Le “coming out” de Pierre Moscovici : 0,1%

Le “coming out” de Pierre Moscovici : 0,1%

27/04/2013 – 12H30
PARIS (NOVOpress Breizh) –
Il n’y a pas que Cahuzac à avouer… Pierre Moscovici, ministre de l’Economie et des finances, vient de se livrer au même exercice. C’était le 4 avril dernier à Sciences Po Paris au cours d’un forum organisé par Libération, appelé fort poétiquement « Après la crise, le bonheur ? » (sic).

Il se trouve que la loi de finances 2013 a été construite sur une hypothèse – très optimiste – de croissance de 0,8%. Tout le monde (économistes, OCDE, Cour des comptes…) savait que cet objectif ne serait pas atteint, mais le Gouvernement semblait y croire. Le coup de grâce fut donné par la Commission européenne qui annonce un petit 0,1% de croissance pour la France en 2013. L’affaire est d’importance car chaque dixième de croissance en moins représente presque 1 milliard d’euros de plus à trouver. Soit par le biais d’économies supplémentaires, soit au moyen d’impôts nouveaux. Sinon pas question de cheminer vers les 3% de déficit public qui constituent, pour la Commission européenne, la porte du Paradis.

Dans ces conditions, la position du Gouvernement devenait intenable. Alors Pierre Moscovici a fini par reconnaître l’évidence devant les étudiants de Sciences Po : « La Commission européenne dit 0,1% : je crains qu’on ne soit pas loin de ça ». Tout en ajoutant pour rassurer son auditoire et lui-même : « On se bat pour que ce soit plus » (Le Figaro Economie, 06-07/04/2013).

Voilà qui n’arrangera pas les oignons de François Hollande qui se plait à raconter ici et là qu’il entend « inverser la courbe du chômage avant la fin de l’année 2013 ». La dernière fois, c’était lors de son déplacement à Dijon, le 11 mars dernier : « J’ai fait de la lutte contre le chômage la seule priorité qui vaille. J’ai fixé un objectif : inverser la courbe du chômage avant la fin de l’année. C’est difficile, je le sais » (Libération, 27/03/2013).

Bien sûr, « inverser la courbe du chômage » ne signifie pas diminuer le nombre des demandeurs d’emploi, mais plutôt stabiliser le flux. Dans l’entourage élyséen, on manie le verbe avec prudence : « L’inversion, c’est quand la courbe cesse d’augmenter » (Le Figaro, 05/03/2013). Objectif que l’on croit possible en haut lieu grâce aux emplois d’avenir et aux contrats de génération qui pourraient éponger un nombre important de chômeurs. En tous les cas, l’Elysée et Matignon comptent beaucoup sur ces deux composants de la « boite à outils ».

Vaste programme diront ceux qui considèrent le nombre des demandeurs d’emplois – de tous les demandeurs d’emplois. En France métropolitaine, en mars 2013, Pôle emploi en comptait 5.348.500. Soit 3.224.600 pour la catégorie A – le record de 1997 est battu -, 1.516.500 pour les catégories B et C et 607.400 pour les catégories D et E.

Même avec les grosses « éponges » que pourraient constituer les emplois d’avenir et les contrats de génération, faire reculer le chômage d’une manière significative ressemble fort à mission impossible. Surtout avec un taux de croissance à 0,1%. C’est ce qu’affirment les économistes.

Un avis de gauche sur la question : « La reprise, ce n’est pas seulement une croissance positive. C’est une croissance qui génère des emplois dans le secteur marchand et qui doit donc atteindre, au minimum, +0,4% à 0,5% par trimestre », selon Mathieu Plane, chercheur à l’Observatoire français des conjonctures économiques (Le Monde, 16/02/2013). Suivi d’un avis de droite : « Tous les économistes en conviennent : uniquement pour arrêter les destructions d’emploi, la France devrait afficher cette année une croissance de 1,7%. Alors que les prévisions les plus optimistes font état d’une croissance de 0,1%… ! », note Yves de Kerdrel, directeur de Valeurs actuelles (04/04/2013).

Cette situation for peu réjouissante pourrait remettre en selle les partisans de la relance. Certains rêvent même à un changement de politique économique. Arnaud Montebourg en tête. La chose s’était déjà vu en mars 1983 ; le Premier ministre de l’époque, Pierre Mauroy, avait été renvoyé à Lille par François Mitterrand et remplacé par le jeune et fringant Laurent Fabius. Lequel avait reçu pour mission de changer de cap ; il s’agissait alors de pratiquer une « rigueur » de gauche. Cette fois, la manœuvre pourrait s’effectuer en sens inverse : passer de la « rigueur » à la relance. Mais, en 1983, le traité de Maastricht n’existait pas ; on ignorait l’existence des 3% de déficit public à ne pas franchir et la dette publique n’avait pas encore atteint des sommets.

Montebourg à Matignon : l’hypothèse ne manque pas de piquant. Ne serait-ce que pour assister du passage des paroles aux actes. Sans illusion aucune, car Montebourg ne pourrait se défaire des chaînes maastrichtiennes. Angela Merkel le lui interdirait. Sans oublier que les traités européens font figure maintenant de « Tables de la loi ». Et on n’imagine mal François Hollande les renverser…

Crédit photo : Thomas Bresson, via Wikimedia (cc).