Où les cocos allument Hollande, et où Harlem délire

Eh ben, Harlem ? Tu n’as donc rien appris en politique, pendant toutes ces années où ton petit cœur d’apparatchik a battu au rythme des querelles intestines du PS et des partis à prendre entre Martine et Ségolène, DSK et Hollande, Valls et Montebourg, et aussi entre les souvenirs de combat qui te liaient à ton vieux pote Julien Dray et le sens aigu de ta carrière ? Tout ça pour tomber, comme un ballot, un benêt, un débutant de la politique partisane, dans le panneau grossier tendu par les frères ennemis communistes, les archéo-survivants de l’ancien parti de Duclos, Marchais et Lajoinie !

C’était bien la peine, vraiment, d’avoir été formé à l’école du camarade Krivine et des frères du piolet mexicain… Les cocos, en tout cas, ont sûrement apprécié ce cadeau d’après Noël : répercutée par tous les médias, la publicité que tu as assurée à leur clip lui a sans doute valu d’être visionné par des dizaines de milliers d’internautes qui, sans toi, ne l’auraient sans doute jamais vu !

Et c’est vrai qu’elle est diablement amusante, cette vidéo dans laquelle François Hollande exprime de faux vœux présidentiels, tirés de vraies promesses de campagne – trahies, comme de juste. Le titre annonce la couleur: « En 2013, rallumons les étoiles ». Ça vous a un petit air de cirque, de Piste aux étoiles, justement, qui convient bien à la politique des socialistes.

La cocovidéo s’appuie sur des déclarations tirées des réunions publiques (dûment filmées) du candidat Hollande, par exemple: « J’affirme que le budget de la culture sera entièrement sanctuarisé ». Ou encore, à propos du traité budgétaire européen: « S’il [le peuple français] fait le choix de me porter à la présidence de la République, j’aurai alors le devoir, l’obligation de renégocier ce traité ». Ou, sur l’augmentation de la TVA envisagée, début 2012, par Sarkozy: « Je la considère inopportune, injuste, infondée et improvisée. Ça fait beaucoup. » Ou, à propos du système électoral: « Moi président de la République, j’introduirai la représentation proportionnelle pour les élections législatives, parce que je pense qu’il est bon que l’ensemble des sensibilités politiques soient représentées. » Ou, sur le sens de son combat: « Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire (…) c’est le monde de la finance ». (Peste! Que va-t- on dire chez Goldman-Sachs ?)

A chaque fois, les commentaires des auteurs de la vidéo soulignent l’écart entre les propos tenus et la réalité au bout de huit mois d’exercice du pouvoir: moins 4,3 % pour la culture, plus 3 % de TVA, seulement 10 % de proportionnelle aux législatives… Le dernier exemple, également tiré d’un discours de Hollande, porte sur la désindustrialisation de la France: « Notre pays a abandonné depuis trop longtemps son industrie, aveuglé par la chimère d’une économie sans usines, sans machines, comme si l’immatériel pouvait remplacer le travail de l’ouvrier, du contremaître, de l’ingénieur et de son savoir-faire. La réindustrialisation de la France sera ma priorité. » Bravo ! Bravissimo ! Même les réactionnaires hargneux dans mon genre applaudissent à tout rompre. Mais tandis que le candidat se livre à cette belle profession de foi, une vingtaine de noms d’entreprises en difficulté s’affichent sur l’écran, montant comme le mur sur lequel va se fracasser sa politique. Qui s’en étonnera ? On savait déjà que les promesses de Flanflan, c’est deux fois du flan.

Où Harlem délire

Ce qui suscite l’ire du camarade Désir, dans cette affaire, c’est que ces attaques viennent de la gauche. Dame ! Il doit se rappeler, le bon Harlem, que depuis la bataille de Poitiers (la deuxième, hélas, celle que Jean II le Bon perdit face aux Godons), il est tactiquement déconseillé de se battre sur deux fronts. « Président, gardez-vous à droite, Président, gardez- vous à gauche », c’est la formule de la défaite assurée.

C’est pourquoi Harlem éructe : « Ce clip est de mauvaise foi, mensonger et caricatural : il est une faute contre la gauche, épargne totalement la droite et l’extrême droite ». Tu délires, Désir ! Comment « l’extrême droite », qui n’a jamais été au pouvoir, pourrait- elle partager la responsabilité du chaos dans lequel nous précipite la politique de Hollande, prenant la suite – en l’empirant – de celle de Sarkozy ? Et faut-il faire grief à la droite et à l’extrême droite de la trahison par Flanflan de ses propres promesses ?

Des étrangers extra-européens “qui VIVENT SUR NOTRE PAYS depuis des années”

J’ai pourtant gardé le meilleur du clip coco pour la fin. Ses auteurs eux-mêmes n’ont pas remarqué le lapsus formidable et très révélateur, l’ébouriffante gaffe commise par le candidat Hollande lors de l’un de ses meetings, où il s’engage à octroyer aux étrangers extra-européens le droit de voter aux élections locales. « Est-ce qu’il ne serait pas logique que des personnes qui vivent sur notre pays depuis des années (…) ne pourraient pas voter également aux élections locales ? » demande-t-il textuellement.

Je passe sur la construction hasardeuse de la phrase pour m’arrêter à l’expression « vivre sur ». Mon dictionnaire indique : « Vivre sur le pays, se dit des troupes dont la subsistance est fournie par le pays qu’elles occupent. » Aïe ! Selon Hollande, les troupes d’immigration occuperaient donc notre pays depuis des années et en tireraient leur subsistance… Que vont dire de cet abominable dérapage la Halde, le Cran, la Licra, le MRAP, Ni putes ni soumises, le Gisti, la Fasti, l’Aefti, l’Assfam, l’Asti, sans parler de l’Amicale des boulistes amateurs de pastis de Saint-Cucugnan – que je salue amicalement ?

Notre président serait-il de ces ignobles menteurs qui prétendent que certains immigrés font suer le burnous des Français en vivant des aides sociales sans rien apporter à la nation ? Que certains jeunes issus de l’immigration bénéficient du RSA et de la sécurité sociale sans se croire pour autant tenus de respecter le pays qui les nourrit à ne rien faire (sinon, parfois, tenir un petit commerce rentable d’herbes naturelles importées du Maroc ou d’Afghanistan…) ? Ou encore, que des centaines de milliers de personnes entrées clandestinement en France en violant nos lois bénéficient d’une aide médicale d’Etat complètement gratuite à laquelle n’accèdent pas nos propres compatriotes ; et que des étrangers installés en France sans avoir jamais cotisé à nos caisses de retraite peuvent percevoir une allocation de solidarité aux personnes âgées, d’un montant supérieur aux retraites que perçoivent de nombreux Français ?

Est-ce bien cela qu’a voulu dire François Hollande ? Si tel est bien le cas, que ce misérable sache que l’abonnement à « Minute » ne coûte que 110 euros par an (et si ses potes du PS sont intéressés, on peut même leur faire un prix de gros).

François Couteil

Article de l’hebdomadaire “Minute” du 2 janvier 2013 reproduit avec son aimable autorisation. Minute disponible en kiosque ou sur Internet.

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