Élections italiennes : entretien avec Mario Vattani (SFS)

Élections italiennes : entretien avec Mario Vattani (SFS)

07/03/2013 – 14h00
ROME (NOVOpress) –
Le traitement des élections italiennes dans les grands médias est apparu à NOVOpress comme particulièrement superficiel, ou partisan. Nous avons ainsi souhaité interroger plusieurs acteurs ou observateurs privilégiés de ces scrutins afin d’apporter un éclairage différent à nos lecteurs.

Ancien consul d’Italie à Osaka (Japon), Mario Vattani – connu également sous le nom de Katanga – est le chanteur de SottoFasciaSemplice (SFS), l’un des groupes les plus intéressants de la musique alternative italienne. C’est suite à un concert de SFS pour une fête du mouvement CasaPound que Mario Vattani avait subi une véritable chasse aux sorcières et avait perdu son poste de consul. Lors des récentes élections italiennes, il a été candidat comme tête de liste aux élections sénatoriales en Campanie pour la Destra de Francesco Storace (image ci-dessus).

Comment analysez-vous le score étonnant du M5S de Grillo ? Quelles en seront à vos yeux les conséquences ?
Dans une certaine mesure, je considère les votes reçus par le M5S comme le résultat d’un véritable raptus démocratique. La réaction d’une nation, d’un peuple désormais en état dépressif. Un quart des électeurs a voté pour des inconnus : peut-on considérer cela comme un choix raisonnable?

Malheureusement les réactions de ce type n’apportent d’habitude aucun avantage au malade : le sujet en crise de nerfs, qui montre ainsi sa faiblesse, est traité comme un enfant. Aujourd’hui nous ne connaissons pas les véritables conséquences de l’impasse actuelle, mais il y a de fortes chances que l’on finisse par se trouver encore en Italie avec un gouvernement technique, ou en tout cas dans le même état de “démocratie suspendue” qu’on a eu jusqu’à maintenant.

Comme à l’hôpital psychiatrique, le raptus n’amène qu’à un resserrement de la camisole de force. Bref : on a laissé les Italiens jouer aux élections, le résultat s’est démontré hystérique et enfantin, on continue donc avec les techno-eurocrates.

Évidemment, j’espère me tromper…

La Destra – mouvement pour lequel vous étiez candidat – a beaucoup insisté sur la question de la souveraineté dans sa campagne. Pensez-vous que le vote Grillo est en partie un vote “souverainiste” ?
L’insistance de La Destra sur le thème de la souveraineté nationale m’a beaucoup plu et m’a même convaincu de me présenter. Toutefois, pendant la campagne électorale j’ai remarqué encore une fois que ce sujet, comme toute question internationale, n’est pas suffisamment suivi par les électeurs. Le manque d’intérêt du public italien pour le contexte international est une de nos pires faiblesses.

Je trouve que de son coté, M. Grillo joue la carte souverainiste de façon banale et superficielle. Les nouveaux parlementaires du M5S ne me semblent pas du tout prêts pour défendre nos intérêts en Europe et dans le monde.

Plus les choix nationaux sont forts, plus il faut des gens courageux et capables de les négocier, même de les imposer, au niveau international.

Comment analysez-vous les mauvais résultats enregistrés par l’ensemble des formations (quelles soient de la droite sociale ou de la droite radicale) issues de l’héritage du MSI ?
Le MSI regroupait plusieurs âmes. Un triste paradoxe : l’héritage culturel et politique de cet ancien parti contenait tous les instruments pour redresser la situation actuelle. Cet héritage a été pratiquement détruit et pulvérise. Les coupables? Certainement M. Fini, mais il n’a pas agi seul : devant une pareille débâcle, tous sont responsables, actifs ou passifs.

En février, la droite italienne a participé aux élections avec 5 ou 6 formations différentes. Il aurait fallu un miracle pour obtenir le moindre succès. Les causes de cette pulvérisation dépendent dans une certaine mesure de luttes internes, mais surtout de l’absence d’un leader capable de regrouper les différentes factions autour d’un projet unique, de quelques concepts de base, clairs, qui dépassent une fois pour toutes la seule revendication historique.

Sur Twitter, Mario Vattani appelle à des alliances européennes

Sur Twitter, Mario Vattani appelle à des alliances européennes

Sur les réseaux sociaux, on vous a vu plusieurs fois en appeler à des alliances européennes, avec un intérêt tout particulier pour le FN semble-t-il (ci-contre). Pouvez-vous nous préciser cela ?
J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt le rôle important qu’a joué le FN de Marine Le Pen pendant les dernières élections françaises. Je trouve que le choix du vocabulaire et du symbolisme, le projet, la ligne politique et la communication du FN sont excellents. Mon éducation est française, et c’est peut être pour cela que je ressens plus le lien culturel et politique entre nos nations, une sorte de “destin commun”. En plusieurs moments de l’histoire, France et Italie ont l’une subi l’influence de l’autre. Mais ces échanges n’ont eu lieu qu’en présence d’une sorte de “générosité politique”.

Eh bien, aujourd’hui la lutte de nos peuples est une lutte européenne, je dirais même globale. C’est pour cela que je suis de plus en plus convaincu que le FN devrait prendre l’initiative et commencer à jouer un rôle plus actif au niveau européen, en renforçant la base de son message même dans les pays voisins, et surtout en Italie. Disons que, comme dans toute révolution, le succès politique au niveau national comporte une responsabilité envers les peuples voisins.

Avant cette candidature on vous connaissait surtout à travers le combat culturel, musical, mené à travers votre groupe SottoFasciaSemplice. Quel lien établissez-vous entre combat politique et métapolitique ?
Ma passion pour l’art et la musique m’a poussé à toujours fusionner l’effort politique avec l’effort culturel, esthétique, artistique. Je trouve encore aujourd’hui que tous ces contextes sont étroitement liés. La musique transmet des messages clairs, des images et des émotions. J’ai voulu, avec Sottofasciasemplice, trouver un vocabulaire émotif commun, identitaire, visé à unir les diverses âmes d’une communauté idéale. En même temps, je voulais montrer à tous combien d’histoire, d’imagination, et d’esprit il y a dans cette communauté.

C’est en fait un effort pour sortir de la prison culturelle ou l’on a étés enfermés, parfois par nous mêmes. D’où le symbole et l’imagerie de la tronçonneuse e du fil barbelé.

Enfin, c’est un combat par la musique et par le sourire, qui est l’arme la plus redoutable.