[Radio] Une nouvelle nouvelle droite ?

[Radio] Une nouvelle nouvelle droite ?

12/04/2013 – 08h00
PARIS (NOVOpress Breizh) – Mardi dernier, dans l’émission Service public, animée par Guillaume Erner, France-Inter recevait Guillaume Peltier (ci-dessus), de l’UMP, et Gaël Brustier, auteur d’un ouvrage intitulé « La guerre culturelle aura bien lieu » (Mille et une nuits). Une occasion de mesurer le vide consternant de la pensée exprimée par le leader de la « Droite forte ». Autrement plus intéressantes sont les analyses de certains politologues.

Gaël Brustier fait partie de ces intellectuels de gauche qui pensent que la gauche a perdu pied au plan intellectuel et que son logiciel est incapable d’intégrer les nouvelles problématiques telles que l’insécurité culturelle liée à l’immigration et à l’américanisation, l’idée du déclin relatif de l’Europe, l’évidence de plus en plus flagrante d’une faillite de l’idéologie progressiste….

Guillaume Peltier, fringant jeune homme pressé, était invité ès qualité de représentant d’une « nouvelle nouvelle droite » qui doit être une invention récente du microcosme médiatique (rappelons ce qu’on appelle la Nouvelle droite est le mouvement intellectuel créé par Alain de Benoist et ses amis en 1968 lesquels n’ont d’ailleurs pas créé cette appellation médiatique) ; le patron de la Droite forte était censé nous faire part des derniers développements de sa pensée novatrice et pénétrante. En guise d’idées géniales, celui-ci a psalmodié, sur un ton il est vrai très dynamique, une litanie de platitudes sans aucun intérêt.

Il est toujours consternant de constater ce que l’appartenance à un parti dit de gouvernement peut avoir d’abêtissant. Peltier était infiniment plus intéressant quand il oeuvrait dans un petit parti marginal. Taraudé par son ambition, le jeune homme a mis ses idées dans sa poche et se contente désormais de réciter les mantras néo-libérales sarkozystes. La seule idée intéressante qu’il a osé évoquer concerne le développement nécessaire de la procédure de référendum d’initiative populaire, sans préciser toutefois si cela devait se faire conformément aux règles définies par N. Sarkozy, dont on sait qu’elles rendent ce type d’initiative pratiquement irréalisable.

Gaël Brustier a, à juste titre, mis le doigt sur les contradictions insolubles de l’UMP, comme celle qui réside dans le fait que la politique réelle qui a été menée par l’UMP en matière d’immigration est celle du Medef, c’est à dire une politique immigrationniste, tandis que son discours affirme le contraire. Par contre, il se trompe totalement quand il affirme qu’il n’y a pas de différences entre le Front National et l’UMP parce qu’il est évident que le projet du FN est radicalement différent, en matière économique, sociale et de politique démographique entre autres, de celui de l’UMP. Quant à l’anti-immigrationnisme de l’UMP, il est illusoire et ne recèle pas une once de sincérité, ce qui échappe de moins en moins à la sagacité des citoyens.

Sur cette nouvelle nouvelle droite, nous n’avons donc rien appris et pour cause ; les choses importantes ne se passent pas à l’UMP qui est un parti intellectuellement pétrifié et en déclin. Par contre, il y a une vraie nouveauté qui commence à poindre et qui n’a pas échappé à Jacques Julliard. Dans son livre intitulé « Histoires des gauches », paru l’année dernière, ce dernier affirme qu’un grand changement idéologique est en cours, en ce sens que la gauche se replie sur l’ individualisme qui constitue son dernier ressort idéologique du fait de l’invalidation du progressisme et de l’égalitarisme, tandis que la droite se réinstalle progressivement dans sa tradition communautariste et conservatrice ; autrement dit, la droite serait selon Julliard en train de tourner le dos au libéralisme. C’est bien vu et c’est une bonne nouvelle. L’appareil de l’UMP ne participe pas à ce changement et est de ce fait de moins en moins distinct de son concurrent de gauche. Ce processus en cours explique le fait que les électeurs perçoivent de moins en moins, à juste titre, de différences entre le PS et l’UMP qui sont sur une même ligne libérale/libertaire tandis que le FN qui a abandonné le libéralisme et qui déploie un patriotisme solidariste est aujourd’hui perçu comme différent.

Le clivage politique essentiel ne se situe plus entre la droite libérale et la gauche mais entre l’ensemble des libéraux (de gauche et de droite) et le mouvement de réaction populiste. L’extrême gauche est, quant à elle, résiduelle et épuisée. La « grande querelle » qui se profile verra s’opposer les libéraux (de droite et de gauche) aux mouvements procédant de la « réaction conservatrice populiste ». L’idée d’une union des droites est une idée dépassée parce que l’UMP ne semble pas être en mesure de changer de paradigme et son paradigme libéral est inconciliable avec les aspirations « populistes ». Mais la possibilité d’une série de transferts personnels, quand la conjoncture deviendra très défavorable aux « partis de gouvernement», n’est pas à exclure.

François Arondel

Crédit photo : Kenji-Baptiste OIKAWA via Wikimedia (cc)