Décès de Margaret Thatcher : les Irlandais n’oublient pas

Décès de Margaret Thatcher : les Irlandais n’oublient pas

10/04/2013 – 14h0
BELFAST (NOVOpress Breizh) –
« On se souviendra particulièrement du rôle honteux de Margaret Thatcher dans les longues grèves de la faim de 1980 et 1981. Sa politique irlandaise a échoué lamentablement. » Dans un communiqué, Gerry Adams, président du Sinn Fein, n’a pas manqué de rappeler la responsabilité de l’ancienne Première ministre britannique, décédée avant-hier à Londres à l’âge de 88 ans, dans la mort de Bobby Sands et de neuf de ses camarades de l’IRA. Retour sur l’un des épisodes les plus tragiques du conflit nord-irlandais.

Dans le but de voir reconnu leur statut de prisonniers politiques, les membres de l’IRA incarcérés dans le bloc H de la prison de Long Kesh  (Irlande du Nord) décidèrent, au début de l’année 1981, d’entamer une grève de la faim. Et afin de lui assurer un maximum de retentissement, la décision fut prise que le mouvement serait progressif : la détérioration physique, voire la mort des détenus, se déroulerait ainsi sur plusieurs mois.

Le 1er mars 1981 Bobby Sands, qui est le commandant des prisonniers de l’IRA à Long Kesh, refuse de s’alimenter. Son élection au Parlement de Westminster le 9 avril, à l’occasion d’un scrutin anticipé, ne fera pas fléchir Mme Thatcher. « Nous ne sommes pas prêts à accorder un statut spécial catégoriel pour certains groupes de gens accomplissant des peines à raison de leurs crimes. Un crime est un crime et seulement un crime, ce n’est pas politique » déclare la Dame de fer.

Après 66 jours de grève de la faim, Bobby Sands meurt le 5 mai 1981 à l’hôpital de la prison de Long Kesh. A l’annonce de son décès, de nombreuses émeutes éclatèrent dans les quartiers nationalistes d’Irlande du Nord. Plus de 100 000 personnes assistèrent à ses obsèques. Neuf de ses camarades – âgés de 23 à 30 ans – suivront dans la mort avant que cesse, après 172 jours, la grève de la faim. « Les grévistes survivants garderont à l’oreille, toute leur vie, les bruits du supplice : les familles qui sanglotent, le grincement du chariot qui emporte un cadavre, les grilles qui claquent. » (Le Monde, 08/04/2013).

« Il était possible d’admirer le courage de Sands et des grévistes de la faim qui sont morts, écrira Margaret Thatcher dans ses Mémoires, mais pas de sympathiser avec leur cause meurtrière. » Dans une  de ses lettres, Bobby Sands affirmait de son côté : « Ils n’ont rien dans leur arsenal impérial tout entier qui puisse briser l’esprit d’un Irlandais si celui-ci ne veut pas être brisé. »

Crédit photo : Shermozle via Wikimedia (cc)