez, l’Africain Desailly […] C’est une fierté française qu’ils nous ont rendue, qu’ils nous ont offerte, en modèle à l’univers. » Même le président de la République, Jacques Chirac, y était allé de son couplet ému à la gloire de l’intégration.

Euphorie de courte durée
L’euphorie sera de courte durée. En 2001, l’équipe de France reçoit celle d’Algérie au Stade de France. La Marseillaise est couverte par les sifflets. « L’Algérie joue à domicile », note Riolo. La victoire est volée à l’équipe de France par les spectateurs qui mettent fin au match en envahissant la pelouse. Dans la foulée, les violences se multiplient sur les terrains de banlieue. La France échoue dans toutes les compétitions internationales, sauf en 2006… où l’aventure se termine sur le fameux « coup de boule » de Zidane. Au Mondial 2010, en Afrique du Sud, le désastre est total avec l’élimination de la France au premier tour, la grève des joueurs et les insultes d’Anelka à Domenech. Si prompts à tirer des conclusions générales en 1998, les politiques se taisent. Seule, Roselyne Bachelot, improbable ministre des Sports, décrit « une équipe de France où des caïds immatures commandent à des gamins apeurés ». C’est, écrit Riolo, la « fin officielle de l’arnaque Black/Blanc/Beur ».

Que s’est-il passé ? Au-delà de choix humains calamiteux (Domenech en prend pour son grade), la culture des banlieues a massivement envahi les clubs et les terrains, favorisée par des sélectionneurs qui cultivent le modèle du « grand Noir costaud » plutôt que le jeu collectif. Une culture macho, qui privilégie la violence, méprise les faibles et déteste la France. L’islam est pratiquement devenu la religion officielle du football français : Domenech avait instauré les menus tout-halal pour l’équipe de France. « Quand on entre dans le vestiaire, on se croirait dans une mosquée », lâche Fabien Barthez en 2011 après une visite à son ancienne équipe.

Coup de gueule
Cependant, une réaction s’amorce ici ou là.« À Rennes, lors de l’été 2012, on a poussé plus loin une réflexion qui prenait corps ces dernières années », révèle Daniel Riolo.« Moins de joueurs musulmans, moins d’Africains aussi. Il faut se rapprocher du public breton. Mais c’est du off. Évidemment ! » Sans doute les avanies imposées à Yoann Gourcuff par le « groupe Ribéry » ont-elles aidé les Bretons à réfléchir. « Gourcuff est devenu le jeune Blanc qui baisse les yeux dans la rue devant les racailles », écrit Riolo. « Il n’était pas fait pour cette équipe, ce football. Il n’a pas les codes. Mais il est tout ce que Ribéry ne peut pas aimer. Il porte beau, il parle bien et même sa femme, soucieuse de se venger de l’affaire Zahia, le lui fait remarquer. »

Daniel Riolo n’est pas partisan et fait d’ailleurs de son mieux pour trouver (difficilement) des exemples positifs. Son livre ne contient pas de message politique : c’est un coup de gueule contre les dérives d’un sport qu’il a adoré. Mais pas uniquement, car il est solidement étayé et pousse loin la réflexion, citant Edgar Morin, Alain Finkielkraut, Gilles Kepel et bien d’autres. Il brosse un portrait très sombre des jeunes de banlieue, perdus dans une culture à laquelle ils ne peuvent s’identifier, révoltés par des promesses égalitaires fatalement jamais tenues, mal éduqués par des parents déracinés, pervertis par la violence et l’argent et radicalisés par les prédicateurs islamiques – et si ceux qui s’en sortent par le football connaissent de telles dérives, quid de ceux qui ne s’en sortent pas ? Par-delà le football, c’est l’échec de quarante ans d’intégration à la française que décrit Racaille football club.