Féminisme et repentance : un curieux cocktail au Mémorial de Nantes

Féminisme et repentance : un curieux cocktail au Mémorial de Nantes

10/05/2013 – 19h50
NANTES (NOVOpress Breizh) – 
Pour célébrer le 10 mai, la ville de Nantes inaugure une exposition sur « Dix femmes puissantes ». Mais, féminisme simpliste et repentance bigote aidant, elle préfère la légende à l’histoire.

Les promoteurs du Mémorial de l’abolition de l’esclavage, à Nantes, prétendaient rétablir une vérité historique, celle de la traite, occultée selon eux. Ce souci de vérité historique semble aujourd’hui très oublié avec l’exposition « Dix femmes puissantes » organisée au Mémorial du 10 mai au 15 septembre 2013.

Dix totems dressés sur l’esplanade du Mémorial présentent des femmes qui ont « lutté contre l’esclavage colonial » : des « rebelles » (Sanite Belair, Solitude), des « marronnes » (Claire, Dandara, Héva, Nanny), des « féministes » (Anne Knight, Sojourner Truth), une « femme de lettres » (Olympe de Gouges) et une « reine » (Anne Zinga). Plusieurs des notices biographiques affichées sacrifient à des légendes pieuses et semblent largement empruntées à Wikipédia !

En particulier, on ignore presque tout des esclaves « marronnes ». Claire, Dandara, Héva et Nanny ne sont guère connues que par des sources orales rares et peu fiables, mais le Mémorial les présente avec aplomb comme des personnages historiques. Faute de faits attestés, il brode des exposés autour de leur nom, sans hésiter à tripoter un peu la réalité. Dans la bio de Dandara, par exemple, la région brésilienne des Palmares est qualifiée d’« État autonome » et de « République », alors que, selon les rares informations disponibles, ce refuge d’esclaves en fuite n’était formé que de villages dirigés par des chefs.

Tout ce qu’on sait de Solitude, rebelle de Guadeloupe, tient en trois phrases de l’historien Auguste Lacour relatant une anecdote recueillie plus d’un demi-siècle après les faits. Implicitement, le Mémorial fait sien le roman qu’en a tiré Schwartz-Bart en 1972.

La biographie d’Anne Knight n’est pas empruntée à Wikipédia mais directement pompée sur le site anglais Spartacus Educational, dont plusieurs phrases sont traduites à la virgule près. Et si le Mémorial oublie de signaler que cette militante anglaise a participé à la révolution française de 1848, c’est probablement parce que Spartacus lui-même n’en dit rien. En fait, le Mémorial n’a corrigé Spartacus que sur un point. Il assure que la « contribution [d’Anne Knight] à la campagne anti-esclavagiste sera reconnue par les Jamaïcains esclaves affranchis qui nommèrent une ville de l’île, Knightsville », alors que le site anglais mentionnait seulement « un village », ce qui ne paraissait peut-être pas assez glorieux. La correction était mal inspirée : Knightsville n’est qu’un lieu-dit de Yallahs, petite ville jamaïcaine de 10.000 habitants !

Crédit photo : Novopress Breizh