Nantes : L’An 2 d’un mémorial

Nantes : L’An 2 d’un mémorial

26/03/2013 – 16H00
NANTES (NOVOpress Breizh) –
Le mémorial de l’abolition de l’esclavage nous est revenu le 10 mars dernier, après une semaine de fermeture pour nettoyage. Et peut-être aussi pour constater l’usure et les séquelles des malfaçons d’origine d’un monument très coûteux. On passera vite sur la muséographie d’un site mémoriel qui emprunte sans vergogne à d’autres qui l’ont précédé, aux Lucs-sur-Boulogne (massacre de 1793) ou encore à Oradour-sur-Glane (massacre de 1944). L’imagination n’étant pas au rendez-vous pourquoi se gêner quand d’autres ont trouvé avant vous…

L’article que lui consacre Ouest-France dans son édition des 9-10 mars est un florilège façon « Bonne Presse », ce groupe créé en 1873 par les Augustins de l’Assomption et dont dérive l’actuel groupe Bayard. Son auteur, Philippe Gambert, est un bon petit soldat au service des nobles causes et des belles personnes qui chantent haut et fort les immortels principes de 1789, votés d’ailleurs par un certain nombre de députés négriers et planteurs. Madame Taubira qui a des « talents d’oratrice (sans notes) » nous aide à méditer puis à militer contre l’idée même d’esclavage, dans ce parcours souterrain le long du quai de la Fosse.

Un parcours extérieur « très minéral » qui « n’emballe pas forcément » Gambert mais tout change quand il descend : « Mais sous le quai, l’ambiance humide imprègne le visiteur (…) A hauteur de Loire, on est en lien avec les éléments. Un fond sonore rajoute au clapotis de l’eau. » A l’inauguration, les méchants de « la droite et du centre au pouvoir en France avaient séché l’évènement ». Dommage pour eux, ils ont raté les propos lumineux de Christiane Taubira : « Un flot de souvenirs me monte à la tête. Le mémorial m’a emmenée au plus profond de moi. C’est intense, unique. »

La droite chassée, tout va beaucoup mieux. Le mémorial ne désemplit pas. En 2012, 145 groupes d’adolescents l’ont visité, cornaqués par deux « médiateurs » qui ont disparu depuis, faute de budget. Mais, rassurons-nous, la « ligne verte » passera bien par le mémorial car comme le claironnent ses laudateurs (pas du tout intéressés), il « symbolise le caractère innovant de ce que Nantes sait faire » (Claire Mandin) et « aucun autre bâtiment ne donne à Nantes une telle dimension internationale » (Octave Cestor).

Pour ces derniers, Nantes, annoncée dans les vingt ans qui viennent comme « capitale internationale » assume son passé et c’est un juste retour de l’avoir fait payer à ses habitants qui ont tant profité par le passé de la traite négrière. En attendant il faut continuer à travailler autour du mémorial qui ne doit pas être « comme un bateau échoué sur le quai de la Fosse ».

Ou bien Gambert entre dans la catégorie des « idiots utiles » ou bien il nous roule dans la farine. Qui donc dans la majorité qui gère « Nantes-métropole » voudrait vexer, dire du mal, des sympathiques principautés pétrolières du golfe Persique ? Comment s’en prendre au gentil Qatar qui adore le foot et finira bien par lorgner sur le F.C.N. ? L’argent n’a pas d’odeur, même s’il est gagné sur le dos de millions d’immigrés réduits à une forme déguisée d’esclavage. Une façon de remettre au goût du jour la vieille expression colonialiste : « Faire suer le burnou ».

Armand GIRAUD.

Crédit photo : Jean-Marc Ayrault via Wikimedia, (cc)