[Cinéma] "Les Lendemains"

[Cinéma] “Les Lendemains”

Prix du public au dernier festival Premiers Plans d’Angers, Les Lendemains, premier long métrage de Bénédicte Pagnot, produit par Gilles Padovani, est sorti en salle cette semaine. Œuvre politique sur les heurs et malheurs d’une jeune fille de la France périurbaine d’aujourd’hui, ce très beau film est made in Breizh.

Bac en poche, Audrey, lycéenne sans histoire part s’installer Rennes à la rentrée, laissant derrière elle Nanou, sa meilleure amie – collée au bac -, son petit copain – qu’elle quittera vite – et sa famille. Inscrite en sociologie à la fac de Rennes, Audrey va sympathiser avec sa colocataire – une militante de gauche très bobo – et ses amis tout en gardant ses distances car la politique ne l’intéresse pas. Obligée de travailler suite au licenciement de son père, notre héroïne va abandonner sa colocation, délaisser ses études et se retrouver un soir, au gré d’une rencontre, dans un squat, le « Gral ». Ce dernier est occupé par une bande d’ « anars » individualistes et déjantés, vivant de « débrouille » et dont la conscience politique s’exprime en peinturlurant une permanence de la CGT ou en jouant aux fléchettes sur une photo de Le Pen. Subjuguée, Audrey va intégrer cette bande mais l’aventure finira mal. Délogée sans ménagement par la police, les occupants du squat voudront se venger en allant brûler les bureaux du journal local. Après une course poursuite, Audrey finira en prison où Nanou, devenue mère célibataire et caissière dans un supermarché, viendra lui rendra visite.

Avec ce film « politique mais pas engagé » Bénédicte Pagnot a voulu retracer l’itinéraire d’un personnage issu de cette classe moyenne inférieure établie dans la France – ici la Bretagne – périurbaine décrite par le géographe Christophe Guilluy. Utilisant une écriture descriptive à la limite parfois du reportage, procédant par petites touches presque imperceptibles pour décrire l’évolution de son personnage, la réalisatrice a tenté de nous faire comprendre comment on peut basculer de l’indifférence à la politique à une rébellion instinctive contre l’ordre existant.

Mais cet engagement dans une marginalité hyper-individualiste – le « Gral » est plus un agrégat d’autistes qu’un squat communautaire comme il en existe par exemple en Italie – est voué à l’échec : il n’est finalement qu’une scorie de ce système marchand que cette marginalité prétend contester. Une impasse nihiliste que décrit froidement et sans le moindre jugement de valeur – presqu’à son corps défendant – Bénédicte Pagnot.

On retiendra aussi de ce film le constat sans appel du sort réservé aujourd’hui par la génération de Mai 68 aux enfants de la périurbanité : être au chômage ou, pour les plus chanceux, employés à des tâches subalternes dans les rares entreprises subsistant dans ces zones…

Servi par d’excellents acteurs – la belle Pauline Parigot est remarquable dans le personnage d’Audrey – dont c’est souvent le premier rôle, ces«Lendemains » qui ne chantent pas sont incontestablement une très belle réussite.

Y. Le May (Novopress Breizh)