Fléau écologique et économique : l'artificialisation des terres agricoles

Fléau écologique et économique : l’artificialisation des terres agricoles

08/02/2013 – 21h00
PARIS (NOVOPress) – Les terres agricoles perdent du terrain chaque année en France. Première puissance agricole de l’Union européenne (UE), la France perd ainsi « 26 mètres carrés de terres par seconde », selon la formule du syndicat Jeunes Agriculteurs, qui a mené en novembre 2011 une campagne de sensibilisation sur le sujet. Soit 82.000 hectares de terres agricoles disparus en moyenne chaque année entre 2006 et 2010. En cinquante ans, la Surface agricole utile (SAU) a ainsi diminué de 20 %, passant de 36 millions d’hectares en 1960 à 28 millions en 2010.

Dû à l’étalement urbain, à la multiplication des centres commerciaux, des zones d’activité et des infrastructures y affèrents. Les Français chassés par la pression immobilière ou qui pratiquent le white flight s’éloignent des grandes villes pour faire construire dans des petites communes rurales qui ressemblent à de vastes lotissements dortoirs, sans âme, vide de toute présence humaine entre 8h et 19h en semaine.

Parmi les nombreuses conséquences écologiques qui en résultent, l’imperméabilisation des sols compromet, souvent définitivement, leur utilisation à des fins de production alimentaire ou non alimentaire. Plus grave encore, l’artificialisation se porte majoritairement sur les meilleurs sols, avec une pression forte autour des grandes agglomérations. « L’homme s’est historiquement installé sur des terres fertiles et les villes actuelles ont grossi autour de ces premières implantations », rappelle Robert Levesque, directeur du Terres d’Europe-Scafr, le centre d’études de la fédération des Safer (sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural).

L’Ile-de-France, cœur du royaume de France, en était autrefois sa plus riche province. Aujourd’hui, selon un rapport du Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) d’Île-de-France publié en mars 2012, 49.000 hectares de terres consacrées à l’agriculture ont disparu entre 1980 et 2010, soit 7,7% de sa surface agricole. En trois décennies, les agriculteurs d’Île-de-France, région la plus peuplée de France avec 12 millions d’habitants, ont ainsi perdu l’équivalent de 68.000 terrains de football, soit presque cinq fois la ville de Paris. Après avoir dévoré les 1ère et 2ème couronnes, ce phénomène gagne aujourd’hui la grande couronne, se manifestant essentiellement sous la forme d’un grignotage des terres agricoles – phénomène dit de “mitage” –  par les zones d’activités, zones d’habitation et infrastructures de transport. Chaque année, c’est ainsi entre 1.000 et 2.500 hectares de terres cultivables qui disparaissent…

Ce phénomène ne touche pas uniquement l’Ile-de-France, des régions comme l’Alsace ou les Pays de la Loire sont également touchées. Ainsi dans le Maine-et-Loire, qui figure parmi les premiers départements agricoles français avec 70 % de l’espace occupé par des terres agricoles, près de 850 ha de terres perdent chaque année leur vocation.

« En plus d’un impact sur la biodiversité, la disparition du foncier signifie la disparition du support pour la production alimentaire, s’alarme Carole Robert, des Chambres d’agriculture. Les consommateurs demandent des produits locaux, issus de l’agriculture raisonnée, des produits de qualité. L’agriculture française est à même d’y répondre, mais encore faut-il conserver les sols ». Les ceintures maraîchères autour des grandes villes, permettant depuis toujours de subvenir aux besoins des citadins, disparaissent peu à peu…

Cette disparition des terres agricoles menace également l’indépendance alimentaire française et européenne et favorise la mondialisation. « L’Europe importe de pays tiers l’équivalent de la production de 35 millions d’hectares, explique Robert Levesque. En 1999-2000, ce chiffre était de 26 millions. ».

Des solutions existent pourtant comme rompre avec l’hypertrophie parisienne, accentuer la densité dans les périphéries afin de limiter l’étalement urbain et renforcer la mixité habitat-travail, comme le proposait Pierre Le Vigan sans son livre « la banlieue contre la ville » (Ed. La Barque d’Or) mais aussi inverser les flux d’immigration (avec 200.000 nouvelles arrivées par an, c’est l’équivalent de la population d’une ville comme Rennes qui entre chaque année en France!), refuser l’idéologie mondialiste en favorisant le localisme et l’autosuffisance alimentaire, favoriser le concept de « ville lente » (réseaux de villes de moins de 60.000 habitants s’engageant notamment à préserver une dimension humaine, mettre en valeur le patrimoine local en évitant la construction de nouveaux bâtiments, développer des productions locales et des commerces de proximité, préserver les coutumes locales et les produits régionaux. Ces villes adhérant à cette charte, au nombre de 140 dans le monde font partie du réseau Citaslow qui regroupe 140 villes dans le monde).

La disparition des terres agricoles suit avec un temps de retard la fin de la paysannerie française : En 1955, la France comptait encore 2,3 millions d’exploitations agricoles, la population active agricole, familiale et salariée, atteignait 6,2 millions de personnes en 1955, soit 31 % de l’emploi total en France, ils n’en représentent plus aujourd’hui que 3 %. Sur les riches plaines d’Ile-de-France comme en lieu et place des ceintures maraîchères des grandes villes, ne poussent plus que des grands ensembles de bétons sans âme peuplés de populations déracinées…

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