Italie : après les élections, Gianfranco Fini fait ses cartons

Italie : après les élections, Gianfranco Fini fait ses cartons

Affiche du parti nationaliste Forza Nuova, avec un (plus ou moins) jeune Gianfranco Fini, avant sa « conversion », faisant le salut romain. Légende : « Ne fais pas comme lui, ne trahis pas ». Crédit photo : DR

04/03/2013 – 08h00
ROME (NOVOpress) – Gianfranco Fini était la référence européenne des médias du Système, le modèle de la transformation réussie d’un abominable fasciste, non seulement en homme de gouvernement, mais en grande conscience morale. L’homme qui était passé de « Mussolini a été le plus grand homme d’État du siècle » (1994) à « Le fascisme fut le mal absolu du XXe siècle » (2003). Celui qui, en 1998, voulait interdire aux homosexuels d’être instituteurs (« c’est anti-éducatif pour les enfants »), et qui, en 2006, a pris position, au nom de l’égalité des droits, pour la reconnaissance civile des couples gay. L’architecte, avec Umberto Bossi de la Ligue du Nord, de la loi ultra-restrictive Bossi-Fini sur l’immigration, devenu l’avocat du droit de vote aux immigrés, de l’introduction du droit du sol, de la régularisation des clandestins. Il n’y a jamais que le premier pas qui coûte et, dans ce sens-là, les reniements sont toujours admirables.

Aussi, journalistes et politologues français n’avaient-ils pas ménagé leur mépris à Marine Le Pen, jugée incapable d’accomplir pareille métamorphose. Le Point interrogeait en 2011 un dénommé Marc Lazar, « spécialiste de la vie politique italienne », professeur à Sciences po (c’est vous dire son degré d’éminence) :

« Comment décririez-vous aujourd’hui la droite incarnée par Gianfranco Fini ?
C’est une droite moderne et responsable, nationale mais ouverte sur l’Europe – à la différence de la Ligue du Nord -, sécuritaire mais proposant le droit de vote aux immigrés, traditionnelle mais laïque.

En tant que président du Parlement, Gianfranco Fini est le troisième personnage de l’Etat italien. Imaginez-vous que Marine Le Pen puisse aller aussi loin ?
Non. Tout d’abord parce que les institutions sont différentes. Mais surtout parce que, même si Marine Le Pen tente de donner une image plus respectueuse [sic] du Front national, elle reste dans une logique populiste. »

Le site néo-conservateur Atlantico tranchait pour sa part, il n’y a guère plus d’un an : « La Présidente du FN rêve d’un succès comparable à celui de Gianfranco Fini qui dirige aujourd’hui le parti Futur et Liberté pour l’Italie. Mais un destin similaire semble improbable. »

Las, le troisième personnage de l’État italien n’a pas même pu se faire réélire député à la proportionnelle aux dernières élections. Ayant rejoint la « grande » coalition « Avec Mario Monti pour l’Italie », en association avec les débris de la démocratie chrétienne, et s’étant autodésigné tête de liste de Futuro e Libertà dans toutes les circonscriptions du pays, il a été battu partout. Son parti a obtenu 159.000 voix dans toute l’Italie, 0,47%. Aucune des astuces du système électoral ne parvient à le repêcher : ce sont ses comparses démocrates chrétiens de l’UDC qui profitent de la clause du « meilleur perdant en-dessous de 2% », et, avec leurs 1,78% des suffrages, récupèrent quand même 8 sièges. Mais 1,78%, c’est plus de trois fois mieux que Fini.

Aussi Fini, qui a eu 61 ans en janvier, est-il sur le point de prendre sa retraite et de saborder son parti. Vendredi, les permanents du siège national (luxueusement installé en plein centre historique de Rome, via Poli, derrière la fontaine de Trevi, et tout près de la Chambre des députés) ont fait leurs cartons. Les journalistes en ont vu partir plusieurs avec des lots de parmesan sous le bras. « “Pour aider les entreprises sinistrées, nous avions acheté des formes de parmesan endommagées par le tremblement de terre de l’Émilie”, explique un permanent dans les 35 ans, un sourire amer sur les lèvres.  “Comme ça, nous aurons au moins quelque chose à mettre sur la table, un os à ronger” ». Officiellement, la décision quant au futur des bureaux et du parti est repoussée à la semaine qui vient. Mais l’inventaire des lieux a déjà été fait : autant dire que la fermeture est désormais tenue pour acquise.

Futuro e Libertà, en fait de futur, n’en a donc plus que pour quelques jours. Voilà l’avenir radieux dont le populisme a privé Marine Le Pen.

Flavien Blanchon