Redoine Faïd : nouvelle idole des "jeunes"

Redoine Faïd : nouvelle idole des “jeunes”

Redoine Faïd, célèbre figure du nouveau « milieu » issu de l’immigration, était déjà une star dans les banlieues chaudes. En s’évadant de prison à l’explosif et à l’issue d’une prise d’otages, il est en train de devenir une légende.

Il est entré dans le grand banditisme en s’inspirant du film Heat, avec Al Pacino et Robert de Niro, dont il a soigneusement reproduit les techniques d’attaque de fourgons blindés. En réussissant, samedi dernier, une spectaculaire évasion à l’explosif et avec prise d’otages à la prison de Lil le-Sequedin (Nord), Redoine Faïd aura sans doute bientôt droit à son propre film…

A 40 ans, loin de son image policée de bon petit gendre repenti et d’auteur de livres à succès, ce voyou médiatique incarne la nouvelle génération de bandits maghrébins qui s’est substituée, depuis les années 1990, au « milieu » traditionnel. Né en 1972 de parents algériens immigrés dans l’Oise, Redoine Faïd passe très vite du statut de petite frappe à celui de « terreur » du plateau de Creil. Spécialiste reconnu des braquages, considéré comme un redoutable « chef de gang » à 25 ans tout juste, ses comparses le surnomment respectueusement « le Doc » – en hommage à sa « science »

Pour se faire la main, selon un rapport de la PJ de Creil du 7 avril 1997, Faïd et sa bande ont d’abord multiplié les vols à main armée, avec des méthodes assez éloignées de celles de Robin des bois. Leur premier coup frappe le directeur d’une agence de la Société générale, saucissonné dans son bureau le 23 août 1994, menacé d’un pistolet sur la tempe et convaincu de coopérer avec des arguments sans appel: « On veut le coffre. On sait où tu habites. Ta femme et tes gosses sont ligotés chez toi. » En 1995, les voyous rejouent le gang des Postiches en braquant le directeur d’une BNP, dissimulés derrière des masques d’Edouard Balladur, Raymond Barre, Jacques Chirac et François Mitterrand… Et même une panoplie de père Noël! En 1997, la bande du plateau de Creil kidnappe le gérant d’un supermarché, sa femme et son cousin, emmenant ce petit monde en forêt devant une fosse préparée à leur intention… Le commerçant est torturé au chalumeau jusqu’à ce qu’il lâche 40.000 francs.

Condamné jusqu’en 2030… libéré en 2009

Selon le journaliste Frédéric Ploquin, pour monter dans la hiérarchie criminelle, Redoine Faïd bénéficie du soutien d’un autre voyou d’origine algérienne, Sofiane Hamli, mutirécidiviste de l’attaque de banques et homme de main du crime organisé.

A la fin des années 1990, Redoine Faïd, repéré et désormais en cavale, mais disposant d’un armement lourd en provenance des filières balkaniques, passe à l’attaque de fourgons blindés, sans reculer devant le meurtre. La bande se passe en boucle le film Heat, de Michael Mann, analysant le moindre détail pour reproduire le mode opératoire dans la réalité !

Finalement arrêté à la fin de l’année 1998, il passe dix ans en prison. Il a pourtant écopé de six ans pour vol en juin 2000; quinze ans pour meurtre en 2002; puis douze ans pour extorsion en bande organisée en 2003… Mais les procédures et le laxisme judiciaire aidant, Redoine Faïd encaisse avec le sourire ces années de prison en grande partie virtuelles qui, si elles avaient été appliquées, l’auraient maintenu à l’ombre jusqu’en 2030…

En 2009, il bénéficie d’une libération conditionnelle et devient cadre commercial dans le bâtiment public. Faïd se refait une virginité, s’affiche comme un repenti ayant « enterré son passé », écrit même un livre, en 2010, sobrement intitulé Braqueur, des cités au grand banditisme… En pleine promotion, il raconte volontiers son expérience: « En cavale, je vivais tout le temps avec la mort, la peur de la police, la peur de me faire descendre. Je m’inventais des codes et des règles: je rentrais chez moi à partir de 16 heures pour ne pas me faire contrôler le soir. C’était un enfer. Je voyais plus ma famille, ça c’est dur, ce sont des choses qui font réfléchir… »

Des tags à la gloire de Redoine Faïd…

Pas longtemps, apparemment, puisqu’il est vite soupçonné d’être le cerveau d’une tentative de braquage à Villiers-sur-Marne, le 20 mai 2010, qui se soldera par le meurtre d’une jeune policière municipale, Aurélie Fouquet. Faïd jure qu’il n’y est pour rien et promet de se rendre à la police si nécessaire…

Mais il disparaît dans la nature le 11 janvier 2011, échappant à un coup de filet de grande envergure, alors que son implication dans la fusillade est de plus en plus évidente.

Sa cavale prend fin le 28 juin 2011, à Lille: surveillant deux autres gangsters, les hommes de la PJ reconnaissent Rédoine Faïd, attablé à la terrasse d’un restaurant et sur le point, d’après la police, « de participer à un projet de braquage de transport de fonds dans la région lilloise. »

Incarcéré à la prison de Sedequin, Redoine Faïd s’est évadé samedi après avoir pris en otage quatre surveillants.

L’évasion, qualifiée d’« acte de guerre » par les syndicats de surveillants, a débuté vers 08h30, lors d’un parloir où ce « détenu particulièrement dangereux », selon le procureur de Lille, a pris en otage quatre surveillants de la maison d’arrêt en brandissant soudainement un pistolet. Il est sorti de la prison en moins de trente minutes, après avoir détruit cinq portes à l’explosif. A l’extérieur, il a retrouvé un complice en voiture et entamé sa cavale. Tous les otages ont été libérés sur l’itinéraire de fuite et sont heureusement sains et saufs.

D’après des codétenus, qui l’ont connu à Fresnes, Faïd planifiait son évasion de longue date, multipliant les contacts pour se procurer des armes et des explosifs. Si les milieux marseillais et corses auraient refusé de l’aider, le caïd aurait obtenu ce dont il avait besoin en approchant des délinquants de cité – son propre « milieu ». Un de ses frères a été placé en garde-à-vue durant 24 heures, soupçonné de l’avoir aidé. Le braqueur est désormais visé par un mandat d’arrêt européen. Une centaine de policiers et gendarmes sont à sa recherche.

Une cavale qui, quelle que soit son issue, est en train de nourrir l’imaginaire romantique des « chances pour la France »: sur les réseaux sociaux, des pages à la gloire de Faïd sont en train de se créer ; des tweets circulent. Dans les cités d’Ile-de-France, des tags à son nom ou son image sont apparus. Un phénomène qui rappelle étrangement la flambée de popularité du terroriste Mohamed Merah. Qu’est-ce que ce sera si Faïd est liquidé par le Raid !

Patrick Cousteau

Article de l’hebdomadaire “Minute” du 17 avril 2013 reproduit avec son aimable autorisation. Minute disponible en kiosque ou sur Internet.

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