Claude Sérillon : un soixante-huitard nantais à la com’ de l’Elysée

Claude Sérillon : un soixante-huitard nantais à la com’ de l’Élysée

10/01/2013 – 10h00
NANTES (NOVOpress Breizh) –
La communication de l’Élysée serait-elle une spécialité nantaise ? On peut légitiment le penser. Après Frank Louvrier, qui eut pendant le précédent quinquennat la haute main sur la communication de Nicolas Sarkozy, c’est maintenant un autre Nantais, Claude Sérillon, qui aura la (lourde) tâche de promouvoir l’image de François Hollande. Portrait de ce communiquant du Système.

Depuis septembre dernier les couacs se multiplient au sein du pouvoir socialiste que ce soit à l’Élysée, à Matignon avec Jean-Marc Ayrault ou dans les différents ministères. Et François Hollande s’effondre dans les sondages. Alors que faire ? Le pouvoir croit avoir trouvé la solution en nommant le journaliste Claude Sérillon conseiller à la Présidence de la République pour « renforcer » un service de communication déjà pléthorique et dont les différents membres, selon Le Point, se tirent allègrement dans les pattes.

Si Sérillon est « l’homme qu’il faut » selon l’ancien conseiller de Mitterrand et Jospin – l’inénarrable Jacques Séguéla –, le journaliste, qui n’était plus connu que pour sa participation à l’émission people  de Michel Drucker « Vivement dimanche », vaut qu’on s’arrête sur son parcours politique et professionnel.

Nantais, Claude Sérillon se fait remarquer dès 1968 au lycée Jules Verne par son agitation gauchiste. Étudiant à la faculté des lettres de la cité bretonne il est alors proche, selon d’anciens condisciples, des « maos » connus pour leurs violences. Disposant de relations adéquates, il commence une carrière de journaliste au quotidien conservateur Presse Océan, dont la rédaction nantaise est alors truffée de journalistes de gauche et d’extrême gauche.

Au bout de 2 ans le voilà à l’ORTF, puis à Antenne 2 dès 1975. Belle promotion pour un jeune journaliste provincial. Chargé de la revue de presse de la chaîne il en sera remercié pour avoir évoqué en 1980 les diamants de Bokassa mettant en cause le Président Giscard d’Estaing. Avec la victoire de François Mitterrand l’année suivante, il revient comme  rédacteur en chef du service société d’Antenne 2. En février  1984, nouvelle et belle promotion, il devient présentateur du JT de 20 heures de TF1 auquel il va imprimer un style « de gauche ».  En conflit avec sa rédaction il quitte la chaîne pour retourner sur la 2 et pour y présenter  aussi le journal de 20 heures. Il apparait alors comme la star des médias.

C’est à cette époque, où Sérillon, resté en relation avec  l’extrême gauche nantaise et l’hebdo La Tribune,  va contribuer à médiatiser fortement l’affaire de la « thèse de Nantes » qui amènera la révocation de l’ancien doyen de l’UER de Lettres. Peu de temps après,  il sera renvoyé du journal de 20 heures pour y avoir attaqué le préfet de police de Paris dans l’affaire Oussékine. Commence alors pour la star  des médias une « traversée du désert » qui va durer 11 ans. Il est présent dans quelques émissions d’idées sur Antenne 2 : « Place publique », « Raison de plus »… Il animera le Téléthon pendant plusieurs années, en faisant aussi des « ménages » comme on dit dans la profession où il se faisait payer 40.000 francs la prestation au début des années 1990…

La victoire de la gauche aux élections législatives le voit revenir au JT de  France 2 en août 1998 mais l’année suivante il réalise une interview du 1er ministre Lionel Jospin qu’il va littéralement « dézinguer ». C’est l’époque aussi où il entre en contact avec le premier secrétaire du parti socialiste François Hollande. En 2001, le patron de la chaîne, quoique de gauche,  lui retire la présentation du JT et il quitte le service public pour une nouvelle traversée du désert.

Celle-ci sera de plus courte durée, 6 ans de placard médiatique, une candidature ratée à la direction de la chaîne Public Sénat, pour retrouver France 2 en 2007 dans l’émission « Vivement dimanche » de l’inoxydable Michel Drucker, le chouchou du show biz, à laquelle il donnera une dimension plus intellectuelle – ce qui n’était pas très difficile – et très nettement bobo jusqu’en septembre dernier.

Dès les primaires socialistes, Sérillon va conseiller la communication du candidat Hollande aux présidentielles. Nommé officiellement à l’Élysée depuis le 3 janvier, il a désormais pour tâche de « redresser » la communication du Président Hollande. Vaste programme, aurait dit le Général. Certains (mauvais) esprits ont déjà donné à ce nouveau job le titre d’un ancien feuilleton télévisé : « Mission impossible »…

Crédit photo : La Ville d’Arles via Flickr (cc).