La crise politique s'accentue en Moldavie

La crise politique s’accentue en Moldavie

12/03/2013 – 12h00
CHISINAU (NOVOpress) – Le 5 mars dernier, le Parlement moldave a voté une motion de censure contre le gouvernement avec 54 voix sur 101. C’est la fin d’un chapitre de la crise politique ouverte en Janvier dernier, et le début d’une nouvelle ère.

En effet, la bataille engagée par le Premier ministre Filat pour éliminer l’oligarque Plahotniuc, dont le parti – le Parti démocrate (PD) – participe au gouvernement, ne s’est pas terminée en sa faveur puisqu’il a acté la démission de son gouvernement le 8 mars.

La lutte personnelle entre Filat et Plahotniuc s’est transformée en lutte politique intense entre les deux principaux alliés de la coalition gouvernementale, l’Alliance pour l’Intégration Européenne. Si Filat semblait avoir pris le dessus jusqu’à mi-février, la divulgation d’écoutes dans lesquelles il demandait au chef du fisc d’arrêter ses enquêtes sur certaines entreprises aura précipité sa chute.

Ensuite, il suffisait au seul parti d’opposition, le Parti communiste, d’organiser un vote de censure et de laisser les députes du PD s’en tenir aux ordres de leur véritable chef, Plahotniuc, pour faire tomber le gouvernement.

De son côté, le troisième parti de l’Alliance, le Parti libéral, pro-roumain, a préféré jouer la carte de la prudence en demandant à ses députés de s’abstenir bien que son leader, Mihaï Ghimpu, ait plusieurs fois condamné violement Vlad Filat en disant que sa place était en prison.

La Moldavie avait réussi tant bien que mal à avoir un gouvernement compétent depuis 2009 dont l’objectif annoncé était réellement poursuivi puisque la Moldavie était le pays le plus performant parmi les 5 autres états du Partenariat oriental.

Or, Vlad Filat portait presque à lui tout seul les réformes, parfois controversées mais toujours efficaces, qui ont été menées, puisqu’à part les ministres issus de son parti, tous ceux du Parti libéral ou du Parti démocrate avait comme véritable chef leurs dirigeants respectifs, et non le Premier Ministre. C’est aussi une de raisons pour lesquelles Filat avait engagé cette lutte contre Vlad Plahotniuc : renforcer sa légitimité et son autorité en tant que chef du gouvernement car tous ses ministres ne suivaient pas sa ligne politique.

Toutefois, on ne peut nier que le contrôle qu’il voulait exercer sur ses collègues s’apparentait de plus en plus à de l’autoritarisme, et les affaires auxquelles il est mêlé sont plus que troublantes et jettent une nouvelle fois la suspicion sur son Parti libéral-démocrate (PLDM).

Mais s’il est presque certain que de nombreux cadres du PLDM sont corrompus, on peut en dire au moins autant pour ceux du camp d’en face, puisque Plahotniuc tient dans sa main tous les procureurs et juges locaux, de nombreux médias, mais surtout les organes anti-corruption, instituions qui étaient en tête de l’offensive contre le Premier ministre et qui l’accablait, lui ou ses proches, chaque jour un peu plus. Il semble évident que, si leurs enquêtes sont bien menées, elles seoont ciblées de manière à n’attaquer que les ennemis politiques de Plahotniuc et du PD.

La prochaine étape probable est l’organisation d’élections anticipées puisque les Démocrates et les Libéraux ont d’ores et déjà annoncé qu’ils demanderaient la démission du président de la République, chargé de proposer un Premier ministre, si son choix se portait à nouveau sur Filat. Mais il n’apparaît pour l’instant aucun autre candidat sérieux à ce poste.

La crise politique et personnelle semble insoluble à moins d’élections qui pourraient faire grandement reculer la Moldavie, si elles profitaient au Parti Communiste, qui reste le premier parti moldave, surtout si une alliance avec le Parti démocrate s’avère possible.

En effet, le Parti communiste est tristement connu pour le contrôle presque « stalinien » exercé par son leader, Vladimir Voronin, sur ses subordonnés.

Rappelons que c’est le Parti communiste au pouvoir qui avait tenté de truquer les élections de 2009 avant que les jeunes Moldaves ne s’organisassent en grand mouvement populaire pour démettre le gouvernement. C’est aussi ce parti qui a fait énormément mal à l’économie moldave dans un grand processus de privatisation, toujours dans l’intérêt de proches des dirigeants, jamais dans celui du peuple.

Un article du Figaro, repris sur Fdesouche, mettait en avant le caractère pro-européen des fonctionnaires accusés de corruption, mais c’est méconnaître la réalité de la corruption en Moldavie, qui épargne peu de gens.

L’avenir s’assombrit chaque jour un peu plus pour la jeune démocratie moldave, qui, 20 ans après la chute de l’URSS, ne parvient toujours pas à se libérer de l’esprit soviétique, entre corruption et clientélisme.

Crédit photo : Nameneko via Wikipédia (cc).