Elections italiennes : entretien avec Gabriele Adinolfi

Elections italiennes : entretien avec Gabriele Adinolfi

28/02/2013 – 12h00
ROME (NOVOpress) –
Le traitement des élections italiennes dans les grands médias est apparu à NOVOpress comme particulièrement superficiel, ou partisan. Nous avons ainsi shouhaité interroger plusieurs acteurs ou observateurs privilégiés de ces scrutins afin d’apporter un éclairage différent à nos lecteurs.

Après plusieurs années d’engagement activiste dans les années 70 et près de 20 années d’exil consécutives, Gabriele Adinolfi est aujourd’hui l’un des principaux penseurs de la droite radicale italienne. Animant plusieurs cercles ou sites (dont son site personnel www.gabrieleadinolfi.it) il a toujours prôné une approche transversale et a oeuvré à dénoncer l’influence des “pouvoirs forts” (loges, services, internationales diverses et variées) tant dans les événements passés, qu’actuels et futurs en Italie et en Europe.

Il a publié en France un abécédaire, “Pensées corsaires”, que vous pouvez retrouver ici.

En France, les commentateurs ont parlé de “vague populiste” en évoquant à la fois Berlusconi et Grillo. Pour vous, le peuple a-t-il en effet repris la parole ?
La parole peut-être. Mais il ne pourra jamais dire le mot décisif. Au contraire: on va lui montrer qu’il n’est pas capable d’assurer un gouvernement stable et qu’il faut laisser gérer cela aux gens éclairés.

Bien que sortant perdant des urnes, le camp des “pouvoirs forts” et leur gouverneur Monti ne vont-ils pas bénéficier de l’absence de majorité politique claire et revenir par la fenêtre ?
D’une manière ou d’une autre, oui. Mais on parle toujours de Monti en oubliant que le president de la République, le communiste Giorgio Napolitano, est aussi responsable que lui et bien plus fort en stratégie. Le parti cosmopolite est fort et repandu.. Le Vatican aussi pousse dans cette direction. Il est très probable qu’ils finissent par rapporter la mise.

Vous avez finement analysé l’éclatement des ex-MSI en 7 candidatures (FLI de Fini, ceux restés au sein du PDL, la Destra, Fratelli d’Italia, Forza Nuova, Fiamma Tricolore, CasaPound Italia). Bien que partageant une origine commune, ces différentes structures obéissent aujourd’hui à des logiques et stratégies très différentes semble-t-il ?
Je ne vois pas de stratégie. De logique oui : c’est la logique qui considère la politique comme une simple croissance du groupe ou du parti qui est pousuivie selon les opportunités immédiates. Et c’est justement cela, c’est à dire la logique de l’opportunité immédiate et l’absence d’une véritable stratégie, qui forment le mélange qui mène toujours dans l’impasse.

En France, CasaPound Italia jouit d’une certaine popularité chez de nombreux jeunes activistes. Vos réflexions sont à la base de nombreuses initiatives de ce mouvement. Pourtant vous avez été assez critique sur cette première participation aux élections sous leur propre bannière. Quels enseignements en tirez-vous ?
Comme je l’ai dit et répeté des dizaines de fois je ne suis ni le chef occulte, ni le gourou de la CasaPound qui fait ce qu’elle croit opportun et si je ne suis pas d’accord ce ne veut pas dire obligatoirement que ce soit moi qui ait raison. J’étais et je reste critique par rapport à ce choix, parce que, à mon avis, celui-ci a été fait aux dépens d’une transversalité précédente qui donnait à la CasaPound une fonction plus importante. Elle a aujourd’hui acquis plus de notorieté mais je crains que le chemin emprunté soit moins efficace que le précédent. Cela dit, c’est seulement le temps qui nous le dira.

Pensez-vous que l’on peut s’attendre à des recompositions au sein de la droite sociale et de la droite radicale ou que l’éclatement est amené à perdurer ?
L’éclatement perdurera car tout manque, vraiment tout, pour que les choses se passent différemment et parce qu’il n y a aucune possibilité de changer les têtes pour le moment. Seulement un ensemble de facteurs externes pourront permettre à une minorité qualifiée d’avoir un rôle significatif dans un processus nouveau et national/populiste que j’appellerais péroniste, par rapport auquel nous sommes coupablement en retard.