Avant le Stade rennais, il y eut le Périgord, Andorre et le Pacifique…

Avant le Stade rennais, il y eut le Périgord, Andorre et le Pacifique…

26/04/2013 – 16H20
RENNES (NOVOpress Breizh) – L’Express (17/04/13) consacre un cahier de douze pages au Stade rennais. C’est l’occasion d’apprendre que « le PSG revendique 300 millions d’euros de budget. L’Olympique lyonnais, l’Olympique de Marseille et le Losc de Lille dépassent les 100 millions d’euros. Avec 50 millions, le Stade rennais doit créer le meilleur spectacle sportif avec des moyens raisonnables. Autour du match, le club doit générer du lien social et de la joie. Et même du rêve ». C’est en ces termes que Frédéric de Saint-Sernin, le président du club, plante le décor et les contraintes.

Mais le président avoue jouer également au « super-lobbyiste. J’aide à l’épanouissement des entreprises du groupe Kering [nouvelle dénomination de PPR] en essayant de faire comprendre aux acteurs politiques et institutionnels nos activités et nos problématiques. Au Stade rennais, je suis avant tout l’interface entre le propriétaire [la famille Pinault] et la vie du club. » On ne peut donc pas parler d’un investissement à fonds perdus pour les Pinault !

Dans ce genre de dossier, par principe, la prudence incite à éviter les sujets qui pourraient fâcher. Le lecteur se contentera d’apprendre que « le Stade rennais s’est transformé en entreprise de spectacles depuis son rachat par François Pinault en 1998 ». Edmond Hervé (PS), maire de Rennes, a, parait-il, convaincu le chiraquien Pinault de racheter le club. Cette opération ressemblait à une espèce de transposition bretonne de la cohabitation puisque Chirac occupait l’Elysée, tandis que Jospin œuvrait à Matignon. « Mon père voulait redonner à la Bretagne ce qu’elle nous a offert. On ne voulait pas acheter Lyon, Paris ou Marseille. Nous, c’était Rennes », explique François-Henri Pinault, le fils de François, aujourd’hui PDG du groupe Kering.

C’est en 2006 que le chiraquien Frédéric de Saint-Sernin débarque à la tête du club. A l’époque, les mauvais esprits – ça existe – avaient vu là un parachutage politique à quinze mois des élections municipales. La droite rennaise ne disposant d’aucun leader digne de ce nom – c’est encore vrai aujourd’hui -, il était facile de voir dans l’arrivée de cet ancien ministre une signification électorale. D’autant plus que François Pinault ne peut rien refuser à Jacques Chirac… Dans un premier temps, on se fait connaître grâce au foot, dans un second on saute dans la case tête de liste pour les municipales. Technique que connait bien Bernard Tapie. Mais il n’en fut rien. Monsieur de Saint-Sernin ne sortit pas de son rôle de président du Stade rennais.

Le parachuté n’appartient ni de près ni de loin à la sphère bretonne. Né en Champagne, Frédéric de Lappare de Saint-Sernin s’est illustré dans sa jeunesse, à la faculté d’Assas, où il milita dans les rangs du Groupe union défense (GUD) et du Groupe action jeunesse (solidariste) de 1974 à 1981 ; ce n’était donc pas un tiède. Mais il faut bien que jeunesse se passe et, après son service national, sur les conseils de son cousin Dominique de Villepin, il adhère au RPR. Là, un emploi lui est fourni, d’abord auprès de Xavier Deniau, puis d’Alain Carignon, enfin d’Alain Juppé, secrétaire général du RPR ; dans ce dernier cas avec un bulletin de salaire fourni par la Ville de Paris (c’est l’époque des emplois fictifs). Ce spécialiste en analyses électorales et sondages d’opinion est parachuté dans le Périgord à l’occasion des élections législatives de 1993. Porté par le raz-de-marée qui favorise alors la droite, il est élu. Mais la dissolution de 1997 lui est fatale. On le retrouve donc occupant différents emplois dans les eaux du RPR. Jusqu’en 1999, où il entre au cabinet du président de la République Jacques Chirac pour y suivre les sondages, l’outre-mer et Andorre.

En 2002, avec d’autres « petites mains » de l’Elysée (Dominique de Villepin et compagnie), il travaille à la préparation de l’élection présidentielle ; tâche qui consiste à fournir des signatures de maires à Bruno Mégret et à Christiane Taubira pour affaiblir Jean-Marie Le Pen et Lionel Jospin.

Aux élections législatives de juin 2002, il parvient à récupérer son siège. A la création de l’UMP en 2003, il est nommé secrétaire national en charge du Pacifique. Il entre, par raccroc, en avril 2004, dans le troisième gouvernement Raffarin comme secrétaire d’Etat à l’Aménagement du territoire ; il n’est pas repris dans le gouvernement de Dominique de Villepin en juin 2005 – la solidarité familiale ne joue pas à cette occasion. Il est repêché en septembre 2005, comme conseiller à la présidence de la République pour les questions institutionnelles et parlementaires.

Dès lors que Nicolas Sarkozy s’empare de l’UMP, l’avenir n’appartient plus aux chiraquiens. Jacques Chirac cherche donc à recaser ses hommes ici et là. Heureux hasard, son ami François Pinault est à la recherche d’un président pour le Stade rennais… Voilà qui n’était pas fait pou déplaire à M. de Saint-Sernin, un spécialiste des voyages exotiques et des parachutages : Périgord, Andorre, le Pacifique… Va pour la Bretagne !

Crédit photo : Buffoleo, via Wikimedia (cc).