Fazil Say condamné : la musique n’adoucit pas les mœurs en Turquie

17 avril 2013 | Culture, Politique, Société

17/04/2013 – 12h00
ANKARA (NOVOpress) – Un tribunal d’Istanbul a condamné lundi le pianiste-compositeur turc, Fazil Say (ci-dessus), à dix mois de prison avec sursis pour avoir diffusé sur Twitter des propos considérés comme blasphématoires contre l’islam. L’artiste, qui se dit athée, évoque une répression politique émanant du pouvoir islamiste en place : l’AKP, le Parti de la justice et du développement.

Le motif de cette persécution est révélateur de la nature du régime turc. Fazil Say est poursuivi pour avoir repris notamment sur les réseaux sociaux des vers d’un poète persan du XIème siècle, Omar Khayyam, connu pour son épicurisme et sa prise de distance vis-à-vis des dogmes de l’islam. En raison de cette liberté d’expression, le pianiste, âgé de 43 ans, a été reconnu coupable « d’insulte aux valeurs religieuses d’une partie de la population ».

Pour le vice-Premier ministre Bülent Arinç, cette condamnation s’explique par la nécessité d’« agir contre les discours de haine et contre ceux qui agiraient pour délimiter, pour restreindre les convictions religieuses ». Fazil Say défie régulièrement les autorités islamistes d’Istanbul en proposant des œuvres commémorant, par exemple, le drame de Sivas : 37 intellectuels laïcs étaient morts dans l’incendie de leur hôtel, mis à feu par des intégristes le 2 juillet 1993.

Suite à sa condamnation politico-religieuse, l’artiste a déclaré : « Je suis très triste de cette décision de justice rendue au nom de mon pays. C’est une déception pour moi du point de vue de la liberté d’expression. Davantage que pour ma personne, cette condamnation, alors que je n’ai commis aucun crime, est inquiétante pour la liberté de convictions et d’expression en Turquie ». Une raison de plus pour s’opposer à toute intégration de la Turquie dans l’Europe.

Crédit photo : Gudrun Meyervia Wikipédia (cc).

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