[Exclusivité Novopress] Témoignages de manifestants présents sur les Champs-Elysées

[Exclusivité Novopress] Témoignages de manifestants présents sur les Champs-Elysées

27/03/2013 – 22h55
PARIS (NOVOPress) – Alors que Manuel Valls, ainsi que des députés, ne cesse d’asséner des mensonges et des amalgames pour justifier les débordements et la violence des forces de l’ordre dimanche dernier, Novopress a décidé de recueillir plusieurs témoignages de manifestants présents sur les Champs-Elysées. Témoignages tant écrits que par téléphone. Pour l’instant ils sont au nombre de quatre.

Honneur, tout d’abord, aux demoiselles en première ligne sur les Champs-Elysées.

Selon Lore :

« Le dernier rempart : récit d’une manifestante. Nous sommes tous assis sur la voie. Soudain, l’assaut : les gaz ! Cache-nez remonté jusqu’au front je me force à exercer une respiration calme. Autour de moi les gens crient, ça leur brûle les yeux, la gorge ! C’est le 4ème assaut à la lacrymo que je subis aujourd’hui, j’ai donc compris qu’ils s’agissait de se protéger le visage au maximum ! Cette fois, il faut garder la position ! Je sens que j’arrive à bout, lorsque mes deux camarades derrière moi nous attrapent la tête, Reine et moi, pour nous protéger. Nous sommes couchées au sol, les brûlures sont de plus en plus fortes. Les garçons nous tiennent, on est 5 accrochés les uns aux autres et ils nous parlent pour nous rassurer, et nous protègent, rabattus sur nous comme une carapace. Soudain, quelqu’un me marche dessus, j’envoie un bon coup de pied au hasard, il vient taper dans une coque. La tête toujours à l’abri, je comprends qu’il s’agit des CRS… Ils me piétinent pour que je lâche prise, Reine doit subir la même chose que moi à côté car les garçons crient maintenant : “Des femmes, ce sont des femmes ! Lâchez les !” Je me relève, je ne vois plus rien, j’étouffe un sanglot de rage, c’est fini !  Autour de moi quelques rares personnes se font encore matraquer … tout a été si vite, tous les cinq nous étions les derniers !  Avant qu’on ne me rejette derrière les lignes de CRS, je cours rejoindre les autres manifestants rabattus comme du mauvais gibier entre deux lignes de CRS. Ma gorge se serre quand je pense pour quoi nous nous battons … sans armes : la famille, le socle d’un peuple ! Je ne lâcherai jamais ! »

Pour Marie :

« Nous sommes là depuis 13h30, à subir le bain de foule docilement… Comme la dernière fois. Environ 4h que nous restons ici à attendre. Mais attendre quoi ? Que l’Etat à nouveau se moque de nous, qu’il nous ignore tous, ces 1 million de personnes dans la rue, et qu’ensuite face à ce mépris flagrant nous nous contentions de rentrer tranquillement chez nous ? … Comme la dernière fois ?

Non, cette fois-ci nous attendons autre chose. Sans doute en chacun de nous se cache cet espoir contenu que quelque chose de fort se passera. On ne sait pas quoi exactement, mais quelque chose comme un éveil, comme un avant-goût de révolution. Pourtant, quand la manif officielle touche à sa fin, je vois en quelques minutes les rues se vider docilement, et je dois avouer que je n’y crois plus : que faire d’un peuple si obéissant à l’injustice ?

Un peu plus tard sur les Champs-Elysées : ambiance tout autre. La foule se presse contre un barrage de CRS. Des jeunes Identitaires, dressés sur un feu rouge, haranguent la foule. Drapeaux de la Manif pour Tous, drapeaux régionaux et français s’agitent en tous sens et se mélangent. Et la colère populaire se mêle à la joie et à l’enthousiasme : on chante ” aux Champs-Elysées” en dansant, certains installent leur bivouac. Je m’installe autour du feu auquel je n’avais pas espéré croire, et je partage le vin chaud. J’ai mes amis autour de moi ; autour de nous,des centaines d’inconnus s’unissent à nos chants et à notre joie. Et cette révolte populaire a la force de nous unir : nous sommes des milliers sur les Champs-Elysées, nous ne nous connaissons pas, mais nous avons pu nous unir spontanément et avec enthousiasme autour d’une même cause : défendre la famille, et avec elle, les dernières valeurs encore vivantes de notre civilisation. Alors, l’espoir renaît.

