Nouveau pape : l’ordinariat pour les anglicans remis en cause ?

[Tribune libre] Nouveau pape : l’ordinariat pour les anglicans remis en cause ?

Photo ci-dessus : le cardinal Jorge Mario Bergoglio en 2008. Devenu le pape François en 2013.

16/03/2013 – 10h00
BUENOS AIRES (NOVOpress) –
Depuis l’élection au trône de Pierre – comme on disait jadis –, du pape François (tout court), forums et blogues traditionalistes discutent beaucoup de l’attitude qu’avait prise le cardinal Bergoglio, en qualité d’archevêque de Buenos Aires, après le motu proprio Summorum Pontificum de 2007 sur la messe traditionnelle. Il semble indéniable que le texte ne fut pas appliqué à Buenos Aires conformément à l’intention du législateur : célébration un dimanche par mois seulement, dans des conditions très défavorables, d’un hybride de la messe traditionnelle et de la nouvelle, jusqu’à ce que les fidèles se lassent et que « l’expérience » soit abandonnée.

Un autre grand dossier du précédent pontificat est celui des ordinariats personnels, prévus par la constitution apostolique Anglicanorum Coetibus de 2009, pour accueillir les anglicans réfractaires à la folie politiquement correcte de leur communion, qui peuvent ainsi retourner à l’unité catholique tout en « préservant leurs traditions liturgiques, spirituelles et pastorales ». Trois ordinariats ont déjà été créés : au Royaume-Uni en janvier 2011, aux Etats-Unis en janvier 2012, en Australie en juin 2012. Cette nouvelle structure canonique a été souvent présentée comme susceptible d’abriter également les traditionalistes de la Fraternité Saint-Pie X.

Cette initiative de Benoît XVI a été violemment attaquée par les catholiques progressistes, à la fois parce qu’elle correspond à un « œcuménisme de retour », jugé contraire à l’esprit de Vatican II, et parce qu’il s’agit d’accueillir des gens qui, ayant quitté la communion anglicane par refus de l’ordination des femmes ou du mariage homosexuel, ne manqueraient pas de s’opposer à ce que l’Église catholique suivît le même chemin. Hans Küng avait rédigé une tribune, publiée en traduction française par Le Monde, sous le titre : « La politique du pape envers les anglicans est un véritable drame ! » Le dinosaure du progressisme dénonçait « un changement de cap dramatique : finie l’époque de l’œcuménisme fondé sur un dialogue d’égal à égal et une recherche de compréhension authentique ! Voici venu le temps du débauchage des prêtres. Rien de plus anti-œcuménique ! »

On comprend donc l’effet qu’a produit, avant-hier, la déclaration de « l’évêque anglican d’Argentine et ancien primat de la province anglicane du Cône sud de l’Amérique », Gregory Venables. Celui-ci affirme avoir eu des contacts réguliers avec celui qui était alors le cardinal Bergoglio : « il me fait toujours asseoir à côté de lui et me fait sans exception toujours participer [sic], et souvent faire ce qu’il aurait dû faire en tant que cardinal » – la référence est-elle à des célébrations liturgiques ? Surtout, « il m’a téléphoné un matin pour prendre le petit-déjeuner avec lui, et m’a dit très clairement que l’Ordinariat n’était nullement nécessaire et que l’Église avait besoin de nous en tant qu’anglicans » : c’est-à-dire en tant que personnes demeurant dans la communion anglicane, hors de l’Église catholique.

Les titres de l’évêque Venables sont beaucoup plus grandioses que le nombre de ses fidèles, mais ses propos ont été abondamment repris dans le monde religieux anglo-saxon. Au Royame Uni, le Church Times (anglican) n’hésite pas à titrer déjà : « l’Ordinariat en question ».

 Les opinions du cardinal Bergoglio ne préjugent pas nécessairement de ce que sera le pape François, quoique les premières scènes du pontificat portent très clairement l’empreinte de ce que Dom Guéranger appelait l’hérésie anti-liturgique. On se refuse à croire que le nouveau pape, comme la rumeur en court sur les médias italiens, ait pu lancer au cérémoniaire pontifical, qui lui présentait la mozette du Souverain Pontife, héritage de la pourpre impériale : « Le carnaval est fini ! » Ç’aurait été humilier grossièrement, et en public, quelqu’un qui, même d’un point de vue tout humain, faisait son travail. Mais des rumeurs de ce genre n’auraient pas circulé et trouvé du crédit si ce pape, dont on nous vante tant la spectaculaire humilité, avait eu celle, plus discrète, de se laisser habiller en pape… Le fait est, en tout cas, que, si Benoît XVI, avec quelque exagération, avait pu être décrit comme un pape identitaire, Jorge Mario Bergoglio fut le moins identitaire des cardinaux. Que fera-t-il de l’héritage de son prédécesseur ? Comment traitera-t-il les fidèles attachés à la messe tridentine et les anciens anglicans que Benoît XVI avait su ramener à l’Église ?

Flavien Blanchon pour Novopress

Crédit photo : Aibdescalzo, via Wikipédia, (cc).