Excision : un problème breton ?

Excision : un problème breton ?

02/04/2013- 13H00
QUIMPERLE (NOVOpress Breizh) –
Partie de Quimperlé (Finistère) le 9 mars dernier, une marche de « sensibilisation sur l’excision », organisée par l’association bretonne Marche en corps, était de passage à Nantes dimanche. Au rythme des deux ânes qui les accompagnent, les marcheurs bretons devraient rejoindre Angers, terme de leur voyage, le 7 avril prochain. Au nom d’une conception universaliste qui se veut généreuse, une manifestation qui entend soumettre d’autres cultures – ici africaines – aux normes occidentales conçues comme universelles.

Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), les mutilations sexuelles féminines concernent entre 100 et 140 millions de filles et de femmes à travers le monde, essentiellement en Afrique. Sur ce continent, on dénombre 28 pays où les mutilations sexuelles féminines sont pratiquées.

Si en Egypte, en Éthiopie, en Érythrée, en Guinée, au Mali, en Sierra Leone, en Somalie et au Soudan plus de 85% des femmes sont excisées, la proportion se situe dans une fourchette variant de 25 à 85% au Libéria, en Mauritanie, au Sénégal, au Burkina Faso, en Centrafrique, en Côte d’Ivoire, au Tchad, en Gambie, en Guinée-Bissau et au Kenya. Dans ce dernier pays, l’excision est théoriquement interdite depuis douze ans.

Au Cameroun, au Ghana, au Bénin, au Niger, au Nigeria, en Ouganda, en République démocratique du Congo, en Tanzanie et au Togo – où la proportion d’excisées est inférieure à 25 % – seules quelques minorités ethniques sont concernées par l’excision. D’après l’Unicef, en Afrique au moins 30 millions de filles âgées de moins de 15 ans devraient encore y être soumises.

Compte tenu de l’installation massive de populations extra-européennes en France, cette question – parfaitement étrangère à la culture européenne où les mutilations sexuelles n’ont jamais eu cours – est malheureusement devenue aujourd’hui une question d’actualité dans notre pays, comme d’ailleurs celle des mariages forcés. D’après une étude de l’INED, 50.000 femmes d’origine africaine vivant en France ont subi des mutilations sexuelles, un chiffre probablement inférieur à la réalité.

Selon la sociologue musulmane Malika Hamidi, « avec les flux migratoires, l’excision est malheureusement devenue une réalité européenne qui menace désormais chaque année des milliers de jeunes filles de Paris à Berlin en passant par Rome, Amsterdam et Bruxelles. Environ 500 000 femmes excisées vivent en Europe, selon le Parlement européen, et chaque année, près de 180 000 femmes subissent cette pratique » (Oumma.com).

Alors que les causes pour organiser des marches ne manquent pas en Bretagne – chômage, désindustrialisation, protection de l’environnement, défense de la langue bretonne, réunification etc. – on peut s’interroger sur le fait que des militants bretons aient choisi de combattre une pratique parfaitement étrangère à leur identité : sauf erreur, les Bretonnes n’ont jamais été excisées. Cette volonté d’ingérence culturelle – de type néo-colonial – devrait se traduire l’an prochain par une marche équivalente entre les villes maliennes de Bamako (jumelée avec Angers) et Nara (jumelée avec Quimperlé) « si les conditions géopolitiques le permettent », ce qui est loin d’être démontré.

Mais la préoccupation, manifestée par certains de vouloir supprimer des coutumes – inhérentes à d’autres cultures – qu’ils jugent barbares, ne fait pas l’unanimité, loin de là. Ainsi l’historien Dominique Venner, en réponse au Père Jullien de Pommerol – à l’époque aumônier du 2ème REP – qui s’était indigné de certaines pratiques de la population afghane, écrivait sur son blog : « Au risque de scandaliser, je ne crois pas que les hommes et les peuples soient semblables. Tout ce que l’histoire et l’expérience vécue m’ont appris c’est qu’ils sont différents. Et leurs différences, aussi choquantes soient-elles, constituent leur humanité. Autrement dit, les hommes d’autres peuples ne sont pas mes frères. Ils sont autres et je respecte par principe leurs différences. Même si cela dégoûte et révolte mes sentiments d’Européen, je ne me reconnais aucun droit de dicter aux autres leur conduite “chez eux”. Qu’ils forniquent ou se maltraitent comme ils l’entendent, ce n’est pas mon affaire. » Une conception du monde différentialiste, reconnaissant le droit des peuples et des cultures à être eux-mêmes. Qui s’oppose à la conception universaliste des droits de l’homme véhiculée par la société occidentale marchande et – très symboliquement – par l’association Marche en corps.

*** Concernant la marche prévue au Mali par l’association bretonne Marche en corps, on peut d’ailleurs se poser la question de savoir quelle serait la réaction des milieux politiques, médiatiques et associatifs français mainstream si une association africaine venait organiser en France une marche contre une pratique qu’elle considérerait comme barbare, car consistant à déchiqueter un être humain (qu’elle jugerait comme étant humain à part entière) dans le ventre de sa mère, et à brûler ensuite les débris dans les fours crématoires des établissements hospitaliers !

Crédit photo : Ferdinand Reus/Flickr (cc).