"Grillo plus dangereux que les fascistes" : le président de la communauté juive de Rome recommande de fuir en Israël

“Grillo plus dangereux que les fascistes” : le président de la communauté juive de Rome recommande de fuir en Israël

23/03/2013 – 16h30
ROME (NOVOpress) – Riccardo Pacifici (ci-dessus), président de la communauté juive de Rome, a l’habitude de crier au loup. L’année dernière, il dénonçait en priorité le mouvement CasaPound, qui, à l’en croire, constituait « un danger non seulement à Rome mais dans toute l’Italie et même en Europe ».

Est-ce parce que la récente expérience électorale de CasaPound, aux législatives des 24 et 25 février derniers, fut tout sauf un succès et qu’il y a besoin d’un épouvantail plus crédible ? Le péril pour Riccardo Pacifici vient désormais du M5S (Mouvement cinq étoiles) de Beppe Grillo qui a recueilli un quart des suffrages, 108 députés et 54 sénateurs, et refuse, pour l’instant en tout cas, de servir de supplétif aux partis du système.

Dans un entretien au quotidien israélien Haaretz – article à consultation payante mais qu’on peut lire gratuitement sur le site d’information The Italianist –, Pacifici explique que les juifs italiens « doivent commencer à se préparer lentement à émigrer en Israël ». « C’est le bon moment. La population a du respect pour les Juifs, il y a des lois contre l’antisémitisme, il n’est pas facile aujourd’hui en Europe de parler contre les Juifs ». Mais « le meilleur est passé ».

Les raisons ? D’abord l’immigration musulmane : « Dans dix ou vingt ans, la démographie aura changé en Europe. Le caractère du Continent, qui est judéo-chrétien, aura changé. » Pacifici tient à souligner que les Juifs sont favorables à l’immigration. « En tant que juifs, à cause de notre mémoire historique, nous devons soutenir l’intégration des immigrés en Italie et dans toute l’Europe, et le droit humain à émigrer ici de gens nés dans des pays où ils n’avaient aucune chance ou aucun espoir. Nous devons tout faire pour les soutenir. Mais leurs sentiments à l’égard des juifs et des chrétiens ne sont pas positifs. »

Selon Pacifici, du reste, les immigrés sont « une menace seulement quand ils s’unissent à des éléments locaux. Les fondamentalistes musulmans s’unissent aux racistes, aux fascistes et aux anarchistes que nous avons ici, qui n’aiment pas les juifs et n’aiment pas Israël. Ils ne veulent pas accepter que l’on puisse être un juif italien et soutenir en même temps Israël ».

Mais pour le moment, aux yeux de Pacifici, le danger le plus immédiat est le succès de Beppe Grillo. « Grillo dit que les partis politiques ne sont pas importants, et c’est exactement ce que disait Hitler avant d’arriver au pouvoir. Le parti de Grillo est plus dangereux que les fascistes parce qu’il n’a pas de programme clair – nous ne savons pas quelles sont leurs limites. Nous ne connaissons pas la plupart des gens qui sont dans ce mouvement, mais nous savons qu’il y a des extrémistes à la fois de droite et de gauche − des fascistes et des radicaux – et ils sont ensemble contre la constitution, ensemble contre la démocratie. » Pacifici ne craint pas d’évoquer à ce propos « les meurtres de juifs à Toulouse l’année dernière » – Mohamed Merah était un sympathisant grillino, c’est bien sûr.

Le seul développement encourageant que voie Pacifici, c’est l’élection du pape François. « Les responsables de la communauté juive de Rome ont déjà recueilli auprès de leurs homologues à Buenos Aires une impression très favorable de l’ancien archevêque Jorge Bergoglio ». « Pendant de nombreux siècles, explique Pacifici avec la logique qui lui est particulière, nous avons eu de très mauvaises relations avec le Vatican, mais maintenant nous entretenons une bonne coopération, et nous travaillons ensemble pour favoriser l’intégration des immigrés. Ce n’est qu’en travaillant ensemble que nous pouvons maintenir l’identité juive-chrétienne de l’Europe. »

De toute façon, pape François ou pas, « l’alya est notre police d’assurance ». Autrement dit, si l’intégration ne marche pas, les juifs peuvent toujours s’en aller et laisser l’Europe se débrouiller.

Publiés par Haaretz vendredi matin, les propos de Pacifici ont eu, comme toujours tous les oracles de cette immense autorité morale, le plus grand retentissement en Italie. Grillo a immédiatement protesté sur son blogue contre ces « insultes gratuites et infondées ». Il a relevé que sa critique des partis politiques s’inscrivait dans une réflexion sur la démocratie directe, inspirée notamment par la Note sur la suppression générale des partis politiques de la philosophe juive française Simone Weil. « Il y en a assez, a-t-il conclu, des insultes et des mensonges contre le Mouvement cinq étoiles ».

Pacifici a alors amorcé une semi-retraite, en prétendant que ses propos avaient été falsifiés : « La phrase “Grillo est encore plus dangereux que les fascistes” n’a jamais été prononcée par moi dans aucun entretien. Nous sommes vigilants, cependant, vis-à-vis des nombreux commentaires que l’on peut lire sur les posts de son blogue et qui évoquent la culture de l’extrême droite et de l’extrême gauche. Commentaires qui sont souvent hostiles vis-à-vis des juifs et d’Israël ». Dans la soirée, le journaliste du Haaretz, Anshel Pfeffer, a confirmé à la Repubblica l’authenticité de l’entretien publié par son journal.

Démontrant l’équité coutumière aux journaux du système, le Corriere della Sera avait ainsi résumé l’affaire : « Échange d’insultes entre Grillo et les juifs italiens ». Devant les nouvelles protestations de Grillo – « nous voudrions connaître le nom de la personne qui est arrivée à déformer de cette manière la réalité des faits » — , le grand quotidien bourgeois a, lui aussi, reculé et a corrigé son titre en « Polémique entre les juifs italiens et Grillo ».

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