Les élus socialistes du Finistère dans le collimateur des agriculteurs en colère

Les élus socialistes du Finistère dans le collimateur des agriculteurs en colère

Chantal Guittet. La députée PS est dans le collimateur des paysans en colère. Crédit photo : Thesupermat via Wikimedia (cc).

26/02/2013 – 21h00
QUIMPER (NOVOpress Breizh) –
« Nous sommes à bout.  Nous n’avons rien à perdre. »  Depuis quelques jours le département du Finistère est le théâtre de manifestations musclées d’agriculteurs en colère. Ceux-ci, avec en pointe les producteurs de lait,  dénoncent l’attitude de la grande distribution. Avec une nouveauté : les élus socialistes du coin sont désormais dans leur collimateur.

Cela a commencé le 18 février  par une manifestation à Quimper : des dizaines de feux tricolores et de nombreux panneaux ont été cassés. Selon Bernard Poignant, le maire socialiste, il y aurait eu pour 130 000 euros de dégâts, auxquels il faut ajouter ceux commis sur le réseau départemental, que Pierre Maille, président du conseil général, chiffre à  80 000 euros. Les deux élus ont porté plainte.

Dans la nuit du 22 au 23 février, tandis qu’à Morlaix les hypermarchés Leclerc, Géant Casino et Intermarché voyaient leurs parkings saccagés, au nord de Brest,  c’était l’Intermarché et le Super U de Plabennec, le centre Leclerc de Lannilis, l’Intermarché de Plouguerneau et le Super U de Saint-Renan qui étaient la cible d’opérations coup-de-poing.

À Plabennec, les manifestants ont déposé des chariots devant la permanence du député-maire Divers gauche Jean-Luc Bleunven, tandis qu’à Berrien plusieurs dizaines de paysans cagoulés ont fait le siège de la maison de campagne familiale de Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture, défendue par de nombreux gendarmes. Au Relecq-Kerhuon, à côté de Brest, c’est le domicile privé de la députée PS Chantal Guittet qui a été recouvert de nombreux tags.

La réaction des députés socialistes du Finistère ne s’est pas fait attendre : « De tels comportements par leur lâcheté et par leur brutalité sont nuisibles et inqualifiables. Par essence, les élus sont à l’écoute des préoccupations de leurs électeurs et attentifs aux crises que traversent les divers secteurs de notre département. Avec leurs moyens et toute leur énergie, ils agissent au quotidien pour trouver des solutions durables », écrivent-ils dans un communiqué.

Quelle est la cause de cette colère paysanne ? Pour Christian Gouerou, « les éleveurs ont le dos au mur. Le prix des matières premières monte depuis la crise financière de 2007-2008. Les fonds de pensions misent sur les céréales : les cours reflètent plus la spéculation boursière que de vrais prix. Les cours du porc ou du lait ne compensent pas ces augmentations. Dans le même temps, c’est la fin des restitutions des aides de Bruxelles, qui permettent d’exporter du poulet au Moyen Orient. En 2015, viendra la fin des quotas laitiers. La filière lait, qui se restructure depuis 2007, n’est pas à l’heure. La filière porc, production à la baisse, doit faire face à des mises aux normes, donc à des investissements. Certains producteurs refusent de les faire, mettent la clé sous la porte. Dans chaque commune finistérienne, des exploitations ferment. » (Ouest-France 25/02/2013).

« Comment ne pas être touché par le drame que connaissent beaucoup d’agriculteurs qui sont étranglés par le manque de revenus ? », écrit Jean-Jacques Urvoas, sur son blog. Pour le député du Finistère, président de la commission des lois à l’Assemblée nationale, « il faut affronter la réalité pour donner des perspectives (…) Le moment est venu (…) d’affirmer à l’intention des paysans et de la société la nécessité de réorienter la politique agricole, de redéfinir le rôle de l’agriculture dans la société. » Belles paroles d’un oligarque socialiste plus préoccupé semble-t-il de mettre en place des réformes « sociétales » (le « mariage pour tous »…) que de traiter des questions sociales qui se posent aujourd’hui avec une acuité sans précédent. Pas sûr que les paysans aient encore la patience d’attendre.