Les jeunes garçons blancs issus des classe populaires britanniques feront-ils bientôt figure de minorité ethnique ?

Les jeunes garçons blancs issus des classes populaires britanniques feront-ils bientôt figure de minorité ethnique ?

Vue de la prestigieuse université de Cambridge.

09/01/2013 — 18h00
LONDRES (NOVOpress) — Sur fond d’ascenseur social bloqué, les jeunes “de souche” des couches populaires seraient-ils à la veille d’être assimilés, au Royaume-Uni, à une minorité ethnique, et de bénéficier de quotas et d’une discrimination positive ? C’est du moins une mesure qu’envisage le ministre de l’Enseignement supérieur, David Willetts, dans les universités dont il a la charge.

Les jeunes issus de la working class ne sont aujourd’hui que 6% dans les universités, contre 26% pour ceux issus des minorités ethniques, et l’on assiste par ailleurs à une féminisation croissante dans les amphis où désormais les garçons se retrouvent en nette minorité . L’analyse de la situation par Willetts  – forcément contestée – est schématiquement la suivante : de plus en plus de jeunes filles autrefois promises à une brillante carrière de ménagère, accèdent aujourd’hui à l’université, au détriment des jeunes les plus ambitieux des classes populaires. Une évolution qui aboutit d’un côté à la multiplications de couples gagnant deux salaires dans des emplois bien rémunérés, et de l’autre des ménages de chômeurs.

Mais la solution ne sera peut-être pas des plus simples à trouver. D’abord ,parce que le ministre risque de se heurter à la résistance de collèges et de lycées de plus en plus indépendants sous le gouvernement conservateur, et qui accepteront mal que certains de leurs meilleurs élèves ne puissent plus accéder à des études supérieures. Ensuite, parce que le monde ouvrier anglais, celui des cités de petites maisons toutes pareilles à perte de vue, souffre d’un sentiment profond de déclassement depuis le rabotage progressif de tous les emplois industriels, et aussi d’un très fort taux d’échec scolaire. Un échec scolaire qui pourrait ne pas seulement être d’origine “sociale”, mais aussi lié à l’affirmation d’une identité, dans un pays de plus en plus divisé par les communautarismes : dans la tradition ouvrière anglaise, l’ascension sociale, même simplement l’accès à un poste de contremaître, a toujours suscité la suspicion.

Une situation qui montre la difficulté qu’il peut y avoir à devoir satisfaire de nombreuses communautés en tricotant dans les quotas, mais qui préfigure également la situation promise, si rien ne change, à nos jeunes “de souche” à nous, dans un futur proche : devenir une minorité ethnique sur la terre de leurs ancêtres.

Crédit photo : Rnt20 via Wikipédia (cc).