Conseil d'Etat du Valais : Oskar Freysinger donne une leçon de courage

Conseil d’Etat du Valais : Oskar Freysinger donne une leçon de courage

07/03/2013 – 20h45
SION (NOVOpress) – Alors que les médias français ont largement parlé de la votation suisse sur les parachutes dorés, la plupart d’entre eux ont largement passé sous silence un scrutin pourtant très important pour la vie politique helvétique. En effet, Oskar Freysinger est largement arrivé en tête du premier tour de scrutin pour l’élection du Conseil d’Etat du canton du Valais. Pour bien comprendre la portée de ce scrutin, nous avons interrogé Jean-David Cattin, un des représentants du mouvement identitaire en Suisse.

A part de rares sites, quasiment aucun média français n’a parlé du résultat d’Oskar Freysinger lors du vote pour le Conseil d’Etat du Valais. Score qui le place en tête et ce largement. Un tel résultat était-il prévisible ?
Pas vraiment, ou en tout cas pas de cette ampleur. Si Oskar Freysinger a rassemblé plus de 40% des votants et est arrivé en tête du premier tour, il faut surtout signaler que son parti a progressé de 9 sièges au Grand-Conseil (le parlement cantonal), brisant par la même 150 ans d’hégémonie démocrate-chrétienne dans ce canton très catholique. La perte de la majorité absolue par le Parti démocrate-chrétien est un séisme politique que les libéraux-radicaux ou les socialistes n’ont pas été en mesure de provoquer en un siècle et demi. En 15 ans, cette individualité hors norme est en passe de réussir ce pari fou dans un canton encore très verrouillé par les clans et les réseaux, ne se reposant presque que sur sa personnalité pour y parvenir. A titre de comparaison, on dit parfois pour plaisanter que le Valais est un peu la Corse de la Suisse.

Par ailleurs, si dans un premier temps, il a été porté par un parti en pleine croissance, c’est aujourd’hui lui qui est la locomotive d’un parti qui a stagné ou régressé lors des dernières élections. Il a d’ailleurs été récemment élu à la vice-présidence du parti suisse, preuve supplémentaire de son influence grandissante, même si sa gouaille et son soutien aux patriotes de toute l’Europe a longtemps été mal vu par certains pontes du parti. Des grincements de dents ont en effet eu lieu lorsqu’il donna une conférence pour le Vlaams Belang ou encore lors de sa venue aux Assises sur l’islamisation organisées notamment par le Bloc Identitaire. Cela sonne aujourd’hui comme un sérieux désaveu pour ceux qui misaient sur la prudence et un populisme gentillet pour gagner des voix.

Un deuxième tour est prévu. Oskar Freysinger a-t-il toutes ses chances ?
Il n’y a absolument aucune raison pour qu’il ne soit pas élu. Bien sûr, il faut rester prudent, mais le choix des libéraux-radicaux durant leur assemblée extraordinaire consécutive au premier tour de remplacer leur premier candidat indique clairement qu’ils ont renoncé à battre Freysinger et qu’ils visent maintenant un candidat PDC ou socialiste. Le système électoral valaisan prévoit, en effet, que deux candidats résidant dans le même district ne peuvent pas être élus au Conseil d’État, la stratégie des libéraux-radicaux parait donc limpide. Par ailleurs, les premières déclarations du nouveau candidat libéral-radical indique clairement quelles seront ses cibles lors du second tour.

Pouvez-vous nous indiquer quels sont les pouvoirs exacts du Conseil d’Etat ? Cela semble en effet dépasser ceux des conseils régionaux et généraux français…
Le Conseil d’État est le gouvernement d’un canton. Il dirige son administration, le représente à l’extérieur, désigne ses fonctionnaires et joue un rôle central dans la mise en œuvre des dispositions légales et constitutionnelles; il peut même avoir des fonctions judiciaires, dans les cantons qui n’ont pas de tribunal administratif. Le canton est l’équivalent d’une région française, même si la taille moyenne des cantons tant en superficie qu’en habitant correspond plus à celle d’un département. Les pouvoirs du Conseil d’Etat sont ceux que le fédéralisme lui accorde, à titre d’exemple la police et l’instruction publique, votre éducation nationale, sont du ressort des cantons.

Ce résultat conforte-t-il la place d’Oskar Freysinger au sein de l’UDC ? Est-ce une victoire de la ligne qu’il incarne (populiste et identitaire) ?
Bien sûr, Freysinger a prouvé par ce résultat que la prudence qui est de mise au sein de certaines sections UDC quant aux thématiques identitaires n’est pas la voie à suivre. Durant la campagne sur les minarets, il fut le seul à s’être engagé si fortement en faveur de leur interdiction, endossant le rôle du principal porte-parole suisse de cette initiative tantôt en français, tantôt en allemand. De l’incendie de sa maison aux croix gammées taguées sur les affiches de sa campagne de 2013, Freysinger a dû affronter bien des menaces et bien des insultes. Ce n’est pas seulement une victoire pour notre courant de pensée, c’est également une leçon de courage…

Crédit photo : DR.