Spanghero, Findus : viande de cheval et délire de la mondialisation

Spanghero, Findus : viande de cheval et délire de la mondialisation

15/02/2013 – 16h00
PARIS (NOVOpress) – Avec l’affaire Spanghero, c’est un véritable système de duperie à l’échelle européenne qu’ont découvert les enquêteurs de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). « L’enquête démontre que Spanghero savait qu’il étiquetait “bœuf” potentiellement de la viande chevaline. En tout cas, il y a une suspicion fort e», a déclaré Benoît Hamon – ministre délégué à la Consommation – jeudi soir, suite aux premiers résultats de l’enquête.

Le rapport d’enquête sera transmis au procureur de la République de Paris, qui décidera d’éventuelles poursuites. En attendant, Spanghero a perdu son agrément sanitaire et encourt une amende de 180.000 euros. L’entreprise « conteste formellement les accusations de fraude », et assure son « entière bonne foi ».

Ce trafic, qui portait sur plus de 750 tonnes de marchandises, durait depuis « au moins six mois », a précisé Benoît Hamon. Spanghero aurait réalisé un profit de 550.000 euros sur la période. Au total, ce sont 4,5 millions de produits fabriqués à partir de viande de cheval qui se sont retrouvés dans les rayons des supermarchés. Au moins 13 pays et 28 entreprises sont concernés.

Dans le même temps, et même si aucun lien n’est pour l’instant établi entre les deux affaires, la police britannique a procédé sur son territoire à deux arrestations, suite aux traces de phenylbutazone qui ont été retrouvées dans des carcasses de chevaux provenant d’abattoirs britanniques et envoyées en France.

Un circuit délirant
Pendant que nos éleveurs appellent à l’aide le gouvernement devant la possibilité de suppression de certaines aides européennes de la PAC, comme le rappelaient nos confrères de Ouest-France il y a quelques jours, on assiste ici à une véritable démonstration de la folie mondialiste.

Puisque tous les maillons de cette chaîne délirante semblent désormais identifiés, on pourrait la résumer ainsi : l’usine luxembourgeoise de Comigel, qui assemblait les plats cuisinés, était fournie en viande par Spanghero (France). Ce dernier achetait ses morceaux à un trader basé à Chypre (Draap Trading), qui avait lui-même sous-traité à une entreprise néerlandaise (Windmeijer Meat Trading). La marchandise, qui provenait d’abattoirs roumains, a transité par un entrepôt aux Pays-Bas puis par celui de Spanghero, dans l’Aude. Une enquête est menée aux Pays-Bas pour établir la responsabilité des traders.

De véritables « mafias » de la viande
En Grande-Bretagne, où le scandale a éclaté, les responsables politiques n’y vont pas de main morte. Ainsi, le ministre de l’Environnement Owen Paterson, évoque déjà une probable « conspiration criminelle ». Il s’est même déclaré prêt à faire intervenir l’agence en charge de la lutte contre le crime organisé  (Serious and Organised Crime Agency) si la fraude se confirmait à « l’échelle internationale ».

Plus inquiétant encore, des experts du secteur de l’abattage de chevaux ont rapporté au quotidien britannique The Observer qu’il y aurait des preuves de l’implication de mafias italiennes et polonaises portant sur un trafic de plusieurs millions de livres sterling visant à substituer de la viande de cheval à de la viande de bœuf au cours du processus de production alimentaire.

Selon un rapport parlementaire italien publié en janvier 2012, le crime organisé a mis la main en Italie sur des entreprises de l’ensemble de la filière agroalimentaire, des terres agricoles à la transformation, au transport et aux supermarchés. Des prises de contrôle qui lui rapporteraient 12,5 milliards d’euros par an, selon Reuters.

Julien Lemaire

Crédit photo : borkazoid via Flickr (cc)