Yves de Kerdrel du "Figaro" aurait fait un mauvais avocat

Yves de Kerdrel du “Figaro” aurait fait un mauvais avocat

25/02/2013 – 18h00
PARIS (NOVOpress Breizh) –
Yves de Kerdrel (ci-dessus), chroniqueur au Figaro, s’égare souvent. Aveuglé par son libéralisme endiablé, il en vient plus qu’à son tour à plaider des causes qui ne le méritent pas. Avec, parfois, le risque d’être démenti par un article publié dans le même Figaro – avant ou après. En effet, les faits et les chiffres ne constituent pas la tasse de thé de notre chroniqueur dont toutes les analyses répondent aux critères de l’idéologie néolibérale.

C’est ainsi que dans un numéro récent (12 février 2013), il se fait l’avocat des banques en partant en guerre contre la tentative du gouvernement de règlementer l’activité des banques. La réforme envisagée brille pourtant par sa modestie ; il est question de « la constitution, au sein des groupes bancaires, d’une filiale dédiée aux activités de marchés qui ne sont pas nécessaires au financement de l’économie », dixit Pierre Moscovivi, ministre de l’Economie (Le Figaro Economie, 16/11/2012). Nous sommes donc très éloignés d’une séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires, comme l’avait imposé, aux Etats-Unis, le Glass-Steagall Act en 1933. Oublié également l’article 7 des 60 engagements de François Hollande : « Je séparerai les activités des banques qui sont utiles à l’investissement et à l’emploi de leurs opérations spéculatives (…). Et il sera mis fin aux produits financiers toxiques qui enrichissent les spéculateurs et menacent l’économie. »

Mais c’est encore trop pour M. de Kerdrel. A le lire, « cette réforme est d’abord faite pour stigmatiser, pour punir et pour limiter les marges de manœuvre de cette finance que [la nouvelle majorité] méprise (…) Mais le plus grave, c’est que cette réforme a été conçue “hors sol” en oubliant que les banques financent l’économie, les investissements, la consommation. Et qu’à vouloir les brimer, c’est la croissance que l’on menace directement ».

Le très prudent Yves de Kerdrel invite donc les députés socialistes à ne pas « saboter cette activité essentielle pour notre économie et nécessaire pour la croissance qu’est la Banque ».

Il n’y a pas mieux placé qu’un banquier – un grand banquier – pour apaiser les inquiétudes du chroniqueur du Figaro. C’était une semaine avant l’apparition de l’appel au secours de ce dernier. Mercredi 30 janvier, à l’Assemblée nationale, les dirigeants du Crédit agricole, de la Société générale et de la BNP Paribas sont auditionnés par les membres de la commission des finances à propos de la loi bancaire. Question capitale posée par Karine berger (PS), député des Hautes-Alpes : « Quel pourcentage de vos activités sera concerné par la loi, et donc filialisé ? » Réponse apportée par Frédéric Oudéa, PDG de la Société générale : « Nos activités de marché représentent 15% de nos revenus. Et, d’après nos estimations, les activités filialisées sont de l’ordre de 10% [par rapport à l’ensemble des activités de marché]. » Un député fait le calcul : « 10% de 15%, cela fait 1,5% ! » Dit autrement, seulement 1,5% des revenus de la Société générale devrait être filialisé (Libération, 31/01/2013).

Voilà qui devrait rassurer Yves de Kerdrel : les banquiers semblaient, ce jour-là, satisfaits d’un texte de loi peu contraignant car, à la vérité, négocié depuis des mois avec le Gouvernement. Mais l’intéressé se méfie des parlementaires « irresponsables »… Son inquiétude pouvait ressurgir le mercredi 6 février lorsque la commission des finances de l’Assemblée nationale a accepté plusieurs amendements significatifs sur les plus de 300 déposés, pour l’essentiel par la gauche.

« Ces amendements visant à élargir le périmètre de la filiale de cantonnement des activités de marchés jugées spéculatives des banques, et à les forcer à la transparence sur les paradis fiscaux. Sans modifier l’esprit de la loi et contrarier le choix du du Gouvernement (…), ces dispositions doivent corriger les faiblesses du texte identifiées par les économistes et les experts…) Tous ces amendements ont été soigneusement calibrés. Au groupe socialiste, certains auraient voulu aller plus loin. « On a appelé à la sagesse. Il n’y aura pas de psychodrame. Les amendements acceptés resteront cosmétiques. On n’a pas la volonté de charger la barques des banques », reconnaissait un porte-parole du groupe, Thierry Mandon. » (Le Monde, 08/02/2013). M. de Kerdrel appréciera à sa juste valeur l’adjectif « cosmétique ».

Maintenant on sait que les craintes du chroniqueur figaresque étaient excessives : les « socialistes pragmatiques » (sic) l’ont emporté sur les « ayatollahs dogmatiques du parti » (resic). Il n’y aura donc pas de « Saint-Just de la banque à l’occasion de cette réforme ». Ouf !

Deux chiffres pour enrichir la réflexion de M. de Kerdrel. D’abord, BNP Paribas « n’a pas à rougir de sa performance 2012 », dixit le Figaro Economie (15/02/2013), avec un bénéfice net de 6,55 milliards d’euros (+8,3%). Au classement des banques championnes des profits, BNP Paribas occupe la troisième place après JP Morgan (15,5 milliards d’euros) et Wells Fargo (14 milliards d’euros). Tandis que la structure cotée en bourse du Crédit Agricole (CASA) enregistre une lourde perte en 2012 à6,47 milliards d’euros. La banque des paysans autrefois a rêvé de devenir un groupe international et a développé ses activités de banque de marché. Coût de ces errements ; près de 8 milliards d’euros en Grèce et tout autant dans la crise financière de 2008. Mais de cela M. de Kerdrel ne nous parlera point… Son champ de vision est à coup sûr très sélectif.

Yves Cadic

Crédit photo : WansquareTV via Youtube