Manchester, ville d’Europe à la plus grande diversité ethnique

Manchester, ville d’Europe à la plus grande diversité ethnique

23/12/2012 — 17h00
MANCHESTER (NOVOpress) —
On a les motifs de fierté nationale qu’on peut. La presse britannique, de « gauche » (The Observer) comme de « droite » (The Daily Mail), triomphe du « nouveau titre de gloire de Manchester. La ville peut se targuer d’être celle qui a la plus grande diversité ethnique en Europe », surtout compte tenu de sa taille. « Seuls New York et Paris peuvent rivaliser avec elle en fait de mélange ethnique et linguistique ».

Une équipe de linguistes de l’Université de Manchester, sous la direction du Professeur Yaron Matras, a établi que les 500.000 habitants de la ville parlaient au moins 153 langues différentes. « La diversité linguistique de Manchester, explique Matras, est supérieure à celle de nombreux pays. Elle est très probablement la plus importante d’Europe. Comme l’immigration et l’afflux d’étudiants étrangers continuent dans la ville, il est raisonnable de dire que cette liste déjà longue est appelée à s’accroître encore».

Les langues parlées vont de l’acholi au zoulou en passant par le chitrali, le dagaare et le konkani, et incluent plus d’une douzaine de langues de l’Inde et du Pakistan, dix langues d’Afrique de l’Ouest, trois dialectes kurdes et plusieurs variétés de romani.

Les effets sont particulièrement apparents dans les écoles. Les deux tiers des enfants des écoles de Manchester sont bilingues (c’est-à-dire qu’ils parlent à la maison une autre langue que l’anglais), « un chiffre énorme qui indique combien la culture linguistique de Manchester est précieuse ». Les résultats du dernier recensement national, publiés il y a quinze jours, ont confirmé que l’immigration était complètement hors de contrôle : en Angleterre et au Pays de Galles, la population née à l’étranger est passée de 4,6 millions en 2001 à 7,5 millions en 2011. Mais Matras considère que le nombre de foyers multilingues a été encore sous-estimé puisque les questionnaires demandaient d’indiquer sa « langue principale ». « La plupart des personnes multilingues parlent à la maison une langue autre que l’anglais, mais parlent anglais au travail, elles vont donc répondre que l’anglais est leur langue principale, même si ce n’est pas rigoureusement exact ».

On comprend que la situation soit passionnante pour un linguiste – le professeur Yaron Matras. qFormé à l’université hébraïque de Jérusalem avant de se spécialiser dans le kurde et le romani à l’université de Hambourg et de trouver un poste à Manchester, il ne peut guère s’intéresser beaucoup aux liens entre une terre, un peuple et une langue. Il est plus étonnant que la presse britannique y voie un motif de triomphe. Car enfin, 153 langues parlées dans les écoles, cela porte un nom. Cela s’appelle la Tour de Babel et l’expérience n’a pas été franchement concluante.