Brusquement ce climat de kermesse s’arrête pour faire place au chaos. Là où je suis, l’air commence à être enfumé, il y a eu un assaut de CRS un peu plus loin, et l’on comprend que la répression a commencé. Des consignes sont criées autour de nous : “Assis ! tout le monde assis !” je mets mon écharpe autour de mon visage pour tenter de me protéger des gaz. Mon voisin me fait baisser la tête, il se met au-dessus de moi, je suis accrochée à lui et à Marion. Et j’attends. Je ne sais trop combien de temps, je ne vois rien autour de moi, et j’essaye d’avoir une respiration calme. Je sens bientôt qu’on me marche dessus, je n’ai aucune idée de s’il s’agit de manifestants qui me tombent dessus, ou de CRS. J’entends les garçons crier : “Mais arrêtez, c’est des filles ! Arrêtez !”

Peu après, je sens des mains qui m’agrippent par les pieds, j’essaye de me débattre, mais c’est inutile, et je suis traînée comme ça sur quelques mètres. Lorsqu’on me relève brutalement, je me retrouve un peu perdue au milieu de la fumée et des CRS, le visage et les yeux en feu. La ligne de front a reculé, je suis en plein terrain ennemi , et j’assiste impuissante au chaos : des CRS qui frappent, qui vandalisent les affaires des manifestants, tentes et sacs sont jetés en tous sens. De mon côté je n’ai qu’une idée en tête : rejoindre les miens. Je cours donc dans leur direction (tout en essayant accessoirement de retrouver mon sac à dos de campeuse, que j’avais perdu dans la bataille, et que Romain m’a retrouvé, merci à lui !), lorsque je dépasse la ligne des CRS, certains essayent de me retenir, et de m’empêcher de rejoindre les manifestants qui déjà se reforment pour résister. Dieu merci, j’arrive à les esquiver, et aussitôt parmi les miens, je suis prise d’une colère plus grande que jamais, et je me mets à hurler avec les autres : “Hollande dictature !” La répression des CRS n’aura servi qu’à consolider notre détermination… Et si cette manifestation spontanée s’est achevée dans la dispersion des manifestants, nous reviendrons prochainement bien plus nombreux et plus organisés : on ne lâchera rien ! »

Quant à Gérald :

« Présent sur le perchoir aux Champs-Elysées, je pense avoir eu pendant trois heures une vue d’ensemble des manifestants et du déroulement de la soirée.
Ce qui m’a frappé, en premier lieu, c’est la jeunesse de participants. La très grande majorité d’entre eux avait moins de 25 ans et on était loin de la caricature du droitard en chemise Vichy, les femmes composaient grosso modo la moitié des manifestants. La deuxième élément que devra prendre en compte le gouvernement, c’est bel et bien la détermination d’une foule qui n’a cessé de grossir au fil des heures. Une bonne partie de la jeunesse de la majorité invisible (les Blancs, de culture catholique et provinciaux) avait décidé de relever l’étendard de l’identité française.  Et il n’était donc pas étonnant de voir planer sur la foule moult drapeaux provinciaux ou bleu blanc  rouge. Troisième chose, la fronde contre mariage homosexuel s’inscrit  dans une vague plus large de contestation à l’encontre du gouvernement de François Hollande. Le mot d’ordre était simple : “On veut du boulot pas du mariage homo !” Quatrièmement élément et le plus important selon moi : face à une France qui sombre chaque jour un peu plus, face à un gouvernement qui n’a comme seule réponse au désarroi de cette jeunesse  que d’envoyer des CRS les gazer et les matraquer, les manifestants sont repartis comme ils étaient venus, en chantant et en souriant. Avec la certitude dans les yeux d’avoir vécu un moment historique : le début d’un Printemps français qui annonce le Grand Réveil des peuples de France. »

Joint par téléphone, Max nous a confirmé à la fois le coté bon enfant, joyeux mais également déterminé des manifestants qui ont tenu les Champs, mais il a surtout insisté sur l’usage disproportionné du gaz lacrymogène par les forces de l’ordre souvent à bout portant sur des manifestants assis. L’intervention la plus brutale étant lors de la dissolution finale de la manifestation en bas de l’avenue.

Crédit dessin : Maître Renard (c).