Mort d'un militant national-bolchevique russe à Rotterdam : de nombreuses zones d'ombre

Mort d’un militant national-bolchevique russe à Rotterdam : de nombreuses zones d’ombre

01/02/2013 – 10h00
ROTTERDAM (NOVOpress) – Le 17 janvier dernier, Alexandre Dolmatov (ci-dessus), membre de l’opposition à Vladimir Poutine au sein du mouvement l’Autre Russie et proche plus particulièrement du Parti national-blochevique (PNB), est mort dans des conditions douteuses dans un centre de rétention à Rotterdam.

Alexandre Dolmatov avait demandé l’asile politique, plus particulièrement aux Pays-Bas. Or cette demande d’asile a été refusée. Et le militant national-blochevique s’est retrouvé dans un centre de rétention. Où là selon les autorités il se serait suicidé.

Cependant certaines personnes ne portent pas crédit à cette thèse du suicide et parlent d’assassinat. Si tel est le cas, alors pour quels intérêts ?

Dans un texte de mise au point (dont la traduction a été assurée pour Novopress par Vladimir Berezovski), Edouard Limonov, dirigeant historique du PNB semble indiquer que ces intérêts ne servent pas la Russie ou Vladimir Poutine mais d’autres puissances, souvent hostiles à la Russie… :

« Jusqu’à présent, nous avons une version selon laquelle il s’est suicidé en prison pour “déportés” dans la ville de Rotterdam. Le fait qu’il soit mort dans cette prison, semble ne pas susciter de doute. Mais ce qui suscite le doute est : s’est-il suicidé ? Aujourd’hui aucun avocat n’est admis à voir le corps de Dolmatov. Or il est mort le 17, aujourd’hui nous sommes le 28, cela fait 11 jours. Alors, pourquoi cela ? J’ai parlé d’avocats. Aucun représentant de l’ambassade russe n’a vu le corps non plus.

Beaucoup de questions apparaissent. Que se passe-t-il ? Il y a une crainte sérieuse qu’en se référant à une erreur quelconque, on ne remettra au représentant de la partie russe plus qu’une urne de cendre. C’est-à-dire qu’ils brûleront toutes les traces.

Il y a beaucoup de doutes sur l’affaire Dolmatov dès le départ. On disait au début qu’il était mort presque le lendemain du refus d’asile politique. Ensuite cette version a disparu, il s’est trouvé que cette demande avait été refusée presque à la mi-décembre. Ensuite cette date a été encore reculée : l’asile aurait été refusé début décembre. Aujourd’hui, on découvre en plus qu’il avait fait venir la police chez lui déjà le 13 janvier. Et les trois jours du 13 au 16 janvier, il les a passés dans le bureau de police, avant d’être traduit à la prison près de Rotterdam, là où il s’est suicidé.

Nous avons des informations, qui ont certes besoin de preuves. Ainsi, Dolmatov aurait subi une pression forte des services secrets néerlandais. Et selon plusieurs informations, à plusieurs interrogatoires il y aurait eu des gens de la CIA. La mère de Dolmatov nous indiquait dans plusieurs interviews que ces derniers temps il ne répondait pas au téléphone, ou il parlait en dormant debout. C’est-à-dire que l’on avait l’impression qu’il était sous influence de quelque chose, voire de substances. Tout cela demande de l’éclaircissement, et bien sûr des preuves.

Absolument tout nous alarme. Il y a une version selon laquelle l’intérêt des services secrets des Pays-Bas n’a pas seulement été suscité par le fait qu’il travaillait dans une entreprise qui a des intérêts avec le complexe militaro-industriel russe (la société de missiles stratégiques, basée à Koroliev, dans la banlieue de Moscou, note de Novopress). Comme disent nos sources russes, le degré de son admission à quelconques secrets dans le domaine de la construction de fusées était minimal. Mais voici ce qui est apparu brusquement : les représentants des services secrets néerlandais tentaient d’obtenir de lui une information très simple. A savoir la fréquence à laquelle ses collègues participaient à des missions extérieures et où ils allaient ? Sur cette base ils (les services néerlandais) tentaient de tracer la géographie de la livraison des fusées russes à l’étranger.

En somme, c’est une forte et simple histoire d’espionnage. Le gars a évidemment été torturé à mort, quel que soit le moyen par lequel il a péri. Il y a encore une version selon laquelle les services secrets ont confié à quelques détenus, de cette prison de Rotterdam, la mission d’exercer une pression supplémentaire sur Dolmatov. Et finalement il serait mort de cette pression. Tout cela demande un éclaircissement très sérieux. On peut d’ores et déjà dire une chose : l’inquiétude de la partie néerlandaise n’est pas une plaisanterie. Le ministre plénipotentiaire de l’ambassade a déjà visité la mère de Dolmatov dans son appartement. Le 26 janvier, l’ambassadeur lui-même est venu chez elle.

La reine Béatrix des Pays-Bas, en visite à Singapour, est obligée de répondre aux questions sur la mort de Dolmatov. On dit qu’en Hollande même cette mort engendre une tempête médiatique, de nombreux articles de presse réclamant une enquête. Notre gars a été sûrement torturé à mort. Je dis “notre”, parce que nous le connaissons parfaitement bien, il est venu chez nous au début des années 2000, ensuite pendant un certain temps il participait de façon non active à l’activité du parti interdit à présent [Parti national-bolchevique], et puis il est apparu de nouveau quelque part dans les années 2009-2010, et il était le participant absolument inamovible des meetings de la stratégie-31. Il y a une multitude de photos, où il est arrêté (en langage populaire cela s’appelle “vissé”) par la police avec application de toutes méthodes de force.

Pourquoi je me sens aussi concerné par cette affaire et la trouve si importante ? Pour moi, comme pour quelqu’un qui a vécu à l’Ouest un grand nombre d’années, ce n’est pas un secret que l’Occident n’est pas du tout la partie souriante de la planète. De vauriens, de salauds et voici d’assassins, en quelque sens, il y en a plein, pas moins que chez nous. Je dis que la Cour de la Haye, la prison de la Haye sont des endroits injustes et inhumains. On y a déjà torturé à mort Slobodan Milosevic, condamné sans exception tous les généraux serbes qui avaient participé à la guerre civile, et l’on n’a pratiquement pas touché à leurs adversaires. Ceux-là sont condamnés à des peines anecdotiques, ou même à aucune peine.

C’est pourquoi c’est un endroit du globe, auquel il faudrait prêter attention. Si aujourd’hui on démythifie l’impartialité de la Hollande, ce sera bon. Cela dégrisera beaucoup de têtes. Plus généralement, l’impartialité de l’Occident n’existe pas. Le monde est malheureusement un bocal d’araignées, et pas du tout cette douce – et confortable pour tous – division en noirs et blancs. Il se trouve que la Russie serait noire, et l’Occident blanc comme neige. Tout cela est faux, l’affaire Dolmatov y jette une lumière, et je pense que ça remettra en place beaucoup de cervelles.

Chez nous, le conseil de coordination de l’opposition bourgeoise s’est enflammé, a surgi et a accusé les pouvoirs russes de la mort de Dolmatov. Certes, les pouvoirs russes portent une partie de la responsabilité du fait que Dolmatov s’est réfugié à l’Ouest. Mais après qu’il a traversé la frontière de la Russie, l’idiotie absolue est l’accusation de la Russie du destin ultérieur tragique de Dolmatov. C’est absolument clair à mon avis, et ne demande aucune preuve, il faut juste regarder un peu plus objectivement la vie du monde, les relations internationales. En bref, il faut réfléchir davantage… »

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