[Cinéma] Un superbe hymne à la pensée : "Hannah Arendt", de Margarethe von Trotta

[Cinéma] Un superbe hymne à la pensée : “Hannah Arendt”, de Margarethe von Trotta

09/05/2013 – 17h15
PARIS (NOVOpress Breizh) – En 1961, la philosophe Hannah Arendt est envoyée à Jérusalem par l’hebdomadaire The New Yorker pour couvrir le procès d’Adolf Eichmann, poursuivi pour son rôle dans la déportation des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Les articles qu’elle publie et sa théorie de « la banalité du mal » vont déclencher une controverse sans précédent. Au-delà de toute polémique sur la question de la Shoah, la réalisatrice Margarethe von Trotta nous offre avec « Hannah Arendt », son dernier opus, un superbe hymne à la pensée.

C’est en effet le seul but qui anime la philosophe, fidèle en cela aux préceptes de celui qui fut son amant et son maître à penser, Martin Heidegger : penser, quel qu’en soit le prix, sans tabou, ni parti-pris, débarrassé de l’esprit de clan, des préjugés, des conventions, du pathos. Une pensée authentique, née de l’observation, de l’écoute attentive, de la mise en perspective des événements, sans déni du réel quoique celui-ci nous révèle. Penser par soi-même, un  exercice qui passe par la solitude, l’étude, la réflexion, la concentration, dans le silence de son bureau, ou au plus près de la nature, au cours de grandes promenades méditatives.

On aurait pu craindre que cette exigence de pensée soit le fruit d’un personnage austère voire antipathique… Il n’en est rien, bien au contraire. Margarethe von Trotta nous montre une femme accomplie, forte de sa notoriété, et qui ne cherche plus la gloire, aimée et aimante, chaleureuse, entourée d’amis fidèles, d’étudiants fervents, et qui apprécie la vie et ses plaisirs charnels. Hannah Arendt reçoit ses amis, fume, arrose ses succès, polémique joyeusement en trois langues ; et quand elle souffre, c’est  avec retenue. C’est ainsi que sa pensée nous touche et nous atteint car elle n’est pas désincarnée, contrairement à ce que prétendent ses détracteurs. Autre leçon de ce film, la résistance civile : pour ne pas sombrer dans la banalité du mal ou l’indifférence consentante. A voir, absolument.

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