Journées du Nouvel Obs’ à Nantes : face à la crise, une idéologie à bout de souffle

Journées du Nouvel Obs’ à Nantes : face à la crise, une idéologie à bout de souffle

Photo ci-dessus: Daniel Cohn-Bendit. Le vieux leader soixante-huitard va prendre sa retraite.

23/04/2013 – 14H00
NANTES (NOVOpress Breizh) –
« Quelles raisons d’espérer ?» C’est sur ce thème que Le Nouvel Obs’ organisait avec Ouest France les 12 et 13 avril à Nantes un colloque réunissant, selon Laurent Joffrin, « un plateau prestigieux de responsables, de militants, d’experts et d’intellectuels ». Appartenant à l’oligarchie politico-médiatique, partageant à quelques nuances près la même doxa libérale–mondialiste, les intervenants se sont donc laborieusement efforcés, durant ces deux journées, à tenter de répondre à la question posée. Manifestement sans résultat.

Au moment où elle traverse une crise politique, sociale, économique et identitaire sans précédent, l’affirmation selon laquelle « la France peut s’en sortir » sans remettre en question les fondamentaux d’un système fermé sur lui-même – celui de la modernité post-démocratique – pouvait paraître quelque peu irréaliste. Si les nombreux participants venus assister à cette manifestation espéraient des réponses claires et des propositions audacieuses, ils en auront été pour leurs frais, car dans les principaux colloques, économiques, politiques ou institutionnels, elles n’étaient manifestement pas au rendez-vous.

Dans le débat le plus attendu, qui réunissait Daniel Cohn-Bendit, Elisabeth Guigou et Jean-François Kahn, l’Union européenne a été présentée comme le seul remède possible à la crise. Toujours en verve, l’ancien leader soixante-huitard n’a pas cherché à cacher son ralliement total à l’Europe des technocrates de Bruxelles, libérale et mondialiste. Après avoir affirmé sans hésitation que Jean-Claude Trichet et Mario Draghi, les patrons de la Banque centrale européenne, ont sauvé l’Europe (!), Cohn-Bendit avouera – au grand dam d’Elisabeth Guigou – préférer la chancelière allemande Angela Merkel – « Je la comprends » – à son opposant social-démocrate…

Le seul horizon pour l’Europe, selon Madame Guigou, consisterait à favoriser ce qu’elle dénomme la « mobilité », c’est-à-dire une grande politique migratoire avec l’Afrique, en particulier avec le Maroc et l’Algérie. « En Seine-Saint-Denis on y arrive ! » a précisé – sans rire – l’ancienne garde des Sceaux.

Après avoir constaté que « c’est l’Europe qui a divorcé du Rêve européen », sans préciser de quelle Europe il s’agit, Jean-François Kahn, que l’on a connu plus coruscant, appellera à sortir des « vieux schémas sociaux-démocrates ou néo libéraux », ajoutant que « le clivage droite-gauche est trop réducteur ». Très « café du commerce » l’ancien directeur de Marianne a finalement proposé, pour les prochaines élections, la constitution d’une liste fédérale regroupant le centre, les écologistes et la gauche.

Quant au débat sur le thème « Sortir de la crise : par où commencer ? » il réunissait, autour du maire de Nantes Patrick Rimbert, un économiste proche du Modem, Philippe Chalmin ; un ancien banquier d’affaires professeur à Paris VIII, Olivier Pastré ; et l’écrivain Stéphane Osmont, auteur d’un « Capital » – à ne pas confondre avec celui de Karl Marx. Les économistes Jacques Sapir ou Jean-Luc Gréau, sans doute pas assez conformistes, ne faisaient pas partie du casting.

Là encore aucune perspective. Les intervenants rivalisèrent pour enfoncer des portes ouvertes, comme « sortir de la crise par la croissance » ou, plus original, « il faut s’aimer pour sortir de la crise » (?!). Avec toujours cette obsession de la dette, et une belle unanimité quant à son remboursement : « faire payer les riches qui sont les retraités » ; ou, plus radical : « il faut organiser la spoliation des rentiers ». A noter cette réflexion étonnante d’O. Pastré : « La crise grecque c’est le fait de l’église orthodoxe » ; ou encore plus fort : « Mettre l’amour du prochain dans l’économie de marché ! ».

L’immigrationnisme – « dernière utopie des bien-pensants » (Pierre-André Taguieff) – demeure plus que jamais un des fondamentaux de la pensée de ces économistes. A un intervenant qui affirmait que la France va quitter plus vite la crise grâce à sa « formidable » démographie (!), il lui sera répondu que l’Europe devra quand même « importer » (sic) 40 millions d’immigrés dans les dix prochaines années pour espérer s’en sortir.

Il appartenait enfin à Patrick Rimbert de conclure cette « prestigieuse » table ronde. Si pour le maire de Nantes la crise est « morale et psychanalytique », sa conviction, affirma-t-il sans rire, est que la France s’en sortira grâce à la politique de Jean-Marc Ayrault…

Au final, ces Journées de Nantes auront permis de mesurer la vacuité de l’idéologie d’un système à bout de souffle, incapable de remettre en question ses postulats. Figure emblématique de cette oligarchie post-soixante-huitarde encore au pouvoir, Daniel Cohn-Bendit a annoncé qu’il allait prendre sa retraite. Tout un symbole.

Crédit photo : Heinrich-Böll-Stiftung, via Flickr (cc)