L’Europe à la croisée des chemins

L’Europe à la croisée des chemins

23/04/2013 – 08H00
PARIS (NOVOpress Breizh) –
Dans un article publié sur le site RIA Novosti (05/04/2013), l’économiste Jacques Sapir, directeur du Centre d’études des modes d’industrialisation (CEMI-EHESS), estime que seule une fédéralisation de la zone euro permettrait de sauver la monnaie européenne. Une réflexion utile alors que l’Union européenne, jugée inefficace, est de plus en plus contestée et que l’Europe, dans le contexte géopolitique actuel, demeure plus que jamais une nécessité pour la survie des peuples qui la composent.

Dans cet article, Sapir rappelle que pour maintenir la monnaie unique, il n’y a pas d’autre possibilité que la fédéralisation de la zone euro laquelle permettrait aux autorités de l’Euroland d’imposer des transferts des pays les plus riches vers ceux dont les économies sont les moins efficaces et qui ont besoin d’investissements, d’infrastructures et de formation . L’économiste reprend à son compte le chiffre avancé par Patrick Artus, professeur associé à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, à savoir un montant global des transferts nécessaires de l’ordre de 320 à 350 milliards d’euros par an pendant au moins dix ans. Sur ce total, plus de 80% devraient provenir d’Allemagne, ce qui est totalement impossible parce qu’un tel fardeau serait trop lourd pour son économie. Angela Merkel a d’ailleurs rappelé récemment que l’Allemagne s’opposait absolument à une « union de transferts ». Cette attitude, si elle persistait, signerait la condamnation à mort de la zone Euro.

Revenant sur ce sujet lors d’une émission sur France Culture (16/04/2013), Jacques Sapir a demandé à trois reprises à Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur, ce qu’elle pensait de la faisabilité de tels transferts. Aurait-il mis le doigt où ça fait mal ? Toujours est-il que la ministre, une inconditionnelle du libre-échange, de la mondialisation et du projet de Marché Transatlantique – quoiqu’ancienne chevènementiste –, a préféré ne pas répondre.

En Allemagne, les personnalités favorables à une sortie de la zone Euro sont de plus en plus nombreuses; ainsi Thilo Sarrazin (membre du SPD et ex-membre du directoire de la Bundesbank), qui a publié l’an dernier un ouvrage à grand succès sur les questions de démographie et d’immigration, vient de publier un livre consacré à l’avenir de l’Allemagne qui est, à son avis, hors de la zone Euro. Quant à Hans-Olaf Henkel, ancien président de la Fédération des industries allemandes, il considère que l’euro est désormais un obstacle.

L’avenir de l’Union Européenne – tout comme celui de l’euro – semblerait donc pour le moins compromis et l’enthousiasme originel qui l’accompagna l’U.E. lors de sa création n’est plus qu’un lointain souvenir. Ainsi, un sondage réalisé par BVA pour l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) en Février dernier a mis en évidence le désamour grandissant des Français pour l’Union Européenne. Seuls 38% d’entre eux voient dans l’UE une source d’espoir; ils étaient 61% en 2003 à faire confiance à l’Union Européenne et 50% encore en 2011.

75% des Français considèrent que l’UE est pas ou peu efficace (56% considèrent qu’elle est peu efficace et 19% pas efficace du tout). L’Union Européenne devient pour les classes moyennes et défavorisées une source d’anxiété et de crainte (pour 37% des sondés) tandis que les classes très favorisées, qui profitent de la mondialisation, lui sont toujours favorables. On constate sur ce sujet comme sur tous les sujets importants (protectionnisme, immigration, mariage des homosexuels….) que l’opinion d’une grande majorité des Français se situe à l’opposé de celle de l’oligarchie.

Et pourtant, une association des peuples d’Europe est nécessaire et les peuples en sont conscients – tous les sondages le montrent – mais sans doute faut-il songer à construire une autre maison commune qui ne sera pas bâtie sur les présupposés ultra-libéraux, mondialistes et pacifistes de l’oligarchie actuelle.

F.A.

Photo en Une : Le siège de la Banque Centrale Européenne. Crédit : ArcCan, via Wikipédia, (cc).