La DCRI, police privée de la présidence de la République - par Spoutnik

La DCRI, police privée de la présidence de la République – par Spoutnik

Siège de la DCRI à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Crédit photo : Mouloud47
via Wikipédia (cc).

05/04/2013 – 14h30
PARIS (via Chez Spoutnik) – Je m’interrogeais déjà l’année dernière, suite à l’affaire Merah, sur les objectifs réels de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur). Il semblait, au vu d’un certain nombre de faits (le traitement de l’affaire de Tarnac notamment) que cette structure, créée par Nicolas Sarkozy en fusionnant les Renseignements généraux et la DST, n’assurait pas sa mission prioritaire de lutte contre le terrorisme. En revanche, il devenait évident que ses objectifs « officieux » étaient de monter des coups politiques au bénéfice seul de l’Elysée. Ce qui fait grincer des dents nombre d’officiers intègres de la DCRI, car fort heureusement il reste encore dans notre pays des fonctionnaires consciencieux. Chose assez inédite, et assez peu médiatisée à l’époque, des officiers de la DCRI s’étaient mis en grève pour protester contre cet état de fait.

Or, qu’apprend-on aujourd’hui dans La Croix ? Selon un rapport rédigé par des officiers de la DCRI, et remis aux parlementaires le 16 février, elle ne transmettrait pas à la justice les éléments de preuves dont elle aurait connaissance en matière d’affaires financières.

Au contraire, elle entraverait même sciemment les investigations de Tracfin, organisme dépendant du ministère des finances et en charge de la délinquance financière. « Les auteurs de la note se livrent à un véritable réquisitoire, révélant d’une part la surveillance étroite opérée par le renseignement intérieur sur l’organisation de la fraude fiscale internationale, notamment celle qui fut organisée en France par la banque suisse UBS, et dénonçant d’autre part la non-transmission à la justice des informations considérables recueillies lors de cette surveillance »

UBS ? Tiens, tiens… La banque suisse mise en cause dans l’affaire Cahuzac. Le rapport poursuit : « Pourquoi la sous-direction K a-t-elle axé son travail de surveillance sur les cadres de l’UBS qui dénonçaient le système de fraude plutôt que sur ceux (qui étaient) à l’origine du système ? » Donc la DCRI savait, et si la DCRI savait, l’Elysée savait.

Flanby est président depuis un an maintenant. Il ne vient pas de débarquer à l’Elysée, les rapports de la DCRI lui sont connus. En particulier s’ils touchent son camp.

Le rapport exprime clairement ce que je n’osais encore formuler qu’au conditionnel l’année dernière : « Ces services se nourrissent des délits qu’ils ne souhaitent pas voir apparaître ou révéler à l’autorité judiciaire pour ne pas amoindrir leur influence, quand le besoin s’en fait sentir. » En clair, la DCRI garde sous le coude les dossiers de délinquance financière pour les utiliser au moment le plus opportun, au moment le plus politiquement opportun.

Le renseignement intérieur utilisé uniquement à des fins de politique intérieure ? C’est l’un des marqueurs qui permet de savoir si un pays est encore une démocratie. Dans le cas de la France, la réponse est évidente : NON